‹ Memoires de Saint-Simon (volume 4)Chapitre 456 sur 556 · Les dix mots qui précèdent ont été ajoutés en interligne · texte numérisé non relu

Les dix mots qui précèdent ont été ajoutés en interligne

décimes du diocèse de Lodève, et voulut prendre soin de ce jeune garçon, qui se fit ecclésiastique. Son crédit étoit lors au plus haut point, et il le fallut tel pour obtenir une charge d'aumônier de la Reine à ce jeune homme, en 1676. Ce fut chez lui et à son ombre qu'il se produisit à la cour, et que peu à peu il y perça, et lut admis dans les bonnes compagnies, puis désiré dans les meilleures. Le même crédit qui lui avoit valu cette charge le sauva du naufrage à la mort de la Reine, et le lit aumônier du Roi. C'est où nous le laisserons, puisque ce n'est que par occasion qu'il est ici parlé de lui.

« M de Ràvillc, ce célèbre intendant, et depuis roi de Languedoc, y fut longtemps gémissant sous le poids de l'impuissance, durant la faveur et l'autorité du cardinal Bonsy. Ce cardinal avoit été galant toute sa vie. Son crédit et son rang l'abandonnèrent à un commerce trop public avec une dame de condition qui portoit un nom à qui la galanterie étoit fatale ', ou plutôt une passion enragée d'un beau-frère pour sa belle-sœur, à qui elle n'avoit pas voulu répondre : ce qui lui- avoit cruellement coûté la vie. Ce nom funeste ne put détourner cette dame de répondre à toute la bienveillance du cardinal. Peu à peu toutes mesures cessèrent, et toute bienséance disparut. En un mot, elle devint le canal de toutes les grâces, et eut une cour comme la reine de la province. Le Roi étoit devenu dévot; M. de Bâville lui avoit infiniment plu par sa cruelle conduite avant et après la révocation de l'édit de Nantes, et par celle qu'il continua en ce même genre en Languedoc. Lassé donc de n'y être rien, et d'y voir le cardinal tout, il l'attaqua secrètement par ses lettres à la cour sur ce scandale, et sur les inconvénients, qu'il sut faire valoir, résultants du crédit de cette dame. Le Roi en fut peiné, et chercha à rendre la vie du cardinal plus réglée. 11 lui en fit écrire par le P. de la Chaise, il lui en parla dès qu'il le vit. Le cardinal en fut d'autant plus touché, que la chose étoit plus publique, et qu'il se sentoit moins la force de la rompre. Les avis étant peu utiles, le Roi les redoubla. Bâville, avec les ministres en croupe, qui comptoient avec le cardinal, et qui régnoieut sur les intendants, profita de leur protection, d'autant plus sûre qu'elle étoit plus intéressée. Il tendit des pièges au cardinal et sa dame, dans lesquels ils donnèrent, et qu'il sut bien faire valoir à la cour. Le cardinal, appuyé du goût du Roi pour lui, de l'amour général de la province, du long usage du pouvoir de son siège et de l'éclat de sa pourpre, aveuglé d'ailleurs de sa passion, et ayant affaire à un mari et à une famille que l'intérêt rendoit honteusement commodes, méprisa longtemps ces atteiutes, jusqu'à ce que Bâville, devenu peu à peu plus fort, et de là plus entreprenant, se montra à découvert, et le barra en toutes choses. La douceur naturelle du cardinal travailla d'abord à le ramener; mais

1. (les deux mots ont été ajoutés en interligne, ainsi que, plus loin, les mots : pr sa belle sœur.

"2. Ces trois derniers mots ont été ajoutés en interligne.

LE CARDINAL BONSY. 437

Bàville1 le vouloit détruire et régner sur ses ruines. L'éclat ne tarda donc pas entre eux après ces vains essais. La province, qui adoroit l'un, commença à redouter l'autre. Bàville, soutenu eu tout et par tout, cherchoit et trou voit sans cesse des disputes et des querelles nouvelles pour triompher de celui qu'il vouloit renverser, et la province, qui se vit tomber ainsi entre ses mains, n'osa se le rendre contraire. Entin, les voyages du cardinal à la cour ne lui ayant point réussi, Bàville ne garda plus de mesures, et ne se contraignit plus de déclarer et de traiter comme ses ennemis tout ce qui demeurcroit attaché au cardinal. Il ajouta l'éclat et l'insulte, et obtint un ordre du Roi de faire enlever la dame : ce qui fut exécuté avec le plus grand scandale. Le cardinal et les siens avoient tâché de se soutenir par le mariage de Castries, sou neveu, avec une fdle du feu maréchal-duc de Vivonne, frère de Mme de Montespan, qui n'avoit rien vaillant, pour s'appuyer de M. du Maine, qui fit ce mariage, et qui étoit dans le plus intime crédit et gouverneur de Languedoc. Ils éprouvèrent qu'il n'étoit pas homme à protéger personne, et que son crédit n'étoit que pour lui tout seul. Le cardinal, au désespoir d'un affront si éclatant, outré de se voir abandonné de la plupart de la province par la peur extrême que Bàville avoit inspirée, et sans cesse en butte et en proie à ses entreprises et à ses insultes, perdit peu à peu la santé, et tomba daus une espèce de haut-mal qui lui attaqua entin la tête, et l'obligeoit de se faire suivre jusque dans ses visites par un chirurgien et un aumônier. C'est dans ce tiiste état qu'il parut à la cour au dernier voyage qu'il y lit, et, ce mal augmentant toujours peu à peu, il en mourut à Montpellier, 11 juillet 1703, à soixante-treize ans, universellement regretté, laissant le Languedoe en proie à Bàville. »

Lettre du cardinal Bonsy au contrôleur général Pontchartrain-.

« A Bourbon, le 15 de septembre 1693.

« Je reçus hier seulement, Monsieur, la lettre que vous m'avez fait la faveur de m'écrire du 4. Le Roi a fait justice à M. Manny, gentilhomme officier de guerre et fort sage, de lui permettre d'entrer aux états prochains comme ancien premier consul de Montpellier, suivant l'arrêt du Conseil de février dernier et l'usage de cette ville. Je vous prie, puisque le Roi m'a bien voulu considérer en cette occasion, d'en vouloir témoigner à S. M. ma reconnoissance et celle du marquis de Castries, arrivé ici hier pour sa santé. Je vous prie aussi d'agréer mes actions de grâces particulières, et que je vous représente que ledit

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