‹ Memoires de Saint-Simon (volume 3)Chapitre 73 sur 548 · Il fut remarqué que c'était un vendredi, jour néfaste · texte numérisé non relu

Il fut remarqué que c'était un vendredi, jour néfaste

2. Vayrac, État présent de l'Espagne, tome I, p. 30. Les Mémoires de Sourches (tome Vil, p. 27) disent : « Malgré les défenses qu'on avoit faites de sortir de cette ville (de Madrid), il s'étoit fait un si grand concours de peuple au-devant de lui (le roi), qu'à six lieues de Madrid, et de là jusque dans ses portes, à peine son cheval pouvoit mettre le pied à terre sans marcher sur des hommes, et qu'on n'avoit osé le faire entrer à cheval dans Madrid, de peur que la foule du peuple ne renversât son cheval. »

3. Une lettre du 19 dit : « Jamais je n'ai vu tant de pierreries et de si vilains visages que ceux qu'avoient, cette journée, les dames de Madrid. Il faut pourtant avouer qu'entre cinq ou six mille que nous vîmes, il y en avoit bien de passables, cinquante de jolies, et sept à huit qu'on peut appeler belles par comparaison aux autres. » (Papiers du P. Léonard, K 133i, n" 1*, fol. \l"l.)

4. C'est parce que le palais royal n'était pas prêt qu'on s'était rejeté sur le Buen-Retiro. Cette maison de plaisance, construite par Philippe IV à l'extrémité des jardins du palais et hors de la porte d'Alcala, sur le penchant d'une colline, figurait un carré parfait entourant un parterre à fontaine. Les appartements étaient commodes, mais de mauvais goût, el on les avait dépouillés, depuis la mort de Philippe IV, d'une collection

beaucoup de grands le reçurent à la portière, où le cardinal Portocarrero se voulut jeter à ses pieds pour lui baiser la main; le roi ne le voulut pas permettre : il If releva et l'embrassa, et le traita comme son père; le cardinal pleuroit de joie, et ne cessa, de tout le soir, de le regarder1 ; enfin, tous les conseils, tout ce qu'il y avoit d'illustre, une foule de gens de qualité, une noblesse infinie, et toute la maison espagnole du feu roi Charles 11. Les rues de son passage avoient été tapissées2, et, à la mode d'Espagne, chargées de gradins remplis de beaux tableaux et d'une infinité d'argenterie, avec des arcs de triomphe magnifiques d'espace en espace'. 11 n'est pas possible d'une plus grande ni plus générale démonstia-

inestimable de peintures italiennes. L'ameublement passait pour magnifique. Les jardins étaient aégligés. Une salle surnommée le Coliséc servait aux représentations d'opéra ou de comédie. Le parc avait une lieue de tour, et l'on y chassait aux oiseaux (Gazette, 1701, p. 171), ou, pendant l'hiver, on venait voir des Flamands patiner sur la glace (Gazette, 1083, p. 10"2). L'entrée était un portail de marbre inauguré en 1680 (Gazette de l'année, p. 00). Saint-Simon en fera la description en 17"2"2.

1. Tout cela est pris de Dangeau. M. d'Hareourt, en rendant compte au Roi de l'arrivée, dit : « Le cardinal se présenta au bas de l'escalier, à la descente du carrosse, et se jeta aux pieds du roi, et lui baisa la main plusieurs fois. S. M. l'embrassa et le releva, et lit avec beaucoup de dignité et de douceur ce qu'il y avoit à faire. » {Avènement des Bombons, tome II, p. 494.) Louville rapporte (Mémoires secrets, tomel, p. 108) que « Portocarrero reçut son maître avec une effusion de tendresse respectueuse, que ses cheveux blancs, sa dignité de cardinalprimat et les dix-sept ans du roi rendoient encore plus auguste, et qui pénétra l'âme des spectateurs. »

°2. On voit, par les Mémoires du maréchal de Gr amont, p. 317-318, et par une relation du mariage de 1000 (Archives curieuses, "2' série, tome VIII, p. 309), quelle était l'abondance extraordinaire de tapisseries admirables dans le garde-meuble royal de Madrid. Pour toutes les réjouissances publiques, les particuliers étalaient, du haut en bas de la façade de leurs maisons, ce qu'ils avaient de plus précieux en ce genre et comme pièces d'argenterie.

3. La junte avait ordonné que, pendant deux jours, tout le inonde eût ses plus beaux habits, et que les places et maisons fussent illuminées : Avènement des Bourbons, tome II, p. 480.

tion de joie1. Le__roi étoit bien fait2, dans la fleur de la première jeunesse, blond comme le feu roi Charles et la reine sa grand mère3, grave, silencieux, mesuré, retenu, tout fait pour être parmi les Espagnols4; avec cela, fort attentif à chacun3, et connoissant déjà les distinctions des personnes par l'instruction qu'il avoit eu loisir de prendre d'Harcourt le long du voyage''. 11 ôtoit le chapeau ou le

1. Ce singulier emploi de possible de quoique chose semble n'avoir pas été relevé.

•2. Avec les genoux un peu cagneux : Papiers du P. Léonard, Areh. nat., K [332, d° l1, fol. 9. La foulo madrilène le trouva très beau {Mémoires de Louvillc, tome I, p. 128).

3. Marie-Thérèse. — Spanheim (Relation, p. S44), alorsque le prince avait dix ans de moins, le dépeignait beau et blond comme son frère lierrv, plus ressemblant à Monseigneur que le duc de Bourgogne, plus délicat aussi et plus petit, niais plus souple et maniable. Voyez, au musée de Versailles, n" "2103, le portrait peint par Kigaud avant le départ, et comparez la gravure faite par Vermeulen en 1701, d'après Vivien.

i. Voyez notre tome VU, p. 3"28, note 4, et Appendice, p. 602. Tout le monde s'accordail à reconnaître sa bonne mine, unie, à une gravité réellement castillane, qui était sensible surtout dans le parler rare, lourd et lent, dans la manière de marcher à pas comptés. « II a bien l'air d'un roi d'Espagne, » disait Madame dès le mois de juillet 1700 (recueils Rolland, p. "21 i, et Jaeglé, tome I, p. "239), et Mme de Maintenon, écrivant au comte d'Aven, insistait sur cette gravité « dont il a été prévenu dès le ventre de sa mère. » Le duc de Beauvillier prétendait n'avoir jamais eu besoin de lui faire deux fois la même réprimande, et, dans une de ses lettres au Roi qui existent à Saint-Aignan (celle du "28 décembre 1700, écrite de Mirambeau), il prédisait que ce serait, comme monarque, un des plus honnêtes hommes du monde, et ajoutait : « C'est un esprit tardif et qui ne s'ouvre que peu à peu; mais je répondrais bien que, dans deux ou trois ans, il sera, sans comparaison, tout autre qu'il est à présent. Il sera d'un excellent caractère. » Louis XIV a répondu en marge : « Je souhaite (pie vous ne vous trompiez point. »

,v>. Nous avons vu, en 1700 (tome VII, p. 337, note 1), son habileté courtoise à répondre à toute une suite de harangues. Ses lettres n'étaient pas moins remarquables.

6. Dangeau dit, le "2"2 janvier (tome VIII, p. 21), que, pendant le voyage, M. de Beauvillier a été souvent enfermé avec le roi d'Espagne pour l'instruire des affaires, et qu'ensuite le duc d'Harcourt et le duc de Xoailles y ont été admis en tiers. D'Harcourt avait reçu alors les entrée*-, ainsi que MM. de Louvillc el de Montvièl (p. 24).

soulevoit presque à tout le monde, jusque-là que les Espagnols s'en formalisèrent et en parlèrent au duc d'Harcourt, qui leur1 répondit que, pour toutes les choses essentielles, le roi se conformeroit à tous les usages, mais que, dans les autres, il falloit lui laisser la civilité françoise2. On ne sauroit croire combien ces bagatelles d'attention extérieures attachèrent les cœurs à ce prince3. Le cardinal Portocarrero étoit transporté de contentement : il regardoit cet événement comme son ouvrage, et le fondement durable de sa grandeur et de sa puissance*; il en jouissoit en plein. Harcourt et lui, sentant en habiles gens le besoin réciproque qu'ils auroient l'un de l'autre, s'étoient intimement liés, et leur union s'étoit Exil encore cimentée pendant le voyage par l'exil de la reine

de Mendozze, 'a Tolède, que le cardinal avoit obtenu5, et par celui de0 inquisiteur. Mendozze7, évèque de Ségovie, grand inquisiteur, charge qui balance, et qui a quelquefois embarrassé l'autorité

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