‹ Memoires de Saint-Simon (volume 3)Chapitre 495 sur 548 · LETTRE DE QUINAULT · texte numérisé non relu

LETTRE DE QUINAULT

le Roi lui-même choisit entre trois sujets proposés par Quinault en sa présence, chez Mme de Montcspan [Journal de Dangeau, tome I, p. 172-173). Louis XIV, comme Saint-Simon le racontera plus d'une fois, appréciait assez particulièrement ses œuvres pour en savoir par cœur bien des passages, paroles et musique; Monseigneur, aussi, se faisait lire tel ou tel opéra, lorsqu'il était malade, retenu à la chambre [ibidem, p. 75), et il lui commanda, en 168'i, pour Fontainebleau, la pièce du Temple de la paix [ibidem, p. '220). Mais, peu après cette dernière époque, Quinault renonça au théâtre, soit qu'il eût été dégoûté de la scène par un injuste insuccès de son Armide, soit que la dévotion dont parle Dangeau [ibidem, p. 319) lui eût inspiré de trop forts scrupules. Le P. Léonard a recueilli cette dernière explication (ms. Fr. 10 865, fol. 129 v», 27 avril 168G), et il dit que le Roi, tout en lui continuant sa pension (de deux mille livres, et non douze mille, comme le porte le manuscrit), l'autorisa à abandonner l'Opéra et à ne plus travailler qu'aux légendes nouvelles de la grande galerie de Versailles, en remplacement des premières inscriptions de Charpentier, reconnues trop outrecuidantes et orgueilleuses outre mesure. Alors aussi, car on était au lendemain de la Révocation, il fit un poème sur l'Hérésie détruite. 11 ne vécut plus que deux ans, mourut le 2G novembre 1088, à l'âge de cinquantecinq ans, et fut enterré dans l'église Saint-Louis-en-1'lle. Il était membre de l'Académie française depuis 1670, de la petite Académie depuis 1674, et chevalier désordre de Saint-Michel. Son Théâtre fut publié à l'étranger en 1715, ses OEuvres choisies en 1730, et elles ont été réimprimées en 1824, par l'éditeur Crapelet. Son portrait, de la collection de l'Académie française, est aujourd'hui au musée de Versailles, n° 2022. Sa Vie, par son neveu Boffrand, se trouve en tète de l'édition de ses Œuvres; mais il existe aussi une biographie manuscrite à la Bibliothèque nationale, ms. Fr. 24 320. M. Victor Fournel lui a consacré un excellent article dans la Biographie générale.

Une lettre autographe de Quinault exposée au musée des Archives nationales, sous le n" 880 (fac-similé partiel dans \' Inventaire), et portant la date du 26 février 1686, fait connaître qu'à cette époque, et tout au moins depuis 1684, il touchait une gratification annuelle de quatre mille livres du Roi, « à cause des opéras faits pour ses divertissements. » Les biographes disent que la même somme de pension lui était faite par Lui li, pour l'opéra qu'il livrait chaque année. On voit également dans la même lettre que le poète avait redoublé d'ardeur en 1685 pour fournir le ballet de Fontainebleau, outre son opéra annuel : d'où des crachements de sang dont il n'avait pu se guérir entièrement. Chacun sait combien il avait été jadis ridiculisé par les satiriques. Quand il mourut, le marquis de Termes écrivit à Bussy-Rabutin qu'il n'y avait [dus que des regrets pour le poète dont on s'était tant moqué pendant sa vie.

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