Relation de P. Venier, série Francia, tome III, p
son train splendide et dans son jeu, qui lui en enlève une certaine partie. Ses tendances à la générosité étant ainsi limitées, il n'a pas autant de moyens qu'il le désirerait pour distribuer des bienfaits ; c'est seulement avec des pensions, des charges domestiques, et le peu d'abbayes de son apanage qui sont à sa nomination, qu'il peut consoler et récompenser. Le Roi avait l'habitude de lui faire de temps à autre des présents ; mais les besoins de la guerre actuelle lui enlèvent ce produit. Soit qu'on lui croie peu de crédit pour obtenir des grâces, soit qu'il ne veuille pas en user, il ne demande rien pour autrui, ne s'immisce dans les affaires d'aucune sorte, et, dans le petit nombre de celles où il lui est permis d'entrer, il a la réputation d'être facile à désappointer. 11 s'est efforcé, pour plaire au Roi, d'exhorter à la paix, dans ses lettres particulières, son gendre le duc de Savoie, ce qui ne lui a pas réussi. 11 a été sensible aux peines de sa fille, avec laquelle il ne laisse pas d'avoir, toute affaire, mise à part, une correspondance suivie. La plus grande preuve de sa dépendance a été son consentement au mariage du duc de Chartres avec Mlle de Rlois, bâtarde du Roi, mariage ménagé secrètement avec la Montespan par l'abbé Dubois, son ancien précepteur, qui en a été bien récompensé, et par le chevalier de Lorraine, qui a tout pouvoir sur l'esprit du père. Encore qu'il se soit laissé faire lorsque l'importante dot de plus de quatre millions de livres l'eut amené à y consentir, cette union ne fut pas bien sage et donna de l'embarras au Roi, qui, mettant au-dessus de tout sa tendresse pour sa fille et sa domination sur son frère, ne s'inquiétait pas que son sang royal fût déshonoré par cette souillure. »