‹ Memoires de Saint-Simon (volume 3)Chapitre 389 sur 548 · Ms. 19855, p. 1 et · texte numérisé non relu

Ms. 19855, p. 1 et

6. La guérison de cet oncle pour qui elle voulait consulter la Béate.

de celte sainte, mais qu'il m'obligeroil beaucoup de lui en parier. Il me le promit. Je lui demandai si elle n'ordonnoit pas des remèdes. Oui.

« me répondit-il ; mais c'est pour cacher le miracle, et, pour le faire voir, « c'est qu'elle dit au nouvel abbé de la Trappe qu'il n'avoit qu'à envoyer « à M. Maisne tout ce qu'il voudrait de sa pari (à elle), et qu'il n'im- « portoit point quoi. Ainsi vous voyez par là que ce n'est point le « remède qui opère. »

Après cet exorde, Duguet rapporta les circonstances de la guérison. 11 est à remarquer que M. Maisne était soigné à l'intérieur de l'abbaye, et que, par conséquent. Rose ne put le voir. Sur le refus de l'abbé de donner « n'importe quoi » au malade, Rose commanda qu'on lui administrât dix ou douze gouttes d'huile à salade. Le lendemain, la fièvre ayant cessé, elle ordonua de le purger. La médecine lit son effet, et, après de « très grandes évacuations, » M. Maisne vint dîner arec les visiteurs, Rose, M. de Paraza et Duguet. « 11 s'est toujours bien porté depuis, » ajoutait ce dernier.

Selon lui, cette guérison n'était encore rien en comparaison de celle d'un prêtre fou que l'abbé Roileau avait placé chez l'hospitalier M. de Harlay1, espèce de lycanthrope, dont les extravagances dangereuses « mortifiaient » singulièrement son patron. Encouragée par Duguet, Rose l'alla réclamer aux Petites-Maisons, où l'on avait été obligé de le faire mettre à la chaîne depuis huit jours; elle l'enleva même de cette prison, en disant qu'il lui appartenait, l'installa dans sa chambre, dans son propre lit, et commença par une purgation, qui lui rendit le bon sens; mais, comme il devenait très malade d'un « flux hépatique, » avec fièvre violente, elle « demanda à Dieu sa santé, » sur le conseil de Roileau, et « tout d'un coup il fut guéri, » au moment où on allait lui administrer les derniers sacrements. Mme de Vibraye, Mme de Vieuxbourg. tille de Mme de Harlay, M. Duguet et d'autres allèrent constater cette guérison miraculeuse, que Rose leur affirma « être sans retour. » M. de .lougla en écrivit le compte rendu à son frère, qui lui répondit- : « Nous devons aussi peu douter de la vérité de vos paroles que de cent miracles dont nous avons été les témoins, et qui n'ont été faits en partie que pour animer notre foi et trouver en nous plus de créance et de docilité. Vous m'en marquez un, dans votre lettre, qui est bien grand; on le savoit déjà ici (à la Trappe), et l'on eu est rempli. Pour moi, quoique j'en sois touché, je n'en suis pas, pour cela, plus convaincu que je l'étois.... Vous savez tout ce qui s'est passé de miraculeux jusqu'à votre dernier voyage à la Trappe; depuis votre départ, tout ce qui se passe en moi est un miracle continuel, et bien plus considérable que la guérison subite de ce furieux3 »

11 ne faut pas confondre ce prêtre avec l'autre hôte de M. de Harlay cité tout à l'heure4, lunatique aussi et fanatique, mais d'ailleurs homme

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