‹ Memoires de Saint-Simon (volume 3)Chapitre 528 sur 548 · Tome XIII, p · texte numérisé non relu

Tome XIII, p

654 APPENDICE XX Vil.

Saint-Simon vivait encore, va peut-être faire la lumière sur l'un et l'autre point. « Lorsque, disent-ils, le mariage (de la tille «le Monsieur et d'Henriette d'Angleterre avec le roi Charles II d'Espagne, en 1679)

fut arrêté, la reine d'Espagne voulut savoir qui étoit celui BUr qui Monsieur avoit jeté les yeux pour la conduire en Espagne; elle le demanda à Monsieur, qui lui nomma le chevalier de Lorraine : ■ Ali! Mon- •• sieur, s'écria-t-elle, celui qui a empoisonné ma mère! ■ On ^ait, quoi qu'en dise M. de Voltaire', que la reine d'Espagne fui empoisonnée*.... On sait aussi que Madame Henriette fut aussi très certainement empoisonnée..., et le chevalier de Lorraine, quoiqu'il fût alors a Home, a toujours été regardé comme l'auteur de l'empoisonnement de Madame. Et le duc de Luynes rapporte que Monsieur demanda avec colère de qui sa tille tenait de pareilles idées : elle répondit que c'était de la maréchale de Clérambault. Mais, lorsqu'il alla exiger de Madame, sa seconde femme, le renvoi de cette maréchale, Madame répliqua avec sang-froid : « C'est par embarras que votre fille vous a nommé la maréchale de Clérambault; elle n'a pas osé me nommer. C'est moi qui lui ai dit ce qu'elle vous a répété du chevalier de Lorraine. » M. de Luynes ajoute : « La présence d'esprit de cette réponse est remarquable. » Effectivement elle n'avait d'autre but que de détourner le ressentiment de Monsieur : c'est bien la maréchale, amie inséparable de Madame3, qui dut raconter la légende du drame dont elle avait été témoin eu 1670, oii même la voix publique avait failli un instant l'impliquer, et Madame, qui voyait partout le [toison (n'est-ce pas elle qui écrivait à une de se> correspondantes que Louvois mourait empoisonné de la main de Mme de Maintenon, et que celle-ci avait été initiée aux secrets de Locuste par Mme de Brinvilliers4?), Madame a ajouté pleine foi à ce récit, qui coûta une longue disgrâce à la maréchale5.

Si, du duc de Luynes, nous passons aux Mémoires secrets de Duelo»1', voici que nous trouvons, non plus le nom de la maréchale «le Clérambault, mais celui d'une autre amie de Saint-Simon et de Madame Palatine. Je n'ai pas encore eu l'occasion de parler de Duclos, ni de ses Mémoires secrets sur le règne de Louis XIV, lesquels ne sont guère autre chose qu'un arrangement très rudimentaire de nos Mémoires. l'historiographe de Louis XV ayant été des premiers à prendre com-

1. Le Siècle de Louis XIV, p. 503-504. La première édition avait paru en 1751. Voyez ci-dessus, p. 644.

"2. Voyez notre tome IV, p. 286-v287.

3. Ci-dessus, p. 364-365. Nous verrons ailleurs qu'il y avait conformité complète d'idées entre les deux amies sur les questions de surnaturel.

4. Correspondance de Madame, recueil lirunet, tomes 1, p. 226-"2v27, et 11, p. 35.

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