‹ Memoires de Saint-Simon (volume 3)Chapitre 488 sur 548 · LE MARÉCHAL DE T0UKY1LLE · texte numérisé non relu

LE MARÉCHAL DE T0UKY1LLE

(Mitra le goûta : e'étoàt eu effet un homme de mérite, et fort sage. Il devint premier gentilhomme do la chambre du duo d'Enghien dovonu prince do Condé, et sa femme damo d'honneur do Madame la Prineosso, et il ont dos commissions honorables, on 1640 et 42, de veiller à l'état de la Normandie, avec pouvoir d'y assembler la noblesse, et on Bourgogne, pour travaillera la défense et à sa conservation, avec les comtes de Montrevel et de Tavanncs. Il mourut en avril 164-6.

« Il faut dire, à la louange du maréchal do Tourville1, qu'il n'a jamais oublié ce que son pore devoit à M. de Saint-Simon, auquel, tant qu'il a vécu, il a rendu toutes sortes de devoirs, le voyoit souvent lorsqu'il étoit à Paris, et avec un air de déférence tel, qu'il n'a jamais été possible de le faire laver avec lui. M. de Saint-Simon aussi en faisoit grand cas, l'aimoit tendrement, s'impatientoit de no le voir pas2 maréchal de France, et fut aussi aise que lui lorsqu'il le fut; mais il ne jouit guèros qu'un mois do cette joie3. Ce maréchal eut de môme pour le jeune duc de Saint-Simon toutes sortes d'attentions et de prévenances, et avec un air qui ombarrassoit quelquefois le jeune homme, d'un officier de la couronne de cette réputation4.

« Il eut deux aînés et deux sœurs mariées, une abbosse de Pentemont à Paris, et une autre, religieuse. Le second aine mourut sans alliance, au retour d'Espagne, où il avoit eu des emplois et de la réputation; il ne fut point marié. Do. l'aine de tous, on en parlera après.

« Ces sœurs épousèrent, l'aînée un d'Argougos, soigneur de Gouvillo. Il est impossible d'avoir plus d'esprit et de monde, d'intrigue et de tête ; aussi servit-elle bien la maison de Condé dans des temps critiques. Elle étoit fort aimée du maréchal, et est morte fort vieille. Elle n'étoit rien moins qu'indifférente, très bonne amie, très dangereuse ennemie, d'excellente compagnie, et, on son temps, un peu galante, quoique laide, et toujours mêlée avec le monde le plus choisi. Elle étoit aussi très souvent à l'hôtel do Saint-Simon. L'autre sœur mariée ne sortoit guèros do sa province. Elle étoit mère do Joubert de Châteaumorant mort on 1722 lieutenant général dos armées navales et gouverneur des îles do Saint-Domingue et de la Tortue.

« Le maréchal do Tourville avait épousé une Mme do la Popelinière, fille do Laugeois, homme d'affaires ; et ne furent pas longtemps bien ensemble, et se séparèrent. Il on eut un fils beau et bien fait, tué à vingt-doux ans, au combat de Denain, 24 juillet 1712, sans alliance, colonel d'un régiment d'infanterie, et une fille, mariée au comte de Brassac-Gallard, qui a été parfaitement belle, et que la petite vérole,

I. Comparez notre tome I, p. 1G6, et le tome XXI, p. 54. •1. Se et pas ont été ajoutés en interligne.

3. Le maréchal fut nommé le -2" mais 1693, et Claude de Saint-Simon mourut le M mai suivant.

4. Il va maintenant revenir à la filiation donnée par les auteurs de VHistoire généalogique.

sans la défigurer, a rendue entièrement méconnoissable. Elle a été dame <Je Mme la duchesse de Rerrv.

« Le frère aine du maréchal de Tourville eut un régiment d'infanterie et la compagnie des gendarmes de Monsieur le Prince1. Il est mort en sa maison de Tourville, vers Caen, en 1 697 . Il avoit épousé Anne* le Sauvage en 1663. Il perdit ses deux fils aînés de bonne heure, sur mer. Il en laissa un troisième, qui, se comptant unique, s'est marié à Charlotte r>-Rcnéc de Camprond, dont il a des enfants. Sa mère mourut en 1703. Elle étoit héritière, et M. de Tourville par conséquent riche, lorsqu'un laquais qu'il avoit eu quelque temps se présenta comme son frère aine. 11 étoit né à Dieppe, 20 juin 1685, et baptisé le même jour, dans la paroisse de Saint-Jacques, sous le nom de Jean-Michel du Désert, fils de Michel de Divant4, écuyer, sieur du Désert, et de noble dame Anne de Préval. Ce procès, intenté au parlement de Rouen, a eu d'étranges suites, et finalement ce du Désert a été déclaré aine par arrêt du parlement de Rouen, 1717, confirmé par arrêt du Conseil, 15 mars 1721 K. Après bien de, fâcheux procédés, M. de Tourville a été obligé de s'accommoder avec lui, et de lui céder beaucoup de bien 6. »

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