‹ Memoires de Saint-Simon (volume 3)Chapitre 385 sur 548 · Fol. 79 v · texte numérisé non relu

Fol. 79 v

choix entre l;i supercherie et la maladie; un simple rapprochement de

relations qu'on vient de lire avec le texte et les figure* «le. I;i célèbre publication de MM. les docteurs Charcot et Bicher1 édifiera mieux que ne pourrait le faire aucune dissertation. Ces extases, ces ravissements étaient également le principal moyen d'action des béates ou sorcières qui avaient fait école à Dijon en 1688 et attiré toutes les sévérités du parlement de cette ville2.

11 est un chapitre sur lequel Duguet s'étendait avec complaisance et ne tarissait point : le discernement des esprits, la pénétration et la connaissance des cœurs15. « L'intérieur de certaines personnes, disait-il, est tellement présent à cette tille, que rien n'est plus surprenant, qu'elle connoît des choses que non seulement ces personnes n'avoient dites à qui que ce soit, mais qu'elles se dissimuloient même, autant qu'elles Le pouvoient4. » Selon lui, cette faculté venait d'un « mouvement particulier de Dieu, » à moins cependant que ce ne fût une duperie du Diable et une humiliation pour la Béate et pour ses amis5. — - La lettre que nous avons de M. Bigot et les récits de Duguet à sa visiteuse ne citent, dans cet ordre d'idées, que des faits sans importance, sans valeur propre ; avec un peu d'intelligence, de sang-froid, de présence d'esprit, et surtout de préparation, il était facile à Bose de connaître l'état mental de ses visiteurs ou de ses habitués, et de les attaquer en conséquence.

On vantait aussi ses visions, les révélations qui lui venaient de Dieu, plus abondamment même qu'à sainte Thérèse6; et en effet elle se glorifiait constamment d'être le porteur de paroles du Seigneur, l'intermédiaire autorisé entre le ciel et la terre7. Quelles sont donc ces divines révélations? demande l'auteur de la Question curieuse*.

« Ses partisans disent qu'elle a découvert par cette voie le mystère d'iniquité de Mme Guyon, c'est-à-dire les intrigues et le venin du quiétisme; qu'elle sait ce qui se passe dans les pays éloignés; que, M. le comte d'Albert9 ayant été si dangereusement blessé à l'armée qu'on le crut mort à Paris10, elle déclara qu'il n'étoit point mort et qu'il guériroit de ses blessures; qu'ayant appris qu'un prêtre gascon qui avait commis un adultère se disposoit à dire la messe en cet état, elle monta à cheval, l'alla chercher, tomba de cheval, se rompit la jambe eu tombant, se la fit bander avec une serviette, remonta à cheval, et l'alla trouver comme il étoit revêtu des ornements sacerdotaux, l'avertit de ne pas célébrer, et l'obligea de se dévêtir et de se retirer de la sacristie où il

1. Les Démoniaques dans fart, 1887. — 2. Ci-dessus, p. 404, note 7.

3. Ci-dessus, p. 468 et 480. Voyez ci-après, p. 496-497, la lettre de M. Bigot.

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