‹ Memoires de Saint-Simon (volume 3)Chapitre 8 sur 548 · On chantait en 1690 (ras. Fr. 12 690, p · texte numérisé non relu

On chantait en 1690 (ras. Fr. 12 690, p

Voyez cet air audacieux, Cette rudesse dans les yeux, Cette insolence dans l'allure, Et vous ne conclurez pas mal Qu'il n'est pas une règle sûre, Ou Barbezieux est un brutal.

Le duc de Luynes nous a conservé aussi (Mémoires, tome I, p. 359) des vers de l'abbé Regnier-Desmarais finissant ainsi :

La sottise du personnage

De son haut rang me dédommage;

Je lui sais bon gré d'être un fat.

Ézéchiel Spanheim a placé à côté du nom de Barbezieux (Appendice à sa Relation de la cour de France en 1690, p. 414) les signes cryptographiques signifiant : peu estimé, glorieux, ambitieux, aimant les femmes, dur et cruel, haï à la cour, brutal ; et voici comment il est dépeint dans les Caractères de la famille royale, des ministres d'État, etc., imprimés en 170"2, 1703 et 1706 (p. 48) : « M. de Barbezieux possédoit

mal, et, dans ses humeurs, il les outrageoit, quels qu'ils fussent, et les plus proches et les plus grands, et après il en étoit au désespoir. Changeant avec cela; mais le meilleur et le plus utile ami du monde tandis qu'il l'étoit, et l'ennemi le plus dangereux, le plus terrible, le plus suivi1, le plus implacable, et naturellement2 féroce. C'étoit un homme qui ne vouloit trouver de résistance en rien, et dont l'audace étoit extrême3. Il avoit accoutumé le Roi à remettre son travail quand il avoit trop bu, ou qu'il avoit une partie qu'il ne vouloit pas manquer, et lui mandoit qu'il avoit la fièvre'. Le Roi le souffroit par l'utilité et la facilité de son travail, et le plaisir de croire tout faire et de former un ministre5; mais il ne l'aimoit point, et s'a-

assez le fonds des affaires; mais si brutal et si voluptueux, qu'il commettoit de terribles écarts dans l'exécution. Sans le secours de ses commis, il n'eût jamais rempli la moitié de ses fonctions. Il étoit en chemin d'aspirer plus haut. Il donnoit d'assez bonne grâce; mais il refusoit en crocheteur. Vindicatif comme son père, s'il avoit eu autant de pouvoir que de mauvais penchant, il auroit bouleversé le monde. Il avoit l'air imposteur. S'il n'eût affecté de récompenser ses serviteurs, on l'auroit cru tout à fait ingrat. »

t. Comparez un emploi analogue dans notre tome III, p. 114.

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