‹ Memoires de Saint-Simon (volume 3)Chapitre 459 sur 548 · Ci-dessus, p · texte numérisé non relu

Ci-dessus, p

2. Fragment publié par l'abbé Millot, dans les Mémoires de Soai/les; revu sur l'original, aux Affaires étrangères, vol. Espagne 97, fol. 150 v° à 152.

3. Il ne l'avait donc pas enlevée, comme l'a dit Saint-Simon, ci-dessus, p. 221. Voyez ce qu'en raconte M. de Westerloo lui-même, tome I, p. 299, de ses Mémoires. M. de Mortara avait été exilé à Valladolid pour avoir voulu pénétrer chez la demoiselle avec une échelle de corde.

4. La nouvelle venait d'arriver que ce duc était fait majordome-major.

5. Autographe communiqué par M. Etienne Charavay en février 1879. Cette pièce vien! du volume Espagne 97, au Dépôt dos affaires étrangères.

passé mes espérances. Voici ce qui est arrivé. Le duc ayant eu permission du roi d'envoyer sa fille à Bayonne pour la tirer des persécutions du cardinal, ainsi que j'ai eu l'honneur de vous le mander ci-devant1, il a fallu enfin tondre la cloche, et, l'ordre du roi de représenter sa tille lui avant été envoyé à Tolède par les soins de M. le cardinal*, il a été obligé de répondre, et de déclarer qu'il étoit bien fâché de ne pouvoir obéir aux ordres du roi quant à présent, parce que sa tille étoit à Bayonne, et qu'elle alloit en Flandres, y épouser le marquis de Westerloo, à qui elle étoit accordée ; que le contrat étoit signé par toutes les parties, que la permission de l'archevêque de Malines étoit venue pour les épouser par procuration, et qu'en un mot c'étoit une affaire consommée. Je ne puis vous exprimer, Monseigneur, la fureur du cardinal, lorsqu'il reçut cette nouvelle, et le chagrin qu'il eut de voir que sa vengeance lui étoit non seulement échappée, mais qu'il étoit la dupe du duc de Monteleon, qui, quoiqu'il n'ait pas le bonheur d'être né Castillan, n'avoit pas laissé de conduire son affaire de telle sorte que le cardinal, tout puissant qu'il est, n'y pouvoit plus mordre. J'ai su qu'il tint conseil quelque temps avec Ubilla sur cette affaire, et qu'il voulut d'abord excommunier le duc de Monteleon, aussi bien que la duchesse sa femme, sous prétexte qu'ils avoient fait violence à leur tille; mais, n'en ayant aucune preuve et n'étant plus maître de sa fille, qui ('■toit hors de sa juridiction, il ne sut sur quoi faire porter ses censures, et, croyant qu'il étoit plus court de se servir de l'autorité du roi, selon le désir qu'il avoit de remplir sa vengeance, il fit signer à S. M. un décret par lequel il étoit ordonné à la chambre de Castille de juger définitivement de la désobéissance prétendue du duc de Monteleon. et, en vertu de ce décret, il fit assembler cette chambre, pour la forme, sous l'autorité du président, son complice, et, l'arrêt étant fait par ces deux Messieurs, avant seulement que la chambre fût assemblée, il fut ordonné que la duchesse de Monteleon resterait en prison dans sa maison, et que, pour le duc, il seroit pris par quarante cavaliers et conduit au palais de l'Alhambra, à Grenade, par le frais qu'il fait; que là il seroit gardé à vue par huit hommes, jour et nuit, à ses dépens, pendant toute sa vie, et qu'en attendant il payerait tous les frais et quarante mille

1. Outre cette lettre précédente, du 4 août, ci-dessus, p. 576, il y en a une autre du 10, ainsi qu'une de Montviel, du même jour, au Dépôt des affaires étrangères, vol. Espagne 91, fol. 178-179 et 191-193. Montviel faisait ressortir le contraste des procédés espagnols avec la jurisprudence française.

■2. L'original de cet ordre, en espagnol, est conservé aux All'airesétrangères, vol. 92, fol. 55. fl est daté du 8 août et ainsi conçu : « Il duque de Monteleoxe. — Ordenos que dentio le doce horas pongas en libertad la vestra hija H* Maria Teresa l'iiîateli en la parte mas decorosa que os pareciere; en inteligeneia que de no executarlo en este termino sera muy de mi desagrado, et que mi sera preciso usar de los medios que conduyran al mas entero cumplimento de lo que os mando. — Seùalado de la pra mano de S. Majesta. En Madrid, a 8 de agosto del 701. >

MÊMDIUES hl. SAINT-SIMON. VIII !!7

ducats au profit du roi, pour la guerre d'Italie1. J'étois chez M. le duc d'Harcourt, à la Zarzucla*, lorsque nous y apprîmes la nouvelle de la prison de la duchesse de Monteleon-, mais nous ne sûmes rien de ce qui étoit arrivé au duc, parée qu'on l'avoit tenu caché. Il me pria de m'en retourner au plus tôt à Madrid, et de bien faire sentir au roi combien il étoit injuste de faire souffrir à la duchesse un affront aussi nouveau que celui-là; que cela alloit révolter toutes les femmes de Madrid contre nous, qui n'étoient pas accoutumées à un pareil traitement, et qu'enfin, le duc de Monteleon n'étant point coupable, puisqu'il n'avoit rien fait contre le service du roi, ni contre l'obéissance qu'il lui devoit, elle étoit encore moins coupable que lui, une femme ne répondant jamais pour son mari. Je m'en vins donc aussitôt, et, ayant trouvé M. de Blécourt, qui m'attendoit pour me conter la même affaire, et qui en étoit aussi indigné que nous, nous allâmes trouver le roi, à qui je représentai très fortement ce que M. d'Harcourt m'avoit ordonné de lui dire, et je le priai de sa part de vouloir bien faire lever la prison de la duchesse; ce que le roi nous accorda avec autant de facilité qu'il l'avoit ordonné, sans nous rien dire de ce qu'il avoit encore ordonné au sujet du duc : de sorte que nous nous en retournâmes très contents. Mais, étant retournés le soir à la musique, j'y trouvai le comte d'Crsel3, qui m'apprit ce que la chambre de Castille avoit jugé contre le duc de Monteleon : ce qui me causa une telle douleur, que je ne puis vous l'exprimer, sentant combien l'honneur du roi souffrait dans cette affaire et l'abus que l'on faisoit de sa confiance, de sa douceur et de sa jeunesse. Je me remis cependant le mieux que je pus, et, ayant, sans faire semblant de rien, envoyé chercher M. de Blécourt, j'attendis que la musique fût finie. 11 arriva aussitôt, et, le roi étant rentré dans sa chambre, nous le priâmes de passer dans son cabinet, et lui dimes ce que nous venions d'apprendre. Je dois vous dire qu'il en fut fort embarrassé, et il nous avoua qu'il n'avoit pas pu s'empêcher de le faire, quoiqu'il sût fort bien qu'il faisoit mal : de sorte que, sans lui faire sentir davantage, nous lui présentâmes le remède qui étoit quasi4, pour sa réputation, aussi fâcheuse3 que le mal; et comme il n'y avoit pas un moment de temps à perdre, le duc allant être enlevé d'une manière si cruelle et si injuste, nous priâmes S. M. de casser la sentence du conseil de Castille, et d'envoyer un ordre absolu au cardinal de contremander tout ce qui avoit été ordonné pour la détention du duc. Le roi signa aussi en môme temps un ordre pour M. de Gastanaga, dont Blé-

1. On voit qu'il y a loin de cette sentence à celle que dit Saint-Simon, ci-dessus, p. 224. M. de Westerloo, dans ses Mémoires (tome I, p. 20n), ne parle que de prison et d'arrêts.

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