‹ Memoires de Saint-Simon (volume 3)Chapitre 406 sur 548 · Ms. Clairamhault H75, fol · texte numérisé non relu

Ms. Clairamhault H75, fol

rcaux de vellon par jour d'augmentation, qui font, monnoie de France, dix-sept livres cinq sous; voiture pour ses domestiques, et, chaque jour des grandes fêtes de l'année, un plat de blanc-manger. On donne pour son déjeuner, à celui qui entre de semaine, une poularde grasse ou l'équivalent; et, quand il ne peut pas s'éloigner du palais, pour des affaires indispensables du service de S. M., ou par maladie delà reine, ou parce qu'elle aura à sortir de bonne heure, il ordonne au contrôleur de lui faire préparer un diner composé de cinq plats, y compris celui de la soupe. On lui sert ce dîner au palais, et ce sont les officiers de la cuisine, que l'on appelle de t'est[r]ado, qui le préparent.

« 11 doit, le matin et l'après-dîner, se trouver dans l'antichambre dès qu'elle est ouverte. Avant qu'il y soit, qui que ce soit, pas même un grand d'Espagne, n'y doit entrer, ni ne doit passer plus avant que lui. Il prend le matin les ordres du mayordome-mayor, pour les distribuer aux lieux et personnes qu'ils regardent. Si c'est aux officiers de la maison, il les envoie par l'écuyer à pied qui doit toujours se trouver dans la pièce des viandes, avant le salon, et, si les ordres regardent la royale écurie, il les donne au laquais de garde qui doit se trouver dans une pièce plus éloignée, et qui doit les porter au grand écuyer.

« S'il y a occasion de quelques apprêts extraordinaires qui demandent plus de disposition, il faut appeler le contrôleur ou le greffier, ou la faire exécuter, et l'escouade des hallebardiers lui doit aussi obéir. Pour les appeler, il faut qu'il le fasse sous le nom de compagnon de la garde.

« 11 a l'autorité de réprimander tous domestiques d'offices qui feront des fautes, et, si le cas le requiert, il peut le faire arrêter et en informer d'abord le mayordome-mayor, aussi bien de tout ce qui arrive en son absence. La marque de l'emploi du mayordome en fonction est la canne longue; il la porte et sert avec en toutes les fonctions. Quand quelques seigneurs ou quelques cavaliers vient demander à baiser la reine, le mayordome de semaine en demande d'abord le nom, ce qu'il fait aussi quand un ambassadeur ou ministre étranger demande audience. Il en avertit d'abord la camarera-mayor, qui propose la chose à S. M., et qui rend au mayordome la réponse ; et si la reine accorde l'audience, le mayordome conduit sur sa main droite la personne à la pièce où la reine sort, et il l'accompagne jusques après la seconde révérence, après laquelle le mayordome se retire, se portant le dernier de la file qui est à la main droite, où sont l'a camarera-mayor, les dames du palais, las sehoras de honor. L'audience finie, laquelle, à moins que ce ne soit dans les tribunaux, S. M. donne debout, le mayordome rejoint la personne qui en sort et l'accompagne à faire les deux révérences de sorties; et quand ce sont les conseils qui viennent à l'audience, le mayordome n'accompagne que les présidents qui sont grands d'Espagne.

« D'abord que les offices ont porté au buffet la coupe, le cadenas et les viandes, l'huissier des viandes avertit le mayordome, pour qu'il fasse les essais, et, à huis clos, il prend deux tranches de pain que la paneterie lui présente sur une assiette, et, avec ces tranches de pain, il va

goûtant les plats pour voir s'ils sont bien assaisonnés, et, arrivant au dernier plat, il donne une tranche de pain à l'écuyer ou chef de la bouche, pour qu'il le goûte, cette pratique ayant été établie pour l'améliorement du service et la plus grande sûreté. Ensuite il passe à la coupe, et, dans l'essai qu'il en fait, l'officier qu'on appelle de la cava lui présente le vin et l'eau que doit boire S. M. Il en fait l'essai. Les essais finis, il prend le mémoire que lui donne par écrit le veedor des viandes, ou, à son défaut, le chef de cuisine de la bouche, et il le donne au mayordome-mayor, pour que celui-ci, instruit de ce qui compose chaque plat, en puisse rendre compte à la reine, si elle en questionne. En même temps, il avertit le mayordome-mayor que les viandes sont prêtes. Et quand on demande le couvert, et que le sommelier de la paneterie entre avec la nappe sur le taller, le mayordome de semaine se met à côté de la porte de la pièce où la reine mange, et, le dîner et souper finis, il attend les ordres du mayordome-mayor, en l'absence duquel il les prend lui-même, et les distribue à qui il appartient.

« Si la reine sort, et que le mayordome-mayor la suit, il entre dans le même carrosse de chambre, que fournit la royale écurie, et si, dans ce carrosse, il n'y a pas de place, ou que la sortie soit à quelque fonction publique de grande cérémonie, on commande pour le mayordome de semaine un autre carrosse, dans lequel il suit celui de Yazafata ou des senoias de honor. Et comme le premier écuyer de la reine est ordinairement de la même classe des mayordomes, s'il concourt avec le mayordome de semaine, le plus ancien mayordome prendra la droite, et, si le premier écuyer n'a pas l'emploi de mayordome de semaine, celui-ci prendra la droite.

« Quand il y a au palais représentation de comédie en présence de la reine, tous les mayordomes se mettent en dedans des bancs de séparation et s'y tiennent debout dans la file des dames du palais et des senoras de honor. Et le mayordome de semaine qui est de garde doit assister quand la reine va à la chapelle en cancel, et tous les mayordomes de semaine, quand la reine [va] à des fonctions publiques, comme aux stations, etc.

« Il est de la faculté et autorité du mayordome de semaine de donner un rafraîchissement à la garde des hallebardiers, quand il le trouvera à propos, et qu'il y aura pour cela de justes motifs. Il peut, pour les mêmes motifs, donner à déjeuner aux infirmeries, ou des aumônes à des domestiques, sur les fournitures de la bouche ; mais il faut qu'il note et rubrique tout cela dans son petit cahier de la dépense de sa semaine, afin qu'il conste que cette dépense a été faite par son ordre. Il peut aussi quelquefois ordonner un rafraîchissement ou goûter pour les femmes de la reine, en envoyant l'ordre par un écuyer à pied au contrôleur pour en faire la disposition ; mais il faut qu'il considère bien ce qu'il ordonne dans ces occasions, pour qu'il ne s'ensuive pas un dégât trop préjudiciable au bien et intérêt de la reine.

« Il a un siège à dossier et collatéral, et voix décisive, dans le bureau,

comme on l'a déjà dit; et, au défaut du mayordome-mayor, le plus ancien peut convoquer le bureau et y exercer tous les afcles qui concernent le gouvernement de la maison. »

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