‹ Memoires de Saint-Simon (volume 3)Chapitre 524 sur 548 · Voyez son récit dans l'édition de 1882. p · texte numérisé non relu

Voyez son récit dans l'édition de 1882. p

femme de ehambre, et non par un garçon ; le verre fut apporté par Mme de Gamaches, mais présenté par l'intrigante et suspecte Gordon, dame d'atour. Ce sont là des détails peu importants. J'en dirai autant du « pot de faïence ou de porcelaine1, » qui est une bouteille dans le récit de Mme de la Fayette. Rappelons cependant qu'il est question aussi d'un pot d'eau empoisonnée dans la légende de la mort de Louvois en 1694 -, et qu'un pot était plus facile à enduire de poison qu'une bouteille. Les détails donnés par Madame, par Mme de la Fayette et par d'autres excluent l'idée de poison versé dans l'eau même, puisque la femme de chambre qui avait préparé cette boisson, et, avec elle, plusieurs personnes présentes, dont Mme de Meckelbourg, en burent sans danger. Mais encore n'est-il pas admissible que Madame se fût servie du pot pour boire à même. Aussi Madame Palatine dit-elle que d'Effiat avait empoisonné, non pas l'eau, ni le pot non plus, mais la tasse réservéeà la princesse, et dont personne autre n'eût osé se servir. Là encore, autre difficulté : d'Effiat aurait été sans excuse de toucher à cette tasse5.

Je ne m'arrête pas à une dernière version recueillie dans le Siècle de Louis XIV, et où il est parlé de poudre de diamant mise sur des fraises. Voltaire, tout le premier, a fait observer que la poudre de diamant n'était « pas plus un venin que la poudre de corail » (on la voit (•(•pendant figurer dans l'arsenal des empoisonneurs4), et il trouvait la version de l'eau de chicorée bien plus admissible, tout en concluant que « la malignité humaine et l'amour de l'extraordinaire furent les seules raisons de celte persuasion générale, » et que « ce qui confirma le public dans le soupçon de poison, c'est que, vers ce temps, on commença à connaître ce crime en France ■"'. »

Au point de vue médical, il ne faut pas oublier que, limonade ou eau de chicorée, cette boisson était rafraîchie à la glace — détail peu compatible avec le récit de notre auteur, — ou du moins très fraîche6, et que, (le plus, la princesse, fatiguée de son voyage, avait pris l'avantveille un bain de rivière 7. Rain et boisson étaient également inopportuns, vu sa très mauvaise santé et ses prédispositions maladives. Une seule de ces deux imprudences eût suffi, sans que le poison vînt « aider la nature, comme pour D. Carloss. »

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