‹ Memoires de Saint-Simon (volume 3)Chapitre 513 sur 548 · Un lilanc dans le manuscrit · texte numérisé non relu

Un lilanc dans le manuscrit

débauché, grand chasseur, prodigieusement avare et riche, paraissant peu partout depuis Monsieur; mais, à force d'habitude d'être craint et respecté au Palais-Royal, et de se montrer peu, il avoit acquis la considération d'une espèce de personnage. 11 soutenoit la sienne auprès du Roi par le souvenir du mariage de Mme la duchesse d'Orléans, par le maréchal de Villeroy, ami intime du chevalier de Lorraine, et de lui par conséquent, par des chiennes couchantes qu'il donnoit au Roi de temps en temps, et par un air de détachement, de solitude et de campagne qui plaisoit encore, sans que cela l'empêchât de ménager ceux dont il croyoit pouvoir se servir, et surtout les bâtards, avec lesquels il étoit intimement lié par le maréchal de Villeroy, aux dépens et à l'insu de son maitre, autre grand mérite auprès du Roi. Sur la dernière fin de son règne, d'Effiat se rapprochoit peu à peu de la cour, mais par des apparitions1, pour manéger profondément et se faire valoir de toutes parts. Le Roi mort, M. le duc d'Orléans, de toute sa vie accoutumé -à le compter beaucoup, se laissa surprendre à lui sur le maréchal de Villeroy, sur les bâtards, sur tous les dépendants de Mme de Maintenon, sur le Parlement; d'Effiat lui persuadoit qu'il manioit tout cela, et qu'il le faisoit pour son service. 11 se lia à cet ours de Rczons, qu'il menoit à la muselière, et par qui il achevoit de tromper son maître, mais de la meilleure foi du monde de la part du grossier maréchal. H fut du conseil de finance, et enfin de celui de Régence, et toujours avec autorité. Il pensa s'évanouir à la chute de M. du Maine3; mais, à chose faite, dont il ne s'étoit point douté, il se garda bien de rien faire, ni rien dire qui le pût diminuer en rien auprès du Régent, et paya de courage, et, des deux côtés, de duplicité, pour ne rien perdre de part ni d'autre. H se conduisit avec la même dextérité lorsque M. et Mme du Maine furent arrêtés, et il se* ménagea également entre le maréchal de Villeroy et le duc de Noailles. Ses mœurs étoient en tout semblables à celles de l'abbé Dubois, et leurs liaisons si anciennes, qu'ils furent toujours parfaitement bien; et, flexible comme étoit le marquis par art et par bassesse, ce n'étoit pas le temps de s'y brouiller. Les jésuites et les cardinaux de Rohan et de Rissy trouvèrent en lui leur plus utile protecteur ; l'autre côté ne pouvoit aller avec un scélérat de premier ordre. 11 brilla ainsi à sa façon réservée, concentrée5, pendant la Régence, jusqu'à la fin de sa vie, se rendant médiateur et arbitre tant qu'il pouvoit dans toutes les affaires qui survenoient à M. le duc d'Orléans, tant de celles des prétendus accommodements sur la Constitution, que de la part du Parlement et d'autres choses intérieures, pour se faire compter de plus en plus. C'était un homme sec, sain, extrêmement sobre, fort

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