‹ Memoires de Saint-Simon (volume 3)Chapitre 460 sur 548 · Écrit : Sarcévila · texte numérisé non relu

Écrit : Sarcévila

3. Voyez ce que disent de celui-ci les Mémoires du maréchal de Mérode- Westerloo, tome I, p. 183.

i. Écrit : casy.

'.>. Ainsi, an féminin, par mégarde.

court fut portour, afin do contremandcr les cavaliers qui avoient été ordonnés pour cette belle expédition. Il étoit minuit avant que tout ceci fût achevé. La Hoche fut porteur de l'ordre du roi pour M. le cardinal, qui le réveilla, et, l'ayant lu, il revint aussitôt à Libilla, par le même la Hoche, de supprimer tout ce qui avoit été fait: à quoi je ne m'étois pas attendu, connoissant la violence extrême de son naturel; mais, pour cette fois-là, il se vit si peu fondé en raison, qu'il n'osa soutenir la gageure. On envoya donc à toutes jambes à Tolède dire au corrégidor, qui avoit déjà reçu l'ordre et qui étoit prêt à l'exécuter, que le roi avoit suspendu son décret, et on envoya dire aussi en même temps au marquis de Gastanaga qu'il fit revenir l'officier qu'il avoit commandé; car, par parenthèse, si je ne m'étois pas trouvé à la musique, et que M. de Blécourt n'eût pas prié le roi de casser son décret sur-le-champ, le duc de Monteleon étoit enlevé : ce qui auroit fait un scandale terrible, sans parler de l'injustice, qui étoit des plus criantes, le duc, car je ne saurais trop le répéter, n'ayant rien fait que par la permission du roi et de concert avec M. d'Harcourt et M. de Hlécourt. C'est même par l'ordre de M. d'Harcourt que je vous écris tout ceci, car il m'a ordonné de le faire dans un grand détail et de n'omettre aucune circonstance. Pour revenir à nos moutons, vous croyez bien que nous ne dormîmes guère toute cette nuit-là, car l'affaire nous parut d'une assez grande conséquence pour la suivre, l'honneur et la justice du Roi y étant intéressés au point que vous le voyez. Le lendemain, dès le matin, j'allai rendre compte de tout ce qui s'étoit passé cette nuit à M. le duc d'Harcourt, qui fut bien surpris, et qui approuva tout ce qui avoit été fait, de point en point. 11 me dit qu'il falloit que le cardinal et le président se fussent enivrés d'eau-de-vie, parce que le vin ne pouvoit pas faire un si grand effet ; et comme il craignit que le désespoir de ces gens-là ne les portât à quelque extrémité, et ne les obligeât, par exemple, à venir mettre le marché à la main au roi, pour l'obliger à refaire un nouveau décret qui redétruisît l'autre, il me pria de m'en retourner incessamment et de dire au roi de sa part que, si le cardinal et le président faisoient les fâchés et qu'ils lui dissent que, puisqu'il n'avoit point de confiance en eux et qu'il suivoit d'autres conseils, ils le prioient de les laisser retirer, ou choses semblables ou équivalentes, S. M. leur dit résolument qu'elle leur donnoit trois fois vingt-quatre heures pour y penser, ne voulant contraindre personne, et que, dans l'instant, il descendit à son conseil d'Etat pour y présider et y dépêcher ses affaires. Je m'acquittai de ma commission le plus tôt qu'il me fut possible, et je tâchai de mettre le roi en disposition de faire ce que M. d'Harcourt lui conseilloit; mais cela ne fut pas nécessaire, car les bons prêtres firent patte de velours, voyant leur cas berneux1, et furent trop heureux d'en être quittes pour ce qu'ils avoient fait. Et le roi leur ayant déclaré que le duc de Monteleon n'avoit rien tait sans sa permission, et que c'étoit la

l. Adjectif dérivé du verbe berner.

raison pour laquelle il o'avoit pas déféré au jugement du conseil de Castille, le cardinal lui répondit que si cela étoit ainsi, qu'il étoit vrai que le duc de Monteleon n'avoit point désobéi, niai* que cependant il valoit encore mieux le punir que d'avoir changé, son décret. Je ne sai>, Monseigneur, si vous conviendrez de cette maxime; mais, pour moi, je la crois abominable, et ne la suivrai jamais, s'il plait à Dieu. C'est du roi que je tiens ceci, et vous n'en devez pas douter un moment. .Mais voici ce qui me paroit de plus criant, et que je n'ai su qu'aujourd'hui : c'est que M. de Blécourt, voyant que le cardinal suivoit ses vengeances avec fureur, et qu'il alloit s'engager dans une1 abinie de fautes énormes qui le déshonoreraient, et qui feraient peut-être tort aussi à la réputation du roi, lui tit écrire que le roi avoit donné permission au duc de Monteleon de faire ce qu'il avoit fait à l'égard de sa fille, et qu'ainsi il ne poussât pas plus loin sa persécution. Mais M. le cardinal n'a pas fait semblant d'avoir su cet avis, et a toujours été son train, par la seule raison qu'il ne veut jamais démordre de ce qu'il a une fois entrepris ; et par conséquent il a fait juger contre sa conscience le duc de Monteleon, et lui a imposé, quoiqu'il le sût innocent, des peines terribles. L'autre cas, encore plus énorme à mon sens, est d'avoir obligé la chambre de Castille à juger le duc dans moins d'une demi-heure de temps, et à le condamner par le secours du président *, sans qu'il y ait eu une seule pièce produite qui ait pu justifier la moindre désobéissance ; et le président ne laisse pas de vouloir justifier ce jugement, qu'il sait bien, en sa conscience, qu'il a fait seul avec le cardinal, en publiant qu'il faut être bien téméraire pour croire que les vingt-quatre vieillards qui composent le conseil de Castille, et qui ne ressemblent point du tout certainement à ceux de l'Apocalypse, aient rendu un mauvais jugement. Cependant voici le jugement de ces vingt-quatre vieillards : ils condamnent le duc de Monteleon et sa femme, la femme à être en prison, sans qu'il y ait la moindre chose contre elle, et le mari à une prison perpétuelle dans l'Alhambra, gardé à vue par huit soldats, avec une amende de quarante mille ducats, et tout le reste à ses dépens, pour avoir dit qu'il étoit bien fâché de n'avoir pas reçu l'ordre du roi plus tôt, et que, sa tille étant à Bayonne et accordée avec le marquis de Westerloo, il ne pouvoit plus faire en douze heures ce que l'on souhaitoit de lui. Ainsi il n'a point désobéi. Car je veux bien supposer que les vingt-quatre vieillards aient ignoré le concert qui étoit entre le roi et lui; mais, quand ce qui n'est point serait, et qu'il aurait désobéi, une désobéissance en cas pareil, et si naturelle à un père, mériteroitelle quelque chose de plus fort qu'un exil? Ce crime-là seroit-il plus fort que celui du duc de Najera5, qui n'a pas voulu commander les galères, et qu'on a relégué à vingt lieues de Madrid? De plus, quel droit a le roi de prendre le fait et cause dans une affaire de famille où il s'agit de

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