‹ Memoires de Saint-Simon (volume 3)Chapitre 393 sur 548 · Ci-dessus, p. 80-81 et Addition n° 357, p · texte numérisé non relu

Ci-dessus, p. 80-81 et Addition n° 357, p

3. Voyez sa lettre xxxv : « ,1'étois dans une maison où l'on ne permet, ni on ne souhaite de parler ni de s'excuser. .. »

4. Lettre tirée du portefeuille du P. Léonard sur la Trappe : Dilil. nat., ms. Fr. 24 123, fol. 82-83. Une note ajoutée à la fin, par le l'ère lui-même, est ainsi conçue: « Voyez la suite, ou plutôt la lettre entière, au portefeuille de Mlle Rose. » J'ignore ce que peut être devenu ce portefeuille, qui eût été si curieux pour nous ; le retrouvera-ton à la Bibliothèque ou aux Archives nationales ? L'auteur de la lettre est Charles Bigot, du diocèse de Lyon, qui lit profession à la Trappe le 24 mai 1702, et mourut le 21 jan-

mes forces, si je n'espérais que Celui qui fortifie les foiblcs, et en qui l'on peut tout, sera Lui-même ma forée et mon soutien. Pour obtenir eette grâce, j'ai besoin d'un puissant secours; j'implore le vôtre, Monsieur, auprès de Dieu, et celui des personnes qui vous sont reeommandables par leur piété et par leur charité. Je ne dois penser désormais qu'à marcher dignement dans ma vocation à l'état auquel il a plu à Dieu de m'appeler par la voix de Mlle Rose, qui m'a donné des marques de. la volonté de Dieu à n'en pas douter. Il ne me reste plus que quelques heures à disposer de mon temps, et je crois que je ne puis les mieux employer qu'à vous faire sommairement le récit des grâces qu'il m'a faites par le ministère de sa sainte servante, et des merveilles qu'il opère par elle, et dont j'ai été le témoin pendant près de huit mois entiers que j'ai eu le bonheur de la voir. Si j'étois obligé d'en faire le détail, il me faudrait écrire une relation, qui ne serait pas un petit volume, et il y aurait peu de jours où il n'y eût quelque circonstance remarquable à noter; je ne dois pas avoir moins de zèle pour donner gloire à Dieu, pour rendre témoignage à la vérité et pour édifier les gens de bien, que je vois d'ardeur, pour ne pas dire (blanc) dans le monde, à se déchaîner contre elle et à dire mille folies pleines de mensonges et de faussetés : vanitates et in (blanc) falsas; et a*utant qu'il y a d'honneur à publier les œuvres de Dieu, autant y a-t-il d'injustice à le faire quand la vérité et l'innocence sont attaquées. Voici de quoi justifier l'une et l'autre.

« Le 9e de septembre dernier, j'eus l'honneur, pour la première fois, de connoître Mlle Rose. Ce jour, que je. regarde comme le commencement de mon salut, est pour moi digne d'un éternel souvenir et d'une reconnoissance infinie. Ce fut à l'occasion d'un ecclésiastique de mes amis s qu'elle entreprit de guérir d'un mal extraordinaire, et dont les médecins, en ma présence, avoient désespéré de la guérison. Mlle Rose, en moins de vingt-quatre heures, le mit sur pied et le rétablit parfaitement pour l'esprit, et, dans six ou sept jours, pour le. corps, qu'il avoii ruiné et perdu. La maladie et la guérison se sont passées sous mes veux, et il y a tant de choses extraordinaires, qu'il y aurait là seul de quoi faire une histoire à part. J'ai été aussi témoin de la rechute de cet ami dans le même mal, deux mois et demi après, et de la seconde guérison, qui fut plus prompte, plus courte que la première. Cette rencontre, qui parait l'effet d'un hasard, c'est pour moi l'effet d'une, providence particulière qui règle les événements humains poulies faire servir au salut de ceux qu'il veut sauver. Il y avoit un an que je demandois à Dieu une personne pour me faire connoître ses desseins sur moi, me calmer de mes peines de conscience, et m'éclaircir dans

vier 1705. On a vu ci-dessus (p. 48-2) que ces lettres avaient été imprimées il mises en distribution, puis supprimées et retirées, comme « ne faisant pas honneur à la sainte. »

l . Ci-dessus, p. 191 .

s doutes. J'avois fait doux retraites pour cela, sans :i\<iir riei avancé,

et j'attondois depuis trois mois la réponse «l'une personne que j'avois

consultée sur mon état présent. Je reçus sa lépuuM le trois ou quatrième jour après que j'eus le bonheur <le eonnoHre Mlle Rose.

Cornue la décision que je veoois «le recevoir me jetoit dans «le nouvelles perplexités et de plus grands embarras qu'auparavant, elle s'aperçut que j'avois quelque peine. Un matin que j'allai chez «die voirie malade, elle m'en parla. Je lui fis quelque ouverture, mais en général. Nous prenons jour pour aller ensemble consulter' un savant et pieux ecclésiastique de connoissance. Nous y allons le lendemain; j'entame la conversation, je parle de ma décision et de ma peine, mais en partie seulement. Alors Mlle Hose, qui m'avoit écouté tranquillement, parla à son tour et dit : « Mais, Monsieur (en s'adressant à moi), vous ne dites « là qu'une partie des faits; et telle et telle chose? » Je vous avoue, Monsieur, que je tombai de mon haut, car je ne m'attendais pas qu'elle me portât de pareilles bottes. Je tâchai de me rassurer, et je renvoyai à une autre fois à faire une plus ample discussion. Cet événement si peu attendu me donna fort à penser toute la nuit ; je retournai le lendemain matin la voir. Elle me fit faire de nouvelles découvertes, et m'aida, le jour suivant, à faire mon examen de conscience de toute ma vie, pour me préparer à faire une confession générale. Elle me découvrit deux choses en moi qui ne pouvoient humainement venir à sa connoissance, et, ce qui est remarquable, c'est qu'elle me parla sur deux choses essentielles à mon salut, sur lesquelles je n'avois fait aucune attention, même après plusieurs recherches et confessions générales, me croyant en sûreté de conscience là-dessus, et qui pourtant, ainsi que je le connois à présent, me conduisoient à une perte inévitable. Je ne dois pas oublier que cela me fit voir alors évidemment les risques que couroit mon salut, si je [ne] survois la décision que j'avois attendue durant trois mois: ce que je n'ai eu garde de faire, et je reconnois présentement que je courois à ma perte de bonne foi et croyant bien faire.

« Mais, si Mlle Rose me connut alors si clairement et si heureusement pour moi, elle m'a encore plus approfondi dans la suite vingt fois, et, quand je dirois cinquante, je n'cxagcrerois pas. Elle m'a dit non seulement ma pensée, mais m'a découvert les dispositions les plus secrètes de mon coeur, et me les a fait sentir; ce que j'aurois eu de. la peine à connoitre, et ce que je n'eusse peut-être jamais connu, tant il est vrai que le cœur de l'homme est impénétrable même à luimême, et qu'il n'y a que Dieu, ou ceux qu'il choisit selon sa sagesse, pour leur communiquer les grâces de son esprit : ce qu'il fait sans acception d'aucun âge, d'aucun sexe, ni d'aucune condition. Je ne puis passer sous silence ce qui m'arriva, il y a deux mois, revenant de confesse, et allant voir Mlle Rose : elle me fit une répétition nette de ma confession, où je voulus quelque temps feindre, pour mieux m'assurerque ce n'étoit pas par conjecture qu'elle nie parloit; mais il fallut.

à la fin, me rendre, et le fruit que j'en retirai fut qu'elle me calma des troubles et des peines que j'avois affecté de ne pas lui découvrir.

« Ce que Mlle Rose a fait en moi par la pénétration des cœurs, pour me remettre dans le bon chemin, pour calmer mes troubles, dissiper mes peines, et pour fixer mes résolutions, je suis témoin oculaire, depuis près de huit mois que j'ai l'honneur d'être avec elle (j'excepte un mois de voyage), qu'elle fait tous les jours, ou presque tous les jours, les mêmes merveilles à l'égard des personnes que Dieu lui envoie pour être secourues; et je pourrais citer, s'il le falloit, vingt personnes de ma connoissance, dont le témoignage n'est pas seulement suspect, mais encore irréprochable par leur qualité et par leur mérite, à qui Dieu a fait la même grâce par le ministère de cette vertueuse fille; et c'est ou ce que j'ai vu en partie, ou ce que les mêmes personnes m'ont dit leur être arrivé1.

« Si Mlle Rose a le don de la pénétration et de la conversion des cœurs au degré de perfection que je viens de vous le dire, Monsieur, elle n'excelle pas moins en celui du don des langues. Je lui ai parlé mille fois latin; j'en ai fait très souvent le langage de notre conversation, affectant des termes choisis et peu communs : non seulement elle l'entend parfaitement, mais encore elle le parle aussi juste qu'un grammairien. L'on est très assuré cependant, par des personnes dignes de foi qui l'ont vue dès sa tendre jeunesse, qu'elle n'a non seulement jamais appris le latin, mais pas même à lire et à écrire. Je voulus un jour lui lire la fin du 5e chapitre de saint Mathieu en grec ; mais, comme elle s'aperçut de ma curiosité, il fallut rengainer mon grec2. Un fort honnête homme, capitaine au régiment du Roi, qui ne vous est pas inconnu3, lequel nous a accompagnés à la Trappe, où il a fait quelque séjour pour conférer de sa conscience avec Mlle Rose, lui a parlé plusieurs jours, dans la conversation, allemand, qu'il possède parfaitement; il nous a avoué, à cinq ou six personnes qui étions témoins du discours sans l'entendre, que Mlle Rose lui répondoit et lui interprétait au juste son allemand en françois. Elle m'a avoué qu'elle ne permettent cette épreuve à M. le capitaine que pour lui tenir lieu de conviction et le disposer à sa conversion : il peut rendre témoignage par son expérience, aussi bien que deux illustres solitaires qui sont auprès de cette nouvelle Thébaïde, si Mlle Rose a la pénétration des cœurs* »

Le conseiller Jougla de Paraza, marié par Rose avec une nouvelle convertie 5, avait un frère cadet dans les ordres, connu sous le nom d'abbé de Jougla, et qui possédait depuis cinq ou six ans une des cures de Toulouse, Saint-Pierre-de-Cuisines, avec le prieuré simple de Saint-Chély-

1. Ces deux paragraphes sont presque textuellement cités dans la Question curieuse, ms. 18 832. fol. 69.

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