L'auteur des Réflexions morales : tome II, p
a L'annotateur a mis ici en note : « C'étoit un évêque in parlibus infidelium qu'on avoit établi à Utrecht pour gouverner les catholiques de Hollande, et qui avoit donné fortement dans la cabale du jansénisme. » Il s'agit de l'archevêque de Sébaste; mais c'est son vicaire apostolique, qui fut suspendu, puis déposé le 3 avril.
et lui arrêté, ce nom pour avoir été longtemps dans l'Oratoire1, avoit Ud/ Ivs^ïm succ®^ * ce grand chef de parti2. Il se tenoit caché comme son maître, en butte aux puissances remuées par tous les ressorts des jésuites et de leurs créatures3. Également possesseurs de la conscience du Roi et du roi d'Espagne4, ils jugèrent la conjoncture favorable pour tâcher de se saisir, par leur concours, de la personne du P. Quesnel et de tous ses papiers5. Il fut vendu, découvert, et arrêté à Bruxelles la veille de la Pentecôte de cette année6. J'en laisse le curieux détail aux annalistes jansénistes. Il me suffira ici de dire qu'il se sauva en perçant une maison voisine, et gagna la Hollande à travers mille dangers7; mais ses papiers furent pris, où il se trouva force marchandise dont le parti moliniste8 sut grandement profiter : on y
1. L'Oratoire le répudia à partir de son refus de signer le Formulaire.
2. On a de nombreux écrits de lui sur Arnauld. Sa correspondance, conservée au séminaire d'Amersfoort, a été utilisée en 1892 par M. Albert le Roy, pour le livre intitulé : la France et Rome de 1700 à 1715.
3. Voyez ce qu'a dit de cette lutte acharnée le P. Bliard, dans son livre sur le Père le Tellier, p. 87 et suivantes. Le confesseur du Roi publia en 1699 YHisioire des cinq propositions de Jansénius, et, en 1705, le Père Quesnel séditieux et hérétique.
4. C'est l'archevêque de Malines, diocésain de Bruxelles, qui avait requis l'intervention de Madrid. On a publié deux lettres de Philippe V au marquis de Bedmar sur cette affaire, et nous trouvons dans les papiers de Louville, au 17 juin 1703, une lettre de l'abbesse de Loo, en Flandre, le priant d'intercéder auprès du roi Philippe pour le P. Quesnel, alors incarcéré. Voyez ses Mémoires, tome II, p. 89-90.
5. Quesnel avait fait un voyage très secret à Paris, en 1700 : Sainte- Beuve, Port-Roijal, tome VI, p. 271-275.
6. Non pas le samedi 26 mai, mais le mercredi 30 : comparez le chapitre iv du livre de M. Albert le Roy, p. 117 et suivantes, le ms. Fr. 19 736 de la Bibliothèque Nationale, et les Mémoires chronologiques et dogmatiques du P. d'Avrigny (1720), tome IV, p. 227-237 et 249-256.
7. Cette évasion eut lieu le 12 septembre. Quesnel arriva à Liège au bout d'un mois de marches et de contremarches, comme le racontent deux relations imprimées du temps. Le procès ayant été continué par contumace, il fut condamné à la réclusion dans un monastère.
8. Tome IV, p. 273. On appelait alors molinistes, jésuites ou ultra-
trouva des chiffres, quantité de noms avec la clef, et beaucoup de lettres et de commerces1. Un bénédictin de l'abbaye d'Hautvillers2, en Champagne, s'y trouva fort mêlé, qui avoit déjà eu des affaires sur la doctrine : on résolut de l'arrêter et de faire saisir tout ce qui se trouveroit d'écrits dans ce monastère. Le moine se sauva, et pas un papier dans sa cellule ; mais on fut dédommagé par l'ample moisson qu'on fit dans celle du sous-prieur, qui
montains les partisans de la cour de Rome et des mesures prises par elle contre les jansénistes, quesnellistes ou gallicans.
4. Après Sainte-Beuve {Port-Royal, tome VI, p. 175-484), M. Albert le Roy a raconté tout ce que l'on peut savoir jusqu'ici de ces papiers, dont la trace est perdue, et a conclu (p. 432) qu'il « ne s'agissait, en fin de compte, que de bavardages ecclésiastiques et de quelques vivacités de style dans une correspondance toute privée. » Quesnel lui-même, dans sa Lettre au P. de la Chaise, défia ses adversaires de relever dans ses papiers autre chose que « de rares paroles, ambiguës peut-être, et moins réservées à l'égard de quelques prélats, mais cachées dans l'obscurité d'un chiffre et la poussière d'un coffre. » On a vu, par le passage cité des Mctnoires de Sourches, passage que confirme la Gazette d'Amsterdam, n° lvi, que la saisie de papiers avait eu lieu chez D. Gerberon, non chez Quesnel, et que le Roi en reçut des copies. Selon les correspondances recueillies parle P. Léonard, avec beaucoup d'autres pièces (Arch. nat., L 44, n° 4), les originaux furent remis, par les soins de l'archevêque de Malines, aux jésuites, qui en donnèrent communication au Roi, cahier par cahier, à partir de février 4704. Mme de. Maintenon, dans une lettre à sa nièce Caylus (original du 6 avril 4747, publié dans le Catalogue Morrison, tome IV, p. 89), dit avoir passé ses soirées à cette lecture pendant dix ans, et y avoir vu « les intrigues et les commencements de tout ce que nous voyons aujourd'hui. » De tout cela, nous ne connaissons qu'une pièce, plutôt burlesque que sérieuse, la requête des « Disciples de saint Augustin » à l'ambassadeur d'Avaux, pour être compris et traités sur le pied de puissance reconnue et souveraine dans la trêve de Ratisbonne (4684). Mais le reste, quoi que ce fût, suffit pour animer le Roi et le pousser à une action énergique contre un parti aussi régulièrement constitué. Voyez, d'ailleurs, sur toute cette affaire, les tomes I et IV de Y Histoire du cas de conscience publiée en 4705.
2. L'abbaye d'Hautvillers (Saint-Simon écrit : Auvillé), dans la vallée de la Marne, en face d'Épernay, avait un revenu de plus de vingt mille livres, et possédait un des meilleurs vignobles de la Champagne. C'est
en étoit farcie. Tout fut apporté à Paris et bien examiné.
Il s'y trouva une étroite correspondance entre le P. Ques-
nel et ce religieux, et une fort grande aussi, par son canal,
Disgrâce entre le même P. Quesnel et Monsieur de Reims. Le pis
de l'archevêque fu^ qU'on y trouva aussi les brouillons, de la main du et son moine, d'un livre imprimé depuis peu en Hollande, qui
raccommode- confondoit fort la monarchie avec la tyrannie, et qui sentoit fort le républicain1, tout à fait dans les sentiments dont le fameux Richer2, si odieux à Rome et aux jésuites, s'étoit solennellement rétracté depuis, mais qu'il avoit imprimés durant les fureurs de la Ligue3. Ce moine d'Hautvillers4 fut donc avéré être l'auteur de ce livre qui venoit de paroître contre la monarchie5. Il n'en fallut pas
un de ses moines, le P. Pérignon, qui trouva, vers 1710, le procédé industriel pour rendre le vin mousseux.