‹ Memoires de Saint-Simon (volume 4)Chapitre 149 sur 556 · Phrase irrégulière comme les deux précédentes · texte numérisé non relu

Phrase irrégulière comme les deux précédentes

8. La lettre xi de Mme Dunoyer qui sera encore citée plus loin parle de relations galantes du prélat avec la reine de Pologne qui lui avait procuré le chapeau. Nous verrons qu'il avait également été compromis dans les affaires criminelles de Pennautier et des Poisons.

9. Jeanne de Gévaudan, qui mourut en janvier 1719, était femme de François de Vissée de la Tude, comte de Ganges, un des lieutenants de Roi du Languedoc, gouverneur de Carcassonne et colonel du premier régiment de dragons de la province de 1685 à 1698, lequel mourut à Avignon en novembre 1741.

10. Diane de Joannis de Roussant épousa en premières noces, le 1er mai 1647, Dominique de Castellane, marquis d'Ampus, qui se noya sur mer en 1655, et, en secondes noces, le 8 août 1658, Charles de

dont la vertu et l'horrible catastrophe a fait tant de bruit1. Les Soubises ne sont pas si rares qu'on le croit2. Cet amour étoit fort utile au mari : il ne voulut donc jamais rien voir, et profitoit grandement de ce que toute la province voyoit, et qu'il avoit bien résolu de ne voir jamais quoique sous ses yeux. Le scandale étoit en effet très réel, et, sans l'affection générale que toute la province portoit au cardinal, cela auroit fait beaucoup plus de bruit3.

Vissée de la Tude, colonel d'infanterie, gentilhomme ordinaire de la chambre, qui obtint en juin 1663 l'érection en marquisat de la baronnie de Ganges, située près de l'Hérault, au N. 0. de Montpellier. Deux de ses beaux-frères, l'abbé et le chevalier, attentèrent à sa vie, dans ce château, le 13 mai 1667, et elle mourut le 5 juin, laissant un fils et une fille. Sa beauté avait été célébrée, comme incomparable, sous le nom de Philismène, dans les Portraits des plus belles dames de la ville de Montpellier, publiés par De Rosset, 1660. Mignard l'avait peinte avant son second mariage, et Mérimée a signalé un portrait d'elle à l'hôpital de Villeneuve-lès-Avignon.

1. Ce dernier membre de phrase, depuis belle sœur, a été ajouté après coup en interligne. — L'assassinat de la marquise de Ganges a fait l'objet d'une quantité de publications plus ou moins historiques, depuis les deux relations qui parurent en 1667 et 1668, dans le pays môme, et depuis les Causes célèbres de Gayot de Pitaval (éd. 1738, tome V, p. 367-456), jusqu'à Y Histoire publiée en 1810 par le marquis de Fortia d'Urban, au roman d'Alexandre Dumas (1840), ou aux Chroniques du crime et de l'innocence, par Champagnac (1833), tome II, p. 198-213. Le numéro 91 du catalogue des manuscrits de la bibliothèque publique de Vitry-le-François contient une histoire de la marquise, suivie du procès intenté au marquis de Ganges en 1704.

2. Allusion au rôle qu'il a prêté au mari de la princesse de Soubise dans la grande digression sur les Rohans : tome V, p. 257, etc.

3. Voyez les Lettres galantes et historiques de Mme Dunoyer, éd. 1738, tome I, p. 18-21, 78-87, 110-121 et 138-140, lettres xi et un. Saint- Simon avait ces lettres sous les yeux, comme nous l'avons déjà constaté plusieurs fois; ici, la correspondante de Montpellier commençait en ces termes : « Les amours de la comtesse de Ganges avec le cardinal ont fait grand bruit dans le monde. Il a toujours beaucoup d'honnêteté pour elle, et je crois qu'il se retranche présentement (vers 1699 ou 1700) sur l'estime et la considération. Voilà par où presque tous les longs commerces finissent. Celui-là a fait bien du tort au cardinal et l'a bien gâté dans l'esprit du Roi.... » Suivent un croquis de la vie de M. de Bonsy, puis le récit de ses amours avec Mlle de Gévaudan, sous le cou-

Bâville l'excita tant qu'il put : il procura au cardinal des avis fâcheux de la part du Roi, puis des lettres du P. de la Chaise par son ordre, enfin quelque chose de plus par Ghâteauneuf, secrétaire d'État de la province1. Bonsy alla à la cour espérant tout de sa présence ; il y fut trompé : il trouva le Roi bien instruit, qui2 lui parla fort franchement, et qui, par son expérience3, ne se paya point de l'aveuglement volontaire du mari4. Bonsy, rappelé à Montvert d'une sœur de celle-ci, et du mariage avec le comte de Ganges. D'autre part, commentant les chansons du temps (mss. Fr. 12 689, p. 307, et 12 690, p. 503-505), Gaignières, dont nous savons également les relations avec Saint-Simon, a raconté dans quelles conditions le mariage se conclut, malgré le bruit terrible fait par ces amours publiques et par les prodigalités du cardinal, et comment on revêtit l'époux d'une des lieutenances de Roi nouvellement créées en Languedoc, celle des diocèses de Carcassonne, Saint-Papoul, Lavaur et Albi. M. de Bonsy obtint même, pour faire pièce à Bâville, que les états envoyassent une députation féliciter les deux époux pendant la première session où ils parurent, celle de 1692; mais l'orateur, M. de Grignan, évêque de Carcassonne, resta court lorsqu'il s'agit de parler de leurs vertus.

1. Selon la correspondance de Mme Dunoyer, l'intrigue du cardinal s'étant croisée avec celle de M. de Bâville et d'une jeune et belle dame, Mlle de Gévaudan eut le tort grave d'en envoyer des mémoires aux gazettes de Hollande, et de provoquer ainsi le ressentiment du toutpuissant intendant : « L'on vit arriver une lettre de cachet pour faire enfermer la pauvre Gévaudan. Le cardinal, au désespoir, partit en poste pour détourner cet orage, et se jeta aux pieds du Roi pour le prier d'épargner la demoiselle, et de l'accabler plutôt de toute sa disgrâce. Le Roi étoit trop prévenu : il ne voulut rien écouter, et le cardinal ne put rien faire de mieux que de conseiller à sa maîtresse d'épouser au plus vite le comte de Ganges. »

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