‹ Memoires de Saint-Simon (volume 3)Chapitre 387 sur 548 · Ci-dessus, p. 80 et · texte numérisé non relu

Ci-dessus, p. 80 et

2. Mss. 19 83», p. 13-15, et 18 832, fol. 30 v» et 0G v°et 67. Ci-dessus, p. 475.

était de s'informer en cachette de l'humeur du vieil officier, pour se munir de discours et de ripostes en conséquence. « Par cet artifice on est prophète à peu de frais, et sans qu'il soit besoin que le Saint-Esprit s'en mêle1. » Quelques faits encore. Peu de temps avant la mort de M. de Rancé, qui avait si cruellement trompé ses espérances et celles de ses amis, elle s'écria d'un ton inspiré : « Il ferait bien de se défaire de sa complaisance pour le monde; il n'y a que trop sacrifié. Mais il n'ira pas loin2. » Prophétie ! — Sainte-Beuve a raconté3 aussi que les jansénistes l'avaient entendue, avec terreur, prédire qu'il viendrait un affreux et détestable pape (ce fut Clément XI, qui. en effet, les condamna de nouveau), et que son successeur (Benoit XIII) rétablirait le bon ordre, mais ne durerait pas. Autre prophétie, à rapprocher de cette scène que nous rencontrerons plus tard, en 1721, dans les Mémoires11 : la femme de chambre de Mme de Saint-Simon contant à sa maîtresse que Monsieur de Fréjus ne veut point de l'archevêché de Reims parce qu'il compte être roi de France, et qu'il le sera; et Saint- Simon, qui assiste à la conversation, concluant très gravement : « Quoique j'en pensasse bien quelque chose, le propos de cette fille nous surprit, et s'est enfin trouvé une prophétie. »

Ne lui attribuait-on pas encore le don de parler de Dieu et des choses divines? — Un de ses directeurs l'ayant priée de lui communiquer son sentiment sur le mystère de la Trinité, elle lui apporta un écrit excellent, mais au bout de vingt-quatre heures seulement ; et au contraire, à Vibraye, quand le curé Thiers5lamit sur les chapitres de la gloire de Dieu et de l'édification du prochain, « elle lui fit des réponses où il n'y avoit ni jugement, ni esprit, ni netteté, ni sincérité, ni justesse. » Ordinairement, sa conversation sur ces sujets élevés n'était qu' « un certain rôlet de maximes chrétiennes qu'il n'y a point de paysan qui ne puisse dire comme elle6. »

Enfin nous verrons7 un prêtre, un religieux grave et bien converti, affirmer qu'elle avait, tout comme les apôtres, le don des langues, mortes ou vivantes8.

Prophéties, divination, pénétration des cœurs, connaissance des langues, ne résistaient pas mieux à l'examen que les miracles proprement dits. Passons maintenant aux faits de guérison.

« C'est particulièrement sur le don de guérir les malades que les partisans de la sœur Rose triomphent de ceux qui lui disputent la qualité de sainte. Elle a guéri, disent-ils, une infinité de malades dans tous les lieux où elle s'est trouvée. Elle s'est guérie elle-même d'une hydropisie mortelle par le commandement mental que lui fit M. l'abbé [Boi-

1. Ms. 18 832, fol. 68. — 2. Ibidem, fol. 44 v°. Voyez ci-après, p. 503.

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