‹ Memoires de Saint-Simon (volume 3)Chapitre 54 sur 548 · Il a biffé une s mise par mégarde à la fin de nombre · texte numérisé non relu

Il a biffé une s mise par mégarde à la fin de nombre

3. Jean Law de Lauriston, né à Edimbourg le 21 avril 1671, fils aîné d'un orfèvre-changeur qui s'était enrichi, ne prit définitivement pied en France qu'après la mort de Louis XIV, obtint alors le privilège d'une banque générale (2 mai 1716) et celui de la compagnie d'Occident ou des Indes (août 1717), fit transformer la première en banque royale le 4 décembre 1718, fut élu membre honoraire de l'Académie des sciences le 2 décembre 1719, devint contrôleur général des finances, moyennant abjuration préalable du protestantisme, le 4 janvier 1720, fut renversé le "29 mai suivant, s'enfuit de Paris le 14 décembre, et finit presque misérablement sa vie à Venise, le 21 mars 1729.

4. Voir une pièce du 11 septembre 1721, dans les papiers de la liquidation de Law, Arch. nat., V7 254. Law n'eut, à bon marché, d'ailleurs, quoiqu'on dise l'Addition, qu'une partie de ces livres, que le cardinal Dubois racheta en 1723, et Bignon donna à la Bibliothèque du Roi ses ouvrages chinois, indiens et tartares.

o. Il écrit : bibliothéquaire. — Comme chancelier, M. de Pontchartrain confia à son neveu la librairie, c'est-à-dire la direction des examinateurs auxquels étaient soumises les demandes de privilège d'impression (voyez ses registres : Bibl. nat., mss. Fr. 21 938à 21 942), et il remplit cette fonction jusqu'à la retraite de Pontchartrain, en juillet 1714 (Danyeau, tome XV, p. 192). 11 reprit aussi la publication du Journal des savants après la mort du président Cousin, en 1702. C'est seulement sous la Régence, à la mort de l'abbé de Louvois, que le duc d'Orléans choisit Bignon pour succéder à celui-ci comme <• maître

76 MÉMOIRES llTOlj

enchantée auprès de Meulan ', qui se put comparer en son genre à celle de Caprée2, l'âge ni les places ne l'ayant pas changé, et n'y ayant gagné qu'à faire estimer son savoir et son esprit aux dépens de son cœur et de son âme1. Aubigny Noyon ne fut pas mieux rempli, mais à la renverse' de éveque-comtc |a piace jg conseiHer d'État, par un homme de condition5

de Noyon. ' I

et 356\ c'° 'a librairie du Koi, intendant cl garde de son cabinet des livres, manu-

scrits, médailles et raretés antiques, et garde de sa bibliothèque. ■ Les provisions ne furent délivrées que dix mois plus tard (4S septembre 1729). En 1720, on réunit à la direction de la bibliothèque de la rue Vivienue celle des bibliothèques du Louvre et de Fontainebleau. [Journal de Dangeau, tome XVII, p. VIS et 418; le Cabinet tirs manuscrits, par M. Léopold Delisle, tome I, p. 3S8-361, 368-374, 380-387, 407- 446.) Parmi les faits importants de l'administration de Bignon, il faut signaler le transfert de la Bibliothèque à la rue Richelieu, dans l'ancien palais de Mazarin.

1. C'est l'ancien prieuré de Saint-Corne, situé dans une Ile de la Seine entre Meulan et Mézy, dont il avait obtenu l'extinction en 169o. étant alors second promoteur de l'assemblée du clergé, et qu'il tit ériger ensuite en châtellenie sous le nom de l'Ile-Belle (lettres patentes d'août 1724). Une description de ce séjour enchanteur est dans le Grand dictionnaire géographique d'Expilly, tome III, p. Xo4. — De 1710 à 1721, l'abbé avait habité à Paris la belle maison du doyenné de Saint-Germain-l'Auxcrrois, bien connue alors de tous les académiciens et savants. Dès 1695, selon les notes du P. Léonard, il menait un tel train de vie, que ses quarante mille livres de rente n'y purent suffire longtemps, et force lui fut de se restreindre en 170o.

2. Aujourd'hui Capri, où Tibère fit construire douze palais et passa ses dernières années dans la débauche, comme le raconte Suétone.

H. Voyez ci-après, appendice VI, quelques documents du temps.

4. Littré n'a pas signalé cet emploi de la locution il la renverse, au sens d'à l'inverse, qui d'ailleurs n'est pas donné par les dictionnaires du temps, non plus qu'inversement. Furetière a cependant les locutions à la renverse, au propre et au figuré, et en l'inverse d'une règle.

5. La première lettre de condition surcharge une s. — « On dit absolument : de condition, pour dire : de bonne naissance. » {Académie, 1718.) Il y avait cependant une nuance importante, que précise le duc de Luynes en parlant (Mémoires, tome II, p. 236) d'un personnage qui est « gentilhomme, et. même homme de condition. » « Mettez mon fils à l'académie, écrivait à sa femme le financier Montauron, donnez-lui un gouverneur; car il le faut élever en homme de condition. « (Historicités de Tnllcmant des Réaux, tome VI, p. 233.)

et de très saintes mœurs et vie, mais d'ailleurs un butor. Monsieur de Chartres avoit trouvé à Saint-Sulpice un grand et gros pied plat1, lourd, bête, ignorant, esprit de travers, mais très homme de bien, saint prêtre pour desservir, non pas une cure, mais une chapelle, surtout Sulpicien excellent en toutes les minuties et les inutiles puérilités qui y font loi, et qu'il mit toute sa vie à côté ou même au-dessus des plus éminentes vertus. Ce garçon2 n'en savoit pas davantage, et n'étoit pas capable de rien apprendre de mieux ; d'ailleurs, pauvre, crasseux et huileux à merveilles3. Ces dehors, trop puissants sur Monsieur de Chartres, et qui, par ses mauvais choix, ont perdu notre épiscopat*, l'engagèrent à s'informer de lui. C'étoit un homme de bonne et ancienne noblesse d'Anjou, qui s'appeloit d'Aubigny5 : ce nom le frappa encore plus6 ; il le prit,

1. Plat-pied. « tonne do mépris qui se dit d'un paysan, d'un gros lourdaud, d'un campagnard grossier. » (Académie, 4718.) Reguardadit, dans le Joueur facte V, scène vi) :

Qu'on ne s'étonne plus qu'un laquais, un pied plat, De sa vieille mandille achète un marquisat.

2. Claudo-Maur d'Aubigny do Tigny reçut l'abbaye do Pothières à la distribution de Pâques de 1686, celle de la Victoire, on place do Pothières, à la Toussaint de 169*2, tut pris comme grand vicaire par l'évèque do Chartres, fut nommé évèquc-eomte de Noyon le 26 mars 1701 et sacré évoque à Saint-Cyr, devint archevêque de Rouen le 24 décembre 1707, et mourut dans cette ville, le 22 avril 1719.

3. Il avait fait piètre figure au collège de Dainville, lit-on dans les notes du P. Léonard sur l'évèché de Noyon : Àrch. mit., L738.

4. Voyez ce qu'il on a dit en dernier lieu : tome VII, p. 178-179.

5. La généalogie a été publiée dans l'Histoire généalogique, tome 11, p. 146-455, à propos du prélat dont il va être parlé. La terre qui avait donné son nom à cotte famille est Aubigué-Briand, auprès de Doué, dans l'arrondissement de Saumur : Célestin Port, Dictionnaire historique et biographique de Maine-et-Loire, tome I, p. 148-150.

6. Aubigny et Aubigné sont absolument le même nom, avec le simple changement de désinence qui dépendait du temps ou de la région. Notre auteur s'est servi tantôt de l'une, tantôt de l'autre forme, de môme qu'il a écrit : Sévigny, pour les Sévigné, qui, eux aussi, se servaient des doux orthographes depuis le quinzième siècle, comme l'a dit M. Mesnard, dans la Notice biographique, tome I, p. 33, note 1.

ou le voulut prendre pour parent de Mme de Maintenon, qui étoit d'Aunis et s'appeloit d'Aubigné1. Il lui en parla, et à ce pied plat aussi, qui, tout bête qu'il fût, ne l'étoit pas assez pour ne sentir pas les avantages d'une telle parenté dont on lui faisoit toutes les avances. Mme de Maintenon se trouva ravie de s'enter sur ces gens-là \ Les armes, le nom, et, peu après, pour tout unir, la livrée, furent bientôt les mêmes. Le rustre noble ' fut présenté à Saint-Cyr à sa prétendue cousine, qui ne l'étoit pas tant J, mais qui pouvoit tout. Teligny 5, frère de l'abbé6, qui languissoit de misère dans sa chaumine7, accourut par le

1. On a déjà vu (tome I, p. 136, note 1) que le frère de Mme de Maintenon avait signé de l'une et l'autre forme; elle-même aussi. La différence d'orthographe n'avait donc, pas d'importance. Celle de la province en présente un peu plus, quoique, du Saumurois à l'Aunis,ou plutôt à la Saintonge, la transmigration d'une branche fût possible à supposer. C'est, en effet, dans la Saintonge que les d'Aubigné ou d'Aubigny protestants, ceux de Mme de Maintenon, d'origine bourgeoise, avaient leurs très petits fiefs de Surimeau, Saint-Porapin, etc. ; mais j'ai fait observer que le père même de notre Saint-Simon n'hésita point, en 1688, à accepter les preuves de noblesse concluant à l'identité des deux maisons.

2. Voyez ci-après, appendice Vil, la note de d'Hoziei sur l'origine des Aubigné d'Anjou, et quelques éclaircissements qui y sont joints.

3. C'est-à-dire, comme il a été qualifié plus haut, un homme de condition, mais butor, pied plat, etc.

Page 1