‹ Memoires de Saint-Simon (volume 3)Chapitre 382 sur 548 · Ms. 18 832, fol · texte numérisé non relu

Ms. 18 832, fol

2. Pascal, dans sa Question sur les miracles, avait conclu que « ce que le Diable peut faire, quelque extraordinaire que soit le fait, n'est pas miracle. »

3. C'est ainsi qu'on avait attribué à un démon incube la puissance de supercherie et d'imposture qui avait fait de Madeleine de la Croix, abbesse de la maison de Sainte-Claire de Cordoue, un objet de respect et de vénération pour l'Europe entière; elle-même révéla qu'elle était mariée avec ce démon depuis l'âge de douze ans. La Question curieuse (M. 1 0-4-1 11) énumère toute une suite de cas analogues à celui de Madeleine de la Croix ; la religieuse de Lisbonne, Elisabeth Berthon, Nicole de Reims, Marie des Vallées, Catherine Charpy, Marie Guyon, Catherine Dupré, Marie Bucaille; et, parmi les grands hommes dupes de pareilles séductrices : Tertullien, Abailard, Postel, Grégoire XI, Louis de Grenade, François de la Croix, sans parler du P. Eudes. Catherine Dupré était un exemple on ne peut plus récent. En avril 1701, cette villageoise du diocèse de Rouen, qui contrefaisait la muette et la possédée, abusa le curé d'Elbeuf et l'évèque d'Évreux, se fit accompagner par toute sa paroisse à Liesse, pour remercier Dieu de ce qu'il lui avait rendu la parole, puis.... échoua entre les mains du prévôt de Sentis. Marie Bucaille (ci-après, p. 504) avait été condamnée au feu, en 1699, par le juge de Valognes; mais le parlement de Rouen avait réduit cette peine à la prison perpétuelle après fustigation. En 16G7, à Gènes, une extatique, Marie-Thérèse Ronconi, était morte en odeur de sainteté, quoique le clergé eût excommunié ceux qui ['allaient voir (Gazette, p. 194-195).

Page 1