‹ Memoires de Saint-Simon (volume 3)Chapitre 386 sur 548 · Ibidem, fol. 86; comparez fol · texte numérisé non relu

Ibidem, fol. 86; comparez fol

9. Frère consanguin du duc de Chevreuse et élève de l'abbé Boileau. 10. En 1695, à la défense deNamur : voyez notre tome II, p. 313-314.

étoit, afin d'aller à confesse, et que, lui ayant été révélé qu'un autre prêtre de la même province avoit commis un semblable crime, et qu'un marchand entretenoit un commerce incestueux avec sa belle-sœur, elle en avoit averti l'un et l'autre, et qu'ils avoient fait pénitence; qu'elle a redit a plusieurs personnes, et à M. Bi^ot entre autres, ce qu'elles avoient dit à confesse, quelque temps après qu'elles s'étoient confessées; enfin, qu'elle a révélé à bien des gens ce qu'ils avoient fait pendant toute leur vie. Tous ces faits imposent d'abord; mais.... presque tous se sont passés en Gascogne, et le vieux proverbe dit : « A beau « mentir qui vient de loin — » Que la sœur Rose nous donne des marques qu'elle a reçu une pareille connoissance de Dieu, et nous la croirons, pourvu qu'elle le justifie par quelque miracle ou par quelque témoignage de l'Écriture sainte.... »

Voilà donc ce que Saint-Simon appelle « dire des choses fort extraordinaires, les unes très cachées, qui étoient, d'autres à venir, qui sont arrivées'. » D'ailleurs, reconnaissons-le, il ne parle pas de prophéties, mais d' « un air prophétique qui imposoit. »

Le fait le plus notoire était celui de M. de Paraza. Il avait le mariage en horreur, et son parlement en dégoût. C'était d'ailleurs un esprit très vacillant et indécis, longtemps dirigé par une religieuse carmélite. Celle-ci morte, il attendait que Dieu lui fît connaître ses volontés « par une fille. » Rose s'est présentée comme l'envoyée céleste, a rompu des négociations matrimoniales entamées avec une parente, s'est emparée du conseiller, corps, biens et âme, et lui a prédit trois choses invraisemblables : qu'il s'attacherait à son métier, qu'il demanderait la main d'une demoiselle sans l'avoir connue auparavant, et que le Roi ferait leur mariage. En effet, l'ayant emmené à Paris, ou plutôt s'y étant fait emmener par lui, dans son équipage, elle l'a mis en rapport avec une nouvelle convertie de Béziers, Mlle de Beaulieu. Le conseiller a plu et est devenu amoureux ; mais, comme la famille s'opposait à ce mariage, on en a appelé au Roi, à cause de la qualité de nouvelle convertie : le Roi a exprimé sa volonté (M. du Charmel dut être pour quelque chose, aussi bien que Boileau et l'Archevêché, dans cette intervention), et le mariage s'est accompli. Il est vrai qu'aux dernières nouvelles de Toulouse, on a su que la femme s'était retirée chez ses parents, ne pouvant tolérer l'attachement de son mari pour Rose, et que le mari avait vendu sa charge i.

Le cas de M. de Paraza est une preuve de l'empire que la Béate savait prendre sur un esprit faible, et de son habileté à mener ses adeptes aux fins qu'elle voulait. Elle avait soin aussi de préparer ses effets : lorsque le P. Mabillon était malade, elle se renseignait souvent auprès des gens qui le soignaient3; à la Trappe, de même, quand elle travaillait l'esprit rebelle de M. de Saint-Louis, son premier soin, chaque jour,

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