Ces détails, non plus, ne sont pas empruntés à Dangeau
7. Philippe de Valois- Villette, comte de Mursay, qui tenait le petit domaine de ce nom, situé proche de Niort, de son grand-père maternel
avec un gros détachement, d'une manière plus que gros- de Vaudémont. sière1, étoit à San-Benedetto2, faisant fort le malade pressé d'aller aux eaux3. Sa conduite, toujours soutenue, rendra toujours difficile à croire qu'il ne fût pas dans la bouteille4,
Agrippa d'Aubigné, était neveu à la mode de Bretagne de Mme de Maintenon, fils du marquis de Villette et frère de Mme de Caylus. Il avait débuté comme mousquetaire après l'abjuration de son père, puis avait eu une cornette dans les chevau-légers du Roi (novembre 1684), une commission de mestre de camp (septembre 1688), le régiment du Dauphin (mars 1689), le grade de brigadier (juin 1694), un titre d'aide de camp du duc de Bourgogne au camp de Compiègne (juillet 1698), les fonctions d'inspecteur général de la cavalerie (1er août 1701), le grade de maréchal de camp (janvier 1702), et était venu servir en Italie, à l'armée de M. de Vaudémont. Il y resta depuis lors et passa lieutenant général le 10 février 1704. Nous l'y verrons mourir des suites de blessures reçues devant Turin, le 9 novembre 1706. Saint-Simon citera de lui des traits qui témoignent d'une étrange naïveté.
1. Le 11 juin : Dangeau, p. 222; Sourches, p. 112; Annuaire-Bultetin de la Société de l'Histoire de France, 1868, 2e partie, p. 59-60; Gazette, p. 318-319; Gazette d'Amsterdam, n° lv; Gazette de Bruxelles, p. 421 ; Quincy, Histoire militaire, p. 154-155; lettres d'Albergotti et de Mursay lui-même, publiées dans les Mémoires militaires, p. 816-821. Mursay, légèrement blessé, reçut force louanges de sa conduite. La responsabilité incombait plutôt à Albergotti, son supérieur et chef du détachement, qu'au prince de Vaudémont.
2. Localité située sur la grande route de Mantoue à Modène, avant Novi et la Mirandole. On l'avait fortifiée en mars. Le duc de Vendôme y arriva le 15 septembre, et trouva les deux armées sur la défensive, dans une complète inaction [Mémoires militaires, p. 270).
3. Voyez, dans le ms. Fr. 14 177, fol. 335, la copie de sa lettre au duc de Vendôme, du 2 septembre. Il avait déjà fait une première cure en avril, une autre en juin, à Masino, sur le lac de Corne, et était revenu sur la Secchia. Le Roi, voulant lui marquer un retour sincère, lui avait adressé, en avril, la lettre la plus flatteuse,' accompagnée de son portrait en bracelet : Dangeau, tome IX, p. 172, note; Sourches, p. 76 ; Mercure de mai, p. 166-169 ; lettres du Roi et de Vaudémont à M. de Vendôme, dans le ms. Fr. 14177, fol. 273 v°. Mais ses lettres à Chamillart, des mois de juillet et août suivants, publiées par l'abbé Esnault, tome I, p. 278-303, le montrent de plus en plus suspect aux Espagnols.
4. Expression singulière, que nous rencontrerons souvent, et qu'on peut croire prise à Molière, qui, dit-on, l'avait empruntée au latin de Plaute. Elle signifie être au courant. Voyez ci-après, Additions, p. 568.
et qu'il ne fût pressé de se mettre à quartier1 de ce qui alloit arriver. Dès que le duc de Vendôme fut à San- Benedetto, il en partit pour s'aller mettre à l'abri de tous événements2. L'aveuglement sur lui fut tel, qu'il eut surle-champ qu'il le demanda le régiment d'Espinchal3, tué à ce détachement de Mursay, pour le prince d'Elbeuf, Du Quesne neveu de sa femme4. M. de Vendôme manda au Roi une brûle belle et singulière action de Du Quesne-Mosnier5, qui com-
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d'Aquilée. mandoit les vaisseaux du Roi dans le golfe de Venise6. Il
1. Saint-Simon se servait aussi volontiers de cette locution, au sens de se mettre à part, se garer, s'écarter, de même que demander quartier ou faire quartier. Nous trouvons se jeter à quartier dans les Lettres de Pellisson, tome II, p. 316, se tirer à quartier dans les Mémoires de Mademoiselle, tome III, p. 361, et dans ceux de Nicolas Goulas, tome I, p. 122.
2. Son premier soin fut cependant de publier un appel aux armes pour le cas d'une attaque de la Savoie (Gazette d' Amsterdam, Extr. xc).
3. Ce fils cadet du marquis d'Espinchal mort en Bavière, où on l'avait envoyé négocier le mariage du Dauphin, avait acheté en décembre 1701 le régiment de Sibour, dont il était lieutenant-colonel. Voyez le Mercure de juillet 1703, p. 128-131, et la Gazette, p. 308.
4. Gazette d'Amsterdam, n° lviii, correspondance de Paris. — Le prince Philippe d'Elbeuf, né en 1678, et que nous verrons périr en Italie, le 18 juin 1705, étant brigadier depuis octobre 1704, avait fait la campagne de 1702 comme capitaine et aide de camp du roi d'Espagne, et tenait les mêmes fonctions auprès de son cousin Vaudémont.
5. Abraham Du Quesne, qu'on surnommait Mosnier ou Monier, du nom de sa mère, pour le distinguer des autres neveux ou parents de l'illustre marin mort en 1688, était né vers 1654, et avait pris du service sous son oncle en 1678. Jal a donné un sommaire de sa carrière dans l'Appendice du tome II à' Abraham Du Quesne, p. 567-574; comparez le Mercure d'août 1703, p. 104. Il était capitaine de vaisseau depuis 1685, et% quoiqu'il eût abjuré la religion protestante et pris une part active à toutes les campagnes de la précédente guerre sur mer, où même il avait perdu le bras droit en 1697 et reçu pour sa belle conduite la croix de Saint-Louis, il ne parvint au titre de chef d'escadre que le 5 août 1715, après trente ans de grade, et se retira alors dans le commandement de Toulon, son port d'attache, où il mourut le 17 novembre 1726.
6. 11 n'avait sous ses ordres qu'un vaisseau et un brûlot. Sa correspondance de 1703 est conservée au Dépôt de la marine, registre B4 24; mais le rapport sur l'expédition qui va suivre ne s'y trouve pas.
sut que les Impériaux avoient de grands magasins dans Aquiîée, qui est à sept lieues dans les terres1. Il s'embarqua sur des chaloupes avec cent vingt soldats, remonta la petite rivière qui vient d'Aquilée, et qui est si étroite, qu'il y avoit des endroits où il ne pouvoit passer qu'une chaloupe à la fois. Il trouva deux forts sur son passage, mit pied à terre avec ses gens, les emporta, et, au dernier, Beauquaire2, capitaine de frégate, qui commandoit les cent vingt soldats, poursuivit ceux du fort jusque dansAquilée, qu'il pilla, brûla les magasins malgré deux cents hommes de troupes réglées et beaucoup de milice qui étoient là, ne perdit presque personne, et revint trouver Du Quesne, qui l'attendoit vis-à-vis du dernier fort qu'il avoit pris. Gela arriva vers la fin de juillet3.
Le samedi 4 août, le Roi étant à Marly4, Mme la duchesse d'Orléans accoucha d'un prince à Versailles5. M. le duc d'Orléans vint demander au Roi la permission de lui faire porter le nom de duc de Chartres et l'honneur d'être son
Naissance
du duc
de Chartres;
sa pension.
Duc d'Orléans
1. Cette ville du Frioul, jadis capitale de la Vénétie sous les Romains, mais détruite par Attila, est au confluent de l'Ansa et du Tor, à six kilomètres des lagunes de l'Adriatique. Elle fut, jusqu'en 1751, le siège d'un patriarcat dont la nomination appartenait aux Vénitiens quoique le pays fût à l'Empereur.
2. Claude de Beauquaire, originaire du Bourbonnais, garde-marine en 1681, enseigne de vaisseau en 1690, lieutenant en 1696, capitaine de frégate depuis le 1er janvier 1703, venait déjà de participer à d'autres prises faites par son chef (Mercure de juin, p. 418-419). Il passa capitaine de vaisseau en mai 1705, fut nommé inspecteur des troupes de la marine en 1709, eut le commandement de ces mêmes troupes le 10 avril 1730, celui du port de Toulon en mai 1733, un titre de chef d'escadre le 10 mars 1734, et mourut le 20 août 1735.
3. On le sut à la cour par une lettre que M. de Vendôme avait écrite le 30 juillet, et dont Saint-Simon copie presque textuellement l'analyse donnée par Dangeau, p. 262-263. Comparez les Mémoires de Sourches, p. 141, la Gazette, p. 376 [pour 396) et 401-402, le Mercure d'août, p. 94- 104 (rapport de Du Quesne), la Gazette de Bruxelles, p. 520, Y Histoire militaire, p. 209-210, et Abraham Du Quesne, par Jal, tome II, p. 572.