Don Manuel Arias. — 3. Naxara, dans le manuscrit
donner un gendre plutôt que l'autre à la fille du duc de Monteleon, malgré lui? De pins encore, supposé que la coutume, qui est autorisée en Espagne, de laisser marier les tilles à leurs fantaisies malgré leurs parents, soit bonne, raisonnable et saine, ce que je ne crois point, c'est à l'archevêque de Tolède, comme il l'a dit lui-même, à en connoitre, et il peut punir ce crime prétendu par ses censures ecclésiastiques, et peut excommunier, s'il le veut et s'il le juge à propos, toute la famille du duc de Monteleon. Mais pourquoi faut-il que le roi prenne son fait et cause, et que M. le cardinal l'engage à se faire haïr de tous ses sujets, pour favoriser un mariage injuste qui ne fait de plaisir qu'à M. de Monterev et à la comtesse de Palme? car ce sont eux qui sont les promoteurs de cette belle affaire, et qui sont aussi violents que le cardinal et le président. Enfin, pour finir ce récit déjà trop long, le cardinal et le président, qui ont repris conseil et haleine, outrés de voir que ce qu'ils avoient entrepris a échoué, sont encore revenus à la charge aujourd'hui auprès du roi, et, par l'expérience qu'ils ont faitfe] de sa bonté, il lui ont encore redemandé aujourd'hui qu'il lui plût d'ordonner un nouveau décret pour obliger le duc de Monteleon à faire revenir sa fille : ce que le roi dit avoir refusé. Et, pour dernière tentative, ils ont été trouver le P. Daubenton, et lui ont dit qu'il devoit obliger le roi à le leur donner, parce que c'étoit une affaire qui regardoit sa conscience. Mais le P. Daubenton s'en est excusé disant au cardinal que si cette affaire regardoit le spirituel, que c'étoit à lui, archevêque de Tolède, à y donner ordre, et que, si c'étoit une affaire d'État, ce serait encore à lui, premier ministre, d'y remédier; et qu'ainsi, en tous sens et en tous cas, cela ne le regardoit point. Je ne sais, depuis cela, quelle résolution ils ont prise ; mais je sais bien qu'ils doivent vous avoir envoyé un courrier pour tâcher de vous engager à prendre leur querelle, voyant que personne ne la veut prendre ici, et qu'ils voudroient bien aussi vous engager de renvoyer de Bayonne la fille du duc de Monteleon, pour la faire marier ici au gré de la comtesse de Palme et du comte de Monteîiv, malgré le père et la mère, qui, dans un royaume bien réglé, y auraient autant de droit, pour le moins, qu'eux. Le P. Daubenton, que j'ai consulté sur cela, et que je crois aussi grand théologien, pour le moins, que le cardinal et la comtesse de Palme, m'a dit que c'étoit un abus du concile de Trente que l'on faisoit ici, de croire que, dès qu'une tille devenoit amoureuse d'un garçon, il falloit les laisser marier malgré le père et la mère ; qu'il étoit bien vrai que le concile de Trente statuoit que les mariages qui étoient faits sans le consentement des pères et mères étoient valides par la même raison qu'un homme qui communie en pécbé mortel ne laisse pas de recevoir le sacrement, mais que ces mariages-là, quoique valides, quand ils sont faits, sont, par le même concile, déclarés illicites et rejetés absolument, en sorte que celui qui les contracte pèche mortellement; et par conséquent le roi et le cardinal, lorsqu'ils l'autorisent, tant s'en faut qu'ils soient fondés en raison pour le faire faire. Mais le cardinal n'aura pas même la satisfaction que
nous soyons ici dans le cas de l'abus : car, pour y être, il faudroit qu'il y eût eu ce qui s'appelle ici la saccade du vicaire, qui est un assez plaisant mot, c'est-à-dire que le vicaire de la paroisse fût venu chez les parents, et qu'en leur présence il eût fait sortir leur tille pour la mener chez lui, et que là il lui eût fait déclarer si elle persistoit dans la ferme résolution d'épouser M. de Mortare. Mais cet acte ridicule n'a pas même été fait1, et n'a pas pu l'être, parce que, pour donner cette autorité au vicaire, il faut qu'il y ait eu, de la part des contractants, une espèce de promesse de mariage, écrite de leurs mains; mais il n'y en a point, et la Terranova, femme du duc de Monteleon2, m'a seulement dit qu'il yavoit eu une lettre à'una creada3, qui écrit, au nom de sa maîtresse, qu'elle veut bien épouser M. de Mortare4. C'est là la seule pièce qu'ils peuvent produire en sa faveur, au lieu qu'il y a un bon contrat, bien signé, en bonne forme, par toutes les parties, avec les dispenses nécessaires, et par la fille même, en faveur du marquis de Westerloo, et de plus une lettre que la fille vient d'écrire de Pampelune à la Terranova, et une autre à son père, par lesquelles elle leur demande pardon d'avoir été cause qu'ils aient été troublés, qu'elle n'a nulle autre envie que de leur obéir et de leur plaire, et qu'elle les conjure seulement de lui accorder la grâce de venir à ses noces; et vous voyez par là que les affaires de Westerloo sont plus avancées que celles de Mortare, et en meilleure forme, et que le dernier n'a pour lui que le pouvoir du cardinal et celui que le comte de Monterey, son parent, a sur son esprit.
« M. d'Harcourt m'a mandé, par le P. Daubenton, que je fisse en sorte que. le roi cassât toutes les procédures qui ont été faites contre le duc de Monteleon, parce qu'elles ne sont que suspendues, ce qui ne suffit pas, et qu'il n'est pas juste qu'il y reste de queue, et de faire en sorte aussi que le roi empêche que le cardinal n'envoie un courrier à Paris sur cette affaire, parce que M. d'Harcourt croit que cela compromet encore l'autorité du roi, comme si l'on vouloit faire juger ce qu'il a fait, le faisant, comme ils le font, à l'insu de S. M. ; mais, pour ce dernier article, je ne crois pas qu'il y ait de remède, car il a été expédié dès hier. M. le duc d'Harcourt me charge encore de vous faire savoir qu'outre le bon droit de M. de Monteleon, qui est incontestable en tout sens, et qui lui doit procurer la protection des deux rois, il la mérite encore par l'attachement qu'il a pour le Roi, dont il a donné des marques dans tous les temps, lui et sa femme, s'étant même fait des affaires et ayant reçu des réprimandes du feu roi à cause de l'accès qu'il donnoit chez lui à M. d'Harcourt et à tous les François dans le temps qu'ils étoient fuis ici comme la peste; et aujourd'hui encore la Terranova offre à S. M. deux cent mille écus qu'elle a sur la flotte, pour en disposer à
1. On a vu, dans l'appendice XII, p. 5iG-547, que levicairevintchezM.de Monteleon, mais seulement après que la jeune fille fut partie.