‹ Memoires de Saint-Simon (volume 3)Chapitre 72 sur 548 · Journal de Dangeau, tome VIII, p. 49, 3 mars · texte numérisé non relu

Journal de Dangeau, tome VIII, p. 49, 3 mars

4. Voyez notre tome VII, p. 355, et comparez p. 483, 502, 506, 508, 509, 511-515, 611 et 612. Aussitôt après la mort de M. de Monaco, le cardinal avait écrit au Pape pour qu'il intercédât en sa faveur (lettre dans le ms. Nouv. acq. Fr. 5089, fol. 35-38), et on voit, par le Journal (p. 50), que, le jour même où vint la nouvelle qu'il s'était mis en route, le Nonce et le cardinal de Noailles allèrent encore exposer à Versailles la requête de Clément XI ; mais le Roi trouva cette intervention déplacée, et ne voulut lire aucune lettre du cardinal. 11 y a un article dans l'Esprit des cotirs de l'Europe, 1701, i™ partie, p. 50-52.

5. C'est le 22 février qu'il se mit en route, mais avec l'intention de marcher lentement, pour que les courriers de France pussent lui parvenir à temps. Nous avons, dans ses papiers (mss. Nouv. acq. Fr. 774, fol. 58-68, et 780, fol. 87), la dernière lettre, datée du Noviciat, qu'il écrivit au cardinal Spada, le 21, et la réponse de celui-ci, un article à mettre dansla^rcf/fret desminutesdelettres écrites au cours du voyage.

11701] DK SAINT-SIMON. 97

et s'étoit rendu à son exil de Cluny', où bientôt après il eut mainlevée de la saisie de ses biens et de ses bénéfices4. Il n'avoit pu se tenir, après avoir ouvert la porte sainte du grand jubilé, d'en faire frapper des médailles où cette cérémonie étoit d'un côté, lui de l'autre avec son nom autour et la qualité de grand aumônier de France, qu'il n'étoit plus alors'. Cela avoit irrité le Roi de nouveau

En traversant le Piémont et la Savoie, il cul soin de passer partout incognito.

1. On apprit le 23 avril (Dangeau, p. 86) qu'il était arrivé à Cluny le dimanche 17. 11 partagea depuis lors ses loisirs, en « homme tranquille dans sa bonne conscience, » entre Cluny, où il commença l'édification d'un hôpital et prépara les projets d'un mausolée de famille, Tournus, où Côulanges alla lui faire visite et où il fît peindre à fresque l'ouverture de la porte sainte, et Paray, d'où il faisait des excursions alentour. Voyez sa correspondance dans le ras. Nouv. acq. fr. 774, fol. 69 et suivants, les lettres réunies dans les mss. Nouv. acq. fr. 779 et 780, celles que lui écrivit le nonce Gualterio, dans le ms. 778, fol. 138-452, les Lettres de Mme de Sévigné, tome X, p. 464-462, 466, 543-549, 521 et 527, et la Nouvelle histoire de l'abbaye.... et de la ville de Tournus, 1733, p. 358 et suivantes.

2. Journal de Dangeau, tome VIII, p. 144-445 : « Le Roi fait rendre à M. le cardinal de Bouillon le revenu de tous ses bénéfices. On ne les avoit saisis que parce qu'il n'avoit pas obéi aux ordres du Roi en venant dans le lieu de son exil : il y est présentement; on lui rend son bien. » On n'excepta de l'arriéré à restituer que ce qui avait servi aux réparations nécessaires, ha pension du clergé fut rendue aussi. Les deux arrêts de réintégration portent la date des 3 et 21 juin 1701 : Arch. nat., E 1916. D'ailleurs, l'intendant du cardinal avait eu permission, dès le mois de novembre précédent, de toucher les revenus de ses biens particuliers : Mémoires de Sourches, tome VI, p. 347; comparez le Supplément au Journal de Verdun, tome II, p. 119-124.

3. C'est en remontant dans le Journal jusqu'au commencement de l'année que notre auteur a trouvé cette mention (p. 13) : « M. le cardinal de Bouillon a fait frapper une médaille à Rome qui fait du bruit ici; dans cette médaille, il prend la qualité de grand aumônier de France.... On a envoyé de ces médailles-là au Roi, et l'on dit que le cardinal de Bouillon présentement tâche à les supprimer. » Mais, cette, fois encore comme lorsqu'il y a fait une simple allusion en 1700 (tome VII, p. 4), il n'a pas observé que Dangeau disait : « Cette médaille a été' frappée à la clôture du jubilé; le Pape ferme la porte de Saint-Pierre, et le cardinal-doyen celle de Saint-Paul. » Kn effet, si le.

MÉMOIRl 5 hl SAINT-SIMON VIII '

contre lui, et eut peut-être part à la fermeté avec laquelle il résista au Pape sur le retour et l'exil du cardinal de Bouillon, et à tout ce qu'il employa pour s'en délivrer. Exil tl ii comte M v lord Melfort', chevalier de la Jarretière, qu'on a vu de Melfort. ci-devant2 exilé de Saint-Germain, et revenu seulement à Paris3, écrivit une lettre à Mylord Perth\ son frère, gou-

cas s'était |>ass<'' à l'occasion de l'ouverture de la porte sainte, c'est-à-dire

six mois avant les mesures prises contre le cardinal, il n'eût point été répréhensible. En janvier 4704, comme le dit la Gazette d'Amsterdam m" m. de Paris), cette médaille • ne fut pas bien reçue à Versailles. »

1. Jean Drummond de Melfort, secrétaire d'Etat du roi Jacques II

pour l'Ecosse et gentilhomme de sa chambre, conseiller au conseil privé, élevé à la pairie, sous le titre de vicomte Melfort. le "20 avril \iX>, créé

comte de Melfort et vie te Forth le 12 août 16X0, \ int en France avec

son maître, en 10X8, puis L'accompagna à l'expédition d'Irlande, mais en fut rappelé sur les instances de M. d'Àvaux, reçut de Jacques 11 le titre ducal et l'ordre de la Jarretière les 17 et 20 avril 1692, tit auprès de lui les fonctions de premier ministre, mais fut disgracié en mai 1694, et relégué à Rouen jusqu'en novembre 1697, qu'il obtint permission de revenir à Paris, et même de se présenter à Saint-Germain. Il mourut à Paris, le 25 janvier 4744, dans sa soixante-quatrième année.

2. Il n'en a point parlé, mais vient de lire cela dans ie Journal, tome VI, p. 228-229, en y cherchant ce que Dangeau avait pu dire du lord.

3. La préposition à a été ajoutée après coup au bas de la page 247 du manuscrit, et Paris au commencement de la suivante, sur la marge.

■'t. Jacques Drummond, IIIe du nom, frère aîné du précédent, conseiller d'État sous Charles II, en 1670, grand justicier d'Ecosse en 16K0, grand chancelier du même royaume en 1684, s'était converti au catholicisme dans des conditions très remarquables, en 1688, et, malgré les persécutions et les mauvais traitements, il avait d'abord fait le voyage de Home, puis était venu rejoindre à Saint-Germain le roi Jacques 11, qui le nomma premier gentilhomme de sa chambre, grand chambellan de la reine, et gouverneur de leur tils (juillet 1696). H mourut à Saint-Germain, le 11 mai 1716, dans sa soixante-huitième année, et fut inhumé à Paris, au collège des Écossais. Ses titres étaient : duc de Perth, marquis de Drummond, comte de Perth et de Stobhal, vicomte de Cargill, baron de Drummond, Concraig, etc., chef de nom et armes, sénéchal héréditaire de Strathearn, chevalier de l'ordre du Chardon et de celui de la Jarretière. Le titre de comte de Perth lui appartenait dès 467S; c'est à Saint-Germain, à la lin de 1696". (pie Jacques II lui donna celui

" C'est ce que dit le Peerage de Burke; mais Dangeau tome VIII, p-.289- •20tv> ferait remonter N> création du litre au temps de l'expédition d'Irlande-

verneur du prince de Galles, par laquelle il paroissoit qu'il y avoit un parti considérable en Ecosse en faveur du roi Jacques, et qu'on songeoit toujours ici à le rétablir, et la religion catholique, en Angleterre1. Je ne sais, ni personne n'a su comment il arriva que cette lettre, au lieu d'aller à Saint-Germain, fut à Londres2. Le roi Guillaume la fit communiquer au parlement et en lit un grand usage contre la France, qui ne pensoit à rien moins, et qui avoit bien d'autres affaires pour soutenir la succession d'Espagne3; et d'ailleurs ce n'eût pas été au comte de Melfort qu'on se fût tié d'un dessein de cette importance, dans la situation où il étoit avec sa propre cour et la nôtre4. Mais

de duc, et Louis XIV le lui confirma en 1701, lors de la mort de Jacques, comme aux autres ducs créés de même, Berwick, Albemarle, Melfort.

I. Dangeau dit, le 9 mars (p. 52-53) : « Le roi Guillaume a fait voir au parlement d'Angleterre une lettre que Milord Melfort, qui est à Paris, écrivoit au comte l'ertli, son frère, gouverneur du prince de dalles; cette lettre, au lieu d'être envoyée à Saint-Germain, a été portée à Londres. Il y a dans cette lettre plusieurs choses dont le roi Guillaume se sert pour persuader le parlement qu'en France on songe toujours à rétablir la religion catholique et le roi Jacques en Angleterre; il y est parlé d'un parti considérable qu'on trouvera en Ecosse pour appuyer les intérêts du roi Jacques. » La lettre élail datée du 18 février 1701 ; nous en avons une copie dans les Papiers du P. Léonard (Arch. nat., K 1304', n" 36), une autre dans les Dépêches vénitiennes (ras. Ital. 1918, p. 299-307), et elle a été imprimée dans les Mémoires de Lamberty, tome I, p. 407-170. M. de Melfort et son frère étaient connus pour vouloir pousser leur prince à des partis extrêmes; toutefois, bien des gens crurent, même en Angleterre et en Hollande, que c'était une invention du roi Guillaume pour agir sur son parlement, et que lord Melfort avait été gagné par ses agents.

-1. Selon les Mémoires de Sounhes, la lettre aurait été envoyée par la poste et mise dans le paquet de Londres parce que la suscription était en anglais; selon la Gazelle d'Amsterdam (Extr. xxiv), elle était adressée à la cour d'Angleterre, sans indication de Saint-Germain. La traduction insérée dans les Dépêches vénitiennes porte, pour suscription : « A M. le comte de Perth, gouverneur du Prince. » Du reste, M. de Melfort se contenta de dire que les copies étaient inexactes.

3. Voyez les notes et copies du P. Léonard sur l'Angleterre, Arch. nat., K 1304, n "39-44.

4. Il y élail parlé de la participation de Mme de Maintenon aux menées.

il n'en falloit pas tanl au roi Guillaume pour faire bien du

bruit, ni aux Anglois pour les animer contre nous dans la

conjoncture des affaires présentes1. Melibrt fut. pour s;i

peine, envoyé à Angers2, et fut fort soupçonné. Je ne sais

Roi Jacques si ce fui à tort ou non3. Peu de jours après*, le roi Jacques

à Bourbon. se trOUva for[ Ina| e^ tomba en paralysie d'une partie du

corps sans que la tête fût attaquée. Le Roi. et toute la

cour à son exemple, lui rendit de grands devoirs. Fagon

l'envoya à Bourbon; la reine d'Angleterre l'y accompagna.

Le Roi fournit magnifiquement à tout, chargea dlrfé '

d'aller avec eux de sa part, et de leur faire rendre partout

les mêmes honneurs qu'à lui-même, quoiqu'ils voulussent

être sans cérémonies0.

Philippe v Le roi d'Espagne arriva enfin le 19 février à .Madrid7,

à Madrid.

1. Voyez les correspondance» de Londres dans la Gazelle d'Amsterdam, notamment le n° xix et l'Extraordinaire xxiv. et les Dépêches vénitiennes, ins. Ital. 1918, p. 290, 337 et 389-392.

2. Journal de Dangeau, tome VIII, p. 57 ; Mémoires de Sourches, tome VII, p. 3b'. L'ordre, daté du 12 mars, est dans les registres du secrétaire d'État des affaires étrangères, vol. France 1086. fol. 192.

3. Sa disgrâce de 1694 avait déjà donné lieu à des soupçons d'infidélité [Dangeau, tome V, p. 17 ; voyez des pièces très probantes dans le tome IX des Archives de la Bastille, p. 307 -454, pasiim), comme sa conduite en 1689 (C. Kousset, Histoire de Lourois. tome IV, p. 192 et 206- "208). La mission qu'il avait eue en 1690, pour obtenir l'appui du Pape contre la Ligue, a été étudiée sommairement par M. Charles Gérin, dans la Revue des Questions historiques, 1°' octobre 1876, p. 478-481 (comparez Lockard, Histoire secrète des intrigues de la France, trad. 1713, tome II, p. 169, 170 et 180), et l'on possède au Musée britannique, ms. Addit . 31 246, les lettres qu'il écrivit, de 1691 à 1694, comme premier ministre de la cour de Saint-Germain, à l'abbé Alexandre Caprara, auditeur de rote.

4. Le 11 mars. — 5. Joseph-Marie, marquis d't'rfé : tome III, p. 205.

6. Journal de Dangeau, tome VIII, p. 49, 34, 57, 65, 73 et 74; Mémoire» de Sourches, tome VII, p. 29-30, 33 et 37. 11 fut attribué cent mille livres de plus, par mois, aux deux souverains, cent vingt chevaux furent tenus à leur disposition, sur la route, et ou leur assura partout des agréments de séjour. Ils ne se mirent en route que le 5 avril, le roi ayant fait l'honneur à M. de Lauzun de coucher chez lui au passage.

7. Cette arrivée eut lieu le 18, et non le 19 : il lit mal l'article du fit. V, en abrégé, dans le manuscrit.

ayant eu partout sur sa route une foule et des acclamations continuelles, et, dans les villes, des tètes, des combats de taureaux, et quantité de dames et de noblesse des pays par où il passa. Il y eut une telle presse à son arrivée à Madrid ', qu'on y compta soixante personnes étouffées-. Il trouva hors la ville et dans les rues une infinité de carrosses qui bordoient sa route, remplis de dames fort parées \ et toute la cour et la noblesse qui remplissoient le Buen-Retiro, où il fut descendre et loger*. La junte et

Journal de Dangeau, tome VIII, p. 46-47; comparez les Mémoires de Sourches, tome Vil, p. "21, le Diario d'Ubilla, p. 71-74, les Mémoires de Noailles, p. Ta, les Mémoires de Louville, tome I, p. 108, la Gazelle, p. 108, le Mercure du mois de mars, p. 477-339, la relation du comte d'Aven [Correspondance générale de Mme de Maintenu», tome IV, p. 408), la Gazette d'Amsterdam, n" xxn, le recueil de feu M. Hippeau, tome II, p. 494-496, lesPapiersdu P. Léonard, K 133-2, n" 1', fol. 112-443, etc. L'entrée solennelle n'eut lieu que le 14 avril suivant: notre auteur n'en parlera pas, parce que Dangeau n'eu a dit qu'un seul mot (tome VIII, p. 88). On peut voir dans VEtat présent de l'Espagne, par l'abbé de Vayrac, tome II, p. 247-252, quel était le cérémonial en ces occasions.

Page 1