‹ Memoires de Saint-Simon (volume 3)Chapitre 477 sur 548 · LETTRE DU COMTE DE TALLARD A M. DE PONTCHARTRAIN, CONTRÔLEUR GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

LETTRE DU COMTE DE TALLARD A M. DE PONTCHARTRAIN, CONTRÔLEUR GÉNÉRAL

a A la Haye, ce -20 daoust lf>992.

« Monsieur

« Vous m'aués touiours tesinoigné tant de bonté en toutes sortes doceasions que jespere que vous voudrés bien ne m'en pas refuser une nouvelle marque dans loceasion la plus pressante et la plus juste qui se puisse rencontrer. Il y a près de deux ans que le roy ma fait lhonneur de me nommer pour uenir auprès du roy d'angleterre. Jesortois desfraix dune longue guerre, je n'avois jamais eu de grâces, et jentrois dans des dépenses qui ont achevé de me ruiner, je lay fait de bon cœur, et je le fairois encore si cestoit a recommencer.

« Mais monsieur javoiïe que quand jay entrepris une besogne ou largeut est aussy nécessaire, je m'estois flatté que je pouvois compter sur les apointements que le roy me donne, cela fiât monsieur que je eherehay un banquier qui m'avançant son crédit, receut son remboursement sur le thresor royal, je le trouvay, et si galand homme quil a poussé la patience plus loing que je n'aurois osé luy demander.

« 11 luy est deu près de trente mille escus de mes apointements, et je receus hyer une de ses lettres par ou il me mande de ne plus tirer sur luy, ny de ne plus rien prendre à Londres sur ces correspondants.

« Ce changement inarrive monsieur dans un temps ou jay la moitié de ma maison en angleterre, lautre icy, ou je nav pas cent pistoles pour aller diey a la fin de l'année, cela vray monsieur si jamais chose le fust, et deiiiie de tout secours et de toutes mesures, parce quelles sont toutes rompues par le refus de payer mes apointements et par les grandes sommes qui me sont délies.

•• Je ne vous fais point remarquer monsieur quelle perle c'est pour mov (pie de payer deux ans dintercts de largent que le roy me donne avant que de le toucher, car dans un aussy grand délabrement daffaires, on n'en est pas a cela près.

» Mais monsieur ie dis qu'il m'est impossible de rester un mois hors de fiance si vous n'avés la bonté de me faire payer, que je ne sçay en quel estât se trouvent ceux qui sont en de pareils employs que moy, mais que jay passé par tant dautres avant que de venir a celuy cy, que n'ayant point encore mérité des grâces du roy, ce qui est attaché pour subsister a celuy dont il m'honore m'est dune nécessité indispensable pour vivre.

1. Ci-dessus, p. 287. — 2. Arch. nal., G1 543B; lettre autographe.

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