Le 18 octobre : Dangeau, p. 319, 323 et
5. Sa nomination était du 17. Sur la formation du corps d'armée qu'il devait trouver en Dauphiné, voyez les Mémoires militaires, p. 290- 291. Nous le retrouverons bientôt en Savoie, p. 306. — Louis XIV lança, le 4 décembre, sa déclaration de guerre (Gazette d'Amsterdam, Extr. civ; Corps diplomatique, tome VIII, lre partie, p. 135, etc.). Le duc de Savoie avait pris les devants dès le 7 octobre, au reçu d'un billet très sec du Roi (Gazette d'Amsterdam, n° lxxxix, et les autres gazettes de Hollande; Mémoires de Saint- Hilaire, tome II, p. 335; Œuvres de Louis XIV, tome VI, p. 135-136, etc.), dont l'authenticité a été contestée, mais qui se retrouve cependant, avec la réponse du duc,
Cependant Tallard avoit formé le siège de Landau1. L'armée du comte de Stirum étoit détruite par la bataille d'Hochstedt, celle du prince Louis, mal payée et délabrée, observoit de loin l'Électeur, et il n'y avoit rien au deçà du Rhin qui pût mettre obstacle à l'entreprise. Marcin fit l'investiture2, et la tranchée fut ouverte le 18 octobre3. Il eût été heureux que la mésintelligence n'eût pas troublé tout ce qu'il se pouvoit faire sur le Danube et au delà, où il n'y avoit plus d'armées en état de s'opposer à rien4 de ce que l'Électeur eût voulu entreprendre. Il étoit en état de porter la guerre dans les Pays héréditaires, et de profiter du dénuement de l'Empereur, qui, de Vienne, voyoit le fer et les feux que Ragotzi portoit dans son voisinage5; mais une guerre intestine tourmentoit plus l'Électeur que ses prospérités ne lui donnoient de joie. Villars, continuant à suivre ses projets pour sa fortune particulière6, ne cessoit de traverser ce prince en tout, de lui refuser ses secours pour toutes entreprises qui ne cadroient pas avec les siennes pour s'enrichir, et de le rendre suspect au Roi d'abandonner ses intérêts. Les choses en vinrent au point que Villars cessa d'aller chez l'Électeur hors pour des raisons très rares et indispensables, et d'en user avec lui, par ses défiances affectées et ses hauteurs, à ne pouvoir plus être supporté7. En cette situation, l'Électeur assembla chez lui les principaux officiers de l'armée, et, en leur
dans la copie de la correspondance de M. de Vendôme, qui fut chargé de la transmettre : ms. Fr. 14 177, fol. 347 v°. De plus, Louis XIV donna une grande publicité à la lettre justificative qu'il écrivit au Pape le 4 janvier suivant (Mercure du mois, p. 379-380).
1. Ci-dessus, p. 220. Notre auteur trouve les nouvelles de ce siège à côté de celle du départ de Tessé.
2. Cet emploi d'investiture, déjà rencontré dans notre tome IV, p. 218, n'était pas indiqué par l'Académie; cependant je le relève dans une lettre de Vendôme au Roi, 12 octobre 1703 (ms. Fr. 14177, fol. 292 v°), où l'éditeur des Mémoires militaires a imprimé : investissement.
3. Voyez la prise ci-après, p. 305. — 4. Rien surcharge to[ut\. 5. Ci-après, p. 370. — 6. Ci-dessus, p. 153-154.
7. Voyez une note ci-après, aux Additions et corrections, p. 569.
Siège de Landau.
Villars
ouvertement
brouillé avec
l'électeur
de Bavière.
Origine
de l'intimité
de Chamillart
avec les
Matignons ;
famille des
Matignons.
présence, interpella Villars de lui déclarer1 s'il agissoit avec lui comme il faisoit2 par ordre du Roi, ou de soimême. Le maréchal n'eut pas le mot à répondre, et cette démarche, qui mit les choses au net, acheva aussi de le rendre fort odieux. Il l'étoit déjà par ses incroyables rapines et par toute sa conduite avec les troupes, tandis que l'Électeur étoit adoré de tous. De part et d'autre les courriers mouchèrent. Villars, ses coffres remplis et sa femme absente, ne desiroit rien plus que de sortir d'une si triste situation, et l'Électeur demandoit formellement d'être délivré d'un homme qui lui manquoit à tout avec audace, qui barroit ses projets les plus certains, et qui, tête levée, ne sembloit être venu en son pays que pour le mettre à la plus forte contribution à son profit particulier. Le Roi enfin, voyant combien il y avoit peu d'apparence de laisser plus longtemps ces deux hommes ensemble, se détermina à leur donner satisfaction en les séparant, et à faire maréchal de France celui qu'il enverroit à la place de Villars, aucun de ceux qui l'étoient déjà n'y paroissant propre3. C'en étoit moins la raison que le prétexte.
Chamillart, avant sa dernière grande fortune, l'avoit commencée par l'intendance de Rouen, que4 son père avoit aussi eue5. Ils y étoient devenus amis intimes des Matignons, au point que le comte de Matignon, père, longues années depuis, du duc de Valentinois6, lui quitta pour rien la mouvance d'une terre qu'il avoit relevante de Torigny : ce qui enrichit depuis Matignon sous son ministère, fit son frère maréchal de France, et son fils duc et pair et gendre de M. de Monaco dans les suites7. Les Mati-
1. Après déclarer, il a biffé une répétition d'en leur présence.