Ms. 18832, fol
Au contraire, les admirateurs de sieur Rose ne l'appelaient que In
nouvelle thaumaturge et la plaçaient bien au-dessus de sainte Thérèse. Non, disaient-ils, ces merveilles ne. sont pas l'œuvre du Démon, mais celle de l'esprit de Dieu, puisqu'elles tendent toutes au bien, et que le Démon ne voudrait pas travailler contre lui-même. Quanta Saint-Simon, il se borne à avouer qu'elle était « extraordinaire, » et qu'il trouvait en elle « plus de cela que d'autre chose. » Mais, tout en évitant de prononcer le mot de miracle, il cite des faits du plus pur merveilleux, tirés sans doute des documents qui avaient été mis en circulation.
Aux détracteurs qui contestaient tel ou tel cas, aux compatriotes de Catherine d'Almayrac qui fournissaient les plus défavorables renseignements', à la duchesse d'Arpajon et à sa fille Mme de Roucy qui avaient réuni les éléments d'un rapport sur les faits dont leurs domaines du Rouergue avaient été le théâtre, au premier président de Caulet qui envoya des informations déplorables de Toulouse, aux observations très raisonnables de gens de science et d'honneur comme le chanoine Claude Chastelain ou le curé J.-B. Thiers2, à celles du fameux médecin Heequet3, aux plaintes si fortement motivées des plus respectés religieux de la Trappe, les adeptes de la sœur ne répondirent pas seulement par le dédain, mais aussi par l'anathème, par l'injure; puis ils crurent politique de livrer leur légende à la publicité, et chacun d'eux apporta sa cotisation à l'œuvre de foi, comme s'il se fût agi de préparer une prochaine béatification. Cette campagne tourna à leur confusion.
«M. de Paraza*, conseiller au parlement de Toulouse, l'un des principaux élèves et des plus ardents protecteurs de la sœur Rose, a obligé dom Arsène, son frère, et M. Bigot, novice de la Trappe sous le nom de frère Charles, de. lui écrire de grandes lettres pour faire voir les merveilles que Dieu a opérées en eux par le ministère de la sœur Rose. Il a fait imprimer ces lettres pour l'intérêt du parti et les a distribuées à Paris et en plusieurs autres lieux ; mais les partisans de la sœur Rose les ont supprimées autant qu'ils ont pu après qu'on leur a fait connoître qu'elles étoient outrées en bien des endroits, et qu'elles ne faisoient pas honneur à la sainte. Ils se sont assemblés plusieurs fois chez M. le comte du Charmel, et, bien que sans aveu, sans autorité, sans caractère, ils ont décidé entre eux que les choses extraordinaires que faisoit la sœur Rose venoient de Dieu, et non du Démon. »
C'est donc ainsi que le comte de Charmel, nous l'avons déjà vu, s'expliqua dans une lettre à l'abbesse des Clairets, coupable d'être restée insensible aux mérites de la Béate lors de la visite que celle-ci lui avait faite. On fit imprimer la lettre, ou tout au moins on en répandit des exemplaires dans le public; mais nous ne connaissons que l'analyse sommaire et quelques fragments donnés dans la Question curieuse5.
1. La demande en avait été faite par l'abbé Boileau et le P. Clavel, tous deux natifs aussi du Midi.
2. Ci-après, p. 506-507. — 3. Le docteur Sangrado de GilDlas, dit-on. 4. Ms. 18 832, fol. 4. —5. Ibidem, fol 3, etc. Ci-dessus, p. 480-481.
D'ailleurs, Rose elle-même savait mieux que personne célébrer ses mérites et son pouvoir merveilleux.
« Elle se pique1 d'avoir des faveurs particulières de Dieu et de marcher par des voies extraordinaires, court de province en province, de ville en ville, entretient les gens de ses extases et de ses ravissements, des guérisous, des conversions et des miracles qu'elle a opérés, se donne de grands airs, n'a pas la réputation d'avoir été aussi chaste que Suzanne, se mêle de dogmatiser sur le délai de la confession et de la communion, sur la pluralité des bénéfices et sur plusieurs autres chefs de la morale chrétienne, juge des directeurs, et n'est pas fâchée quand elle raconte ses visions et ses révélations. »
Voici un autre passage de la Question qui peut être contrôlé s : « On a su du P. Lamy, bénédictin, que, l'étant allé voir un jour avec le P. Mabillon, lorsqu'elle logeoità Luxembourg3, elle ne l'entretint d'autre chose que de ses miracles, lui demanda surtout si l'on pouvoit l'obliger d'en faire, et qu'ayant fait tomber l'entretien sur d'autres matières, elle ne lui dit rien de juste, mais qu'elle revint toujours à ses miracles, ce qui lui tit juger qu'elle étoit une extravagante et une folle, bien loin d'être une sainte. Pour moi, j'estime que le seul miracle qu'elle ait fait, c'a été, avec un esprit aussi médiocre et aussi brouillon, et aussi emporté qu'est le sien, d'avoir su attirer dans son parti et faire tomber dans ses pièges dix ou douze personnes de considération et de mérite qui se déclarent hautement ses protecteurs. »
En effet, dom Lamy, l'homme d'étude et de charité, l'adversaire de Rancé sur la question des études monastiques, de Malebrancbe sur l'amour et de la grâce, des jésuites sur la fameuse édition des œuvres de saint Augustin, écrivait à Monsieur de Cambray, le 3 février 1701 4 : » Dans mon dernier voyage de Paris, j'ai eu la curiosité de voir Mlle Rose, cette fameuse béate de M. Boilcau qui fit, il y a quatre ou cinq ans, tant de bruit à Paris. Elle y est revenue, il y a près d'un an, et y passe présentement pour une fille miraculeuse, c'est-à-dire qui fait des prodiges et qui pénètre les dispositions des cœurs. MM. Roileau et Duguet passent pour ses garants, et elle m'a dit elle-même qu'elle est toujours sous la direction du premier. J'ai passé près d'une heure et demie avec elle. Pendant ce temps elle ne m'a guère entretenu que de ses miracles ou des maladies surnaturelles qu'elle eut la première fois qu'elle vint à Paris. Elle me les dépeignit comme des convulsions périodiques, pendant lesquelles elle n'apercevoit rien de ce qui se passoit au dehors et ne sentoit rien des remèdes qu'on lui faisoit, mais son esprit étoit tout occupé de Dieu. Elle m'assura (pie désormais il ne lui arriveroit plus rien de semblable, et, sur ce (pie je lui demandai