Ms. 19 855, p
"2. Recueil de 1701, p. 45; octobre 1700.
:!. Voyez la suite, ]>. 497-502, sur sa conversion. — i. Ci-dessus, p. 489.
d'esprit, de science el de talent au dire de ses contemporains'. Celui-là n'était autre que L'abbé Faydit, ce cartésien qui publia en 1694 la seconde édition du Menagiana. Ancien oratorien et curé à Riom, sa ville natale, mais établi à Paris sur la paroisse Saint-Séverin, Faydit était un homme vraiment remarquable, d'une érudition et d'une fécondité inépuisables, d'une verve originale et mordante, naturellement agité et inquiet, tantôt raisonnable et tantôt bouffon, sans jugement ni prudence, incapable de ménager personne et de mettre un frein à sa pétulance, attaquant tour à tour Fénelon et Bossuet, Malebrancbe et Tillemont, dépourvu d'ailleurs de critique et de bon sens2. Son humeur agressive et extravagante lui avait attiré plus d'une disgrâce. Dans l'été de 1696, à la suite d'une publication fort hérétique sur la Trinité, l'archevêque de Paris avait obtenu sa réclusion momentanée à Saint-Lazare, comme « un peu fou et très difficile à retenir3. » Au mois de février 1700, poursuivi de nouveau pour avoir distribué le Problème et les Maximes des Saints, ou pour avoir fait imprimer sans privilège sa détestable Télémaeomanie, il avait été relégué dans son pays d'Auvergne*. Est-ce avant cette date qu'il se mit aux mains de Rose, ou obtint-il soit le répit qu'il sollicita pour se soigner, soit une permission de revenir pour quelque temps? Son mal était fort extraordinaire; de plus, l'histoire de sa guérison se trouve embrouillée par les récits contradictoires. Le parti prétend que Rose le guérit une première fois, alors qu'il était abandonné des médecins5, mais en lui interdisant, « conformément aux canons de l'Église, » de boire du vin et de dire la messe pendant un an; qu'ayant manqué à ces prescriptions, il était redevenu fou, et qu'elle le guérit de nouveau. D'autres versions sont plus compliquées8: « On dit que Mme la grande-duchesse de Toscane, ayant ouï parler de la guérison de M. Faydit, eut envie de voir la sœur Rose, et lui fit dire de venir la trouver, mais que la sœur Rose, ne voulant pas le produire, fit retombe! M. Faydit dans son mal, afin de faire perdre à cette princesse l'envie de la voir. La chose arriva comme la sœur Rose l'avoit désiré : M. Faydit eut de nouveaux accès de folie et de fureur; Mme la Orande- Duchesse le sut, elle ne se mit plus en peine de voir la samr Rose, et la sœur Rose guérit une seconde fois M. Faydit. » Il quitta alors Paris,
1. Confusion faite évidemment par l'auteur de la Question curieuse, dans le passage reproduit p. 489.
2. Nous avons sa biographie par Cloyseault : Arch. nat., M 220, n° 1, p. 47-50. Il avait appartenu à l'Oratoire, tout jeune, de 1662 à 1671.
3. C'est à ce propos que M. Tàtnizey de Larroque a publié, en 1878, un article sur l Emprisonnement de l'abbé Faydit ; comparez les études qu'il cite de M. Bonnettj : Annales de la philosophie chrétienne, 6e série, tome XIII, 1877, p. 208-225, 311-317, et tome XIV, p. 203-200.
1. Arch. nat., 0' 44, fol. 70, 45, fol. 109, et 302, fol. 204 v° et 208 v°;Bibl. nat., ms. Clairatnbault 1115, lot. 120-124 : deux lettres de lui à Pontchartrain ; l'Esprit des cours de l'Europe, avril 1700, p. 334-337.
5. Ci-après, p. 493, lettre de M. Bigot. — G. Ms. 18 832, fol. 57 V.
m APPENDICE IX.
encore « extravagant » et « agité de vapeurs lunatiques. » Cependant
cel étal de corps et d'esprit ne l'empêcha pas, jusqu'à sa mort r27 octobre 170!), à soixante-cinq ans), de se mêler aux polémiques religieuses et littéraires; on a vu un écho de ces querelles dans les vers sur l'abbé Bignon reproduits plus haut '.
Je n'insiste pas sur la guérison de l'abbé de Jougla, autrement dit dom Arsène, parce qu'il en sera suffisamment parlé à propos de sa conversion4, et je passe tout de suite à la guérison de la Béate elle-même. Atteinte, disait-on, d'une hydropisie mortelle et enflée jusqu'au menton, « le. P. Clavel, l'un de ses directeurs, en présence du F. le Clerc, pria M. l'abbé [Boileau], qui étoit avec eux, de lui faire un commandement mental de demander à Dieu sa guérison : ce que cet abbé tit. Aussitôt elle fut guérie, et elle se leva, et se promena deux jours après3. » Le parti fit grand bruit de ce miracle et chercha à se procurer des attestations; Hecquet refusa de délivrer un certificat à moins que la sœur ne se mit pendant huit jours entre ses mains, dans les seules conditions où l'examen médical pouvait être sérieux*. De même pour ces vomissements de sang du vendredi, miraculeux aussi, et, qui plus est, propitiatoires5. Mais, dit la Question curieuse'', « je n'ai jamais ouï dire, et je ne me souviens pas d'avoir jamais lu que ce fût une marque de sainteté que de jeter du sang en abondance par la bouche certains vendredis
de l'année, et surtout le vendredi saint7 » Voici comment cela s'était
passé à la Trappe, dans la chambre du frère Chanvier, et en présence de l'abbé, qui le raconta8 : « .... La première fois qu'elle cracha du sang à la Trappe, on obligea le R. P. abbé de l'aller voir : il y alla; on le pria de lui commander de cesser d'en cracher; il s'en excusa longtemps, mais enfin il le lui commanda; mais elle ne cessa pas d'en cracher.... La seconde fois,... elle n'en cracha plus : ce qui fait voir qu'elle ne cesse pas toujours d'en cracher au moindre commandement mental que lui en font ses supérieurs ou ses directeurs.... »
Était-ce supercherie pure, comme incline .à le croire l'auteur de la Question curieuse, ou bien l'un des effets de ces tempéraments maladifs dont on n'avait pas encore observé les différents caractères9?
1. Ci-dessus, p. 449. Le 8 juin 1701, il avait eu permission de venir pour trois mois à Paris sous bonne surveillance. En 1702, il publia sa Vie de saint Amabte, traduite du manuscrit de Clennont. On le retrouve encore a Paris en 1705, frappé d'une nouvelle relégation et discutant la validité de l'ordre parce que son nom y était mal écrit : Bibl. nat., ms. 8124, fol. 138 V*.