‹ Memoires de Saint-Simon (volume 3)Chapitre 450 sur 548 · H Finlo · texte numérisé non relu

H Finlo

2. L'abbé de Vayrac dit (tome III, p. 1G3) : « Tout plioit sous son autorité, et l'Espagne se sentira longtemps du mauvais usage qu'il fit de son trop grand crédit. Plusieurs seigneurs de la première distinction payèrent par l'exil la liberté qu'ils se donnèrent de blâmer sa conduite, et les plus chers intérêts du roi et de ses peuples furent sacrifiés à son ambition. »

3. 11 avait dit (p. 029) : « L'Amirante, affectant toujours de ne vouloir disposer de rien, dispose de tout comme s'il était premier ministre sans l'être déclaré; il tient sous sa dépendance vice-rois, ambassadeurs et ministres pour la plupart. Il vit dans le palais royal, et occupe l'appartement des Princes sous prétexte de se garantir des embûches que dresse contre lui le comte de Cimentés. • L'éditeur italien a lu ici : la Fuentès. Voyez cidessus, p -1» I ei 550-551 .

rait difficilement à voir l'autre son égal, de même que celui-ci à se J ;i i - ser dominer par un supérieur. Les motifs «le son retour m'échappent, car j'avais déjà quitté la cour à ce moment-là. Il se peut que son talent, estimé utile dans les circonstances présentes et dans celles qui peuvent survenir, ait motivé cette mesure, avec l'appui du cardinal; et il se peut aussi que l'Amirante se soit uni à la reine pour enlever quelques affaires particulièrement difficiles, et que leur insuccès ait amené une désapprobation qui en est souvent la conséquence en ce pays. Ce que donnera cette mesure imprévue de la volonté royale, le temps seul peut le taire savoir; pour moi, ne portant pas la vue si loin, je me réduirai à dire ce que la voix publique répète partout, puisque je n'ai pas eu à faire moi-même avec Oropesa : c'est un homme profondément instruit des affaires intérieures, plus superficiellement des affaires extérieures, savant et appliqué à cultiver la science, prudent dans le maniement des affaires, mais irrésolu et lent dans l'exécution.

« Don Jean-Dominique d'Haro, comte de Monterey, gentilhomme de la chambre, président du conseil de Flandre, jouit de l'estime du roi et a sa confiance jusqu'à un certain point. Personne ne doute de son intègre fidélité, et ses manières généreuses et civiles lui concilient la sympathie générale. On croit que sa fermeté serait capable de soutenir le rôle de favori ; mais, gardant une contenance de compassion et se réduisant strictement au service du roi, il ne sort point des limites que lui prescrit sa charge. Comme il ne s'est pas bien fait venir de la reine, qui l'a beaucoup méprisé, aussi espère-t-il seulement conserver le cœur du roi par son attitude de bon et dévoué vassal1.

« La fortuue est venue à don Henri-Emmauuel-Roderic Manriquès de Lara, comte de Frigiliana, gentilhomme de la chambre, par son mariage avec l'héritière d'Aguilar, qui lui apporta la grandesse en dot, mais particulièrement aussi parce qu'il a suivi le parti de la reine mère au temps des démêlés de la cour avec D. Juan. Sa carrière militaire se fit sur mer, où il parvint au grade de général de la flotte, dans lequel il eut l'occasion de se signaler; mais le fait d'avoir alors perdu Larache

1. On le savait dangereux en 1700, mais sans qu'il comptât soit sur la reine, soit sur l'Autriche, puisque ses disgrâces de 1698 et 1699 (Journal de Dangeau, tome VI, p. 326, 348 et 354, et tome VII, p. 213; Gazelle a" Amsterdam, 1698, n° xvm, et 1699, n'em; Mercure historique, tome XXVIII, p. 144) avaient été amenées par sa lutte contre la Berlepsch et sa maîtresse, et même, selon les Mémoires et négociations, de M. de la Torre, 2e série, tome I, p. 5, 104-118, 246-252, etc., il était devenu alors, en secret, malgré sa disgrâce, l'âme du parti français, le partenaire de M. d'Harcourt. Ces tergiversations le faisaient comparer plus tard, par le duc de Gramont, à « une girouette qui tourne à tous vents, qui condamne tout, et ne remédie à rien. » Quand M. de Marcin vint prendre la place de M. d'Harcourt, M. de Torcy lui signala Monterey comme s'opposant toujours aux vues du roi pour rester maître lui-même des affaires, garder ses créatures et en faire de nouvelles (Avènement des Bourbons, tome I, p. crxx).

sans la secourir, quand on le croyait en état de le faire, lui a attiré non seulement des protestations, mais même la haine. Néanmoins, la reine sa protectrice le releva et le lit encore nommer au conseil d'État, et, avant mon départ, il fut promu aussi à la présidence d'Aragon grâce aux bous offices du landgrave de Hesse, qui y fut employé par la reine régnante. Toutefois, le roi ne l'a pas en grand crédit, et il est le plus souvent exclu des délibérations importantes. Son opinion n'est pas celle que le Conseil suit le plus souvent, et quelquefois les passions la font rejeter. Son tempérament est susceptible de l'entraîner aux résolutions féroces ; génie entreprenant, très vif de manège, il ne pèse pas les suites des engagements et ne pense point aux conséquences finales : c'est pourquoi il ne voit que le pouvoir du roi, et point celui des autres. C'est cependant un esprit étendu ; il s'exprime en ternies sentencieux, et sa spécialité est la marine et le commerce, dans lesquels il a pu particulièrement s'instruire quand il tenait le gouvernement de Cadix. Du reste, civil autant qu'il convient, avec une certaine ostentation de pitié, il vise à se conformer au génie de son souverain. Jadis il épousa avec attachement le parti de l'Amirauté, puis répudia celui-ci et se jeta dans le parti contraire. Maintenant il agit avec art, mais se défie de tout le monde et n'est bien ni avec les uns ni avec les autres* »

Relation d'Alvise Mocenigo. 1702 2.

« Marie-Anne de Neubourg est fille de l'électeur palatin et sœur de quatre princesses illustres, l'impératrice régnante, la feue reine de Portugal, la femme du général Jacques Sobieski fils du feu roi de Pologne, et la duchesse de Parme. Cette reine, unissant à un teint des plus avenants et à une taille bien proportionnée la vivacité de l'esprit, sut s'introduire mieux que n'avait fait la première dans la volonté du roi sou mari, si bien que, l'assujettissant à son propre vouloir, le vainquant par ses attraits, elle triomphait de toute résistance, et, devenant plus hardie dans ses entreprises à mesure que ses victoires étaient plus répétées et plus éclatantes, elle s'empara de la majeure et plus considérable partie des affaires et des décisions à prendre. Elle s'introduisit dans les matières économiques, comme dans les politiques, et ne s'abstint même pas d'ingérence dans les promotions aux premiers emplois de l'armée. Pour mieux asseoir son autorité, elle avait fait la partie carrée avec le P. Gabriel, capucin, son confesseur, l'amirante de Castille et la baronne de lîerlepsch.

« La grandeur de la naissance, l'importance des emplois, l'abondance de talents ont amené finalement au premier rang l'amirante de Castille,

1. Frigiliana-Aguilar a toujours été regardé comme le plus grand partisan «le l'Autriche, est-il dit dans Y Instruction à Marcin, p. ccxiv; aussi a-t-on eu tort de le laisser en charge, ainsi que l'Amirante, en se bornant à lui retrancher trente mille écus. Voyez ci-après, p. 569, note, la lettre de Louvillc.

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