AU ROI
Sur son voyage de Compiègne, où Sa Majesté va prendre le divertissement de la chasse '.
Grand Roi, que dans les cœurs de nos voisins jaloux Vos moindres mouvements jettent d'inquiétude ! Mais en vain leurs regards sont attaches sur vous, Ils font de vos desseins une inutile étude.
Quand vous bornez vos vœux à chercher dans les bois Le noble amusement d'une guerre innocente, L'immortel souvenir de vos fameux exploits Eu cent climats divers va porter l'épouvante.
L'habitude de vaincre est douce aux grands héros. On croit que chaque pas vous mène à la victoire ; Vous êtes redouté dans le sein du repos, Et jusqu'à vos plaisirs tout sert à votre gloire.
QlIN.U'LT.
Philippe Quinault, baptisé à l'église Saint-Eustache de Paris, le 5 juin 1035, était le lils d'un simple boulanger, quoi qu'en ait dit le Moréri ; mais, tout en étudiant l'art dramatique et la poésie sous Tristan l'Hermite, il prit ses grades en droit et reçut le titre d'avocat au Parlement, alors qu'il avait déjà fait jouernombre de pièces en vers, dont la première, les Rivales, en 1003. quand il n'avait que dis-huit ans. C'étaient toutes des comédies, des tragédies ou des tragi-comédies en cinq actes; cependant, en 1660, le cardinal Mazarin et M. de Lionne lui firent composer, en l'honneur de la paix et du mariage royal, une pastorale intitulée : Lysis et Hespérie, qui fut représentée au Louvre, le 9 décembre 1660. Elle lui valut peut-être une charge de valet de chambre du Iloi, achetée de l'argent que Tristan l'Hermite lui avait légué; du moins les actes lui en attribuent le titre dès 1661, et on sait qu'il ne vendit cette charge qu'en 1683, à J.-B. Choderlos de Laclos. L'historiographe de l'Académie française prétend qu'il cessa de travailler pour le théâtre en se mariant et devenant auditeur à la Chambre des comptes; mais c'est évidemment une erreur, ainsi que Jal l'a démontré, puisque ce mariage se fit en 1660, qu'après cette date Quinault donna encore quatre tragédies ou tragi-comédies, pour le moins, qu'il n'entra à la Chambre des comptes qu'en 1671, et qu'à cette dernière époque seulement commença sa grande illustration comme librettiste d'opéra. Ses premières œuvres en ce genre furent la partie chantante de la Psyché, de Molière, et les Fêles de l'Amour cl de Hnrchus, pour Lullv. Depuis lors, jusqu'en 1686, il ne cessa de fournir des livrets aux musiciens de l'Opéra, et presque tous eurent un grand succès : Cadmus, Alys, Proserpine, Amadis de Gaule, Roland, surtout Armide, que
I. La cour arriva à Compiègne le .'> mars, et en repartit le 17 [Gazette)