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comme il [l'avoit été dans tous les autres de sa conduite depuis son retour de Pologne ; et cet ordre si religieux d'une part, et si brillant de l'autre, ne fit que fournir de nouvelles armes domestiques à ses ennemis. Ce malheureux prince et les agitations de son règne, leurs causes et leurs funestes progrès sont assez connus ; ces remarques ne doivent pas contenir une histoire, mais se renfermer dans les bornes de la1 matière.
« Henri 111 crut remédier à la multiplication et à l'avilissement de l'ordre de Saint-Michel en fixant le nombre des chevaliers de son nouvel ordre et en les soumettant aux preuves de noblesse ; mais il ne prit pas garde qu'il vouloit concilier deux vues contradictoires : aussi ne put-il, par là, remplir aucune des deux. Le besoin de se faire des créatures et de s'en disposer par l'espérance l'engagea à fixer un grand nombre, et ce grand nombre rendit la grâce plus commune, à portée de plus de gens, moins précieuse et plus propre à former trop de prétendants, et conséquemment beaucoup de mécontents. Les preuves, qu'il rendit, par ce qu'il prescrivoit, trop aisées, pour être plus en liberté d'admettre qui il voudroit, avilirent l'Ordre, qui ne devoit être que pour la première noblesse, puisqu'il ne l'établissoit que pour réparer la dégradation où celui de Saint-Michel étoit tombé. C'est le seul des grands ordres qui demande des preuves, parce que les instituteurs des autres les ont jugées peu dignes des leurs et de la naissance de ceux qui y seroient admis, et qui en effet se sont conservés très purs, pendant plusieurs siècles, par le choix des chevaliers. Ces courtes preuves et l'abus qui s'en fit dès les premières promotions, celui qui s'ensuivit dans les suites, et qui se voit maintenant accru de plus en plus, ne démontre que trop la vérité de ces méprises sur le nombre et sur les preuves. Il paroît qu'Henri III s'en aperçut dès l'institution. Accoutumé à mollir partout, et cherchant à regagner à force de foiblesse, il crut se parer du refus des audacieux et du dépit des refus, et flatter et intéresser les chevaliers au maintien de la dignité de l'Ordre en leur communiquant le pouvoir de se choisir des confrères : c'est ce qui produisit, après la première promotion, une élection pour les suivantes. Comme elle s'est abolie insensiblement, à mesure que nos Rois ont repris leur force et leur autorité, il faut expliquer comment elle se faisoit, et ce qui en résultoit 2.
« Lorsque le Roi vouloit faire une promotion, il assembloit le chapitre dans son cabinet, déclaroit le nombre de places vacantes qu'il avoit résolu de remplir, et présentoit une liste d'un beaucoup plus grand nombre de sujets; les chevaliers donnoient leurs voix sur-lechamp, et tout haut, à ceux qu'ils jugeoient devoir être admis ; ceux quiavoient le plus de voix étoient nommés, et aussitôt proclamés; ceux qui avoient eu le moins de voix étoient remis pour être proposés à un autre chapitre, mais avec peu ou point d'espérance d'y être jamais
1. Sa, au manuscrit. — 2. Voyez le chapitre de 1619, ras. Fr. 3968, p. 176-179.
GRANDS OFFICIERS DE L'ORDRE D\j SAINT-ESPRIT. 441
admis, comme l'expérience la montré. Henri III espéroit bien être le maitre des voix; mais il éprouva, dans la suite, que la Ligue lui força souvent la main et récompensa ses serviteurs, par ce moyen, aux dépens de ceux du Roi, comme il arrivoit de toutes les autres grâces.
« C'est apparemment ce qui introduisit l'abus de consoler les exclus par une expédition de promesse de l'Ordre en la prochaine promotion, qui dégénéra bientôt en expédition de nomination anticipée, dont aucune n'a jamais eu lieu, et qui a mis des titres trompeurs dans des familles qui produisent des chevaliers du Saint-Esprit morts avant d'avoir reçu le collier, mais peut-être dix, quinze et vingt ans depuis la date de ces expéditions, c'est-à-dire après dix ou douze manquements, très volontaires, de paroles, eu autant de promotions.
« Ce même esprit d'Henri III qui vouloit tout ménager lui fit accorder les marques journalières de son nouvel ordre aux officiers d'icelui ; ce sont les seuls de tous les grands ordres qui les portent. Il en fit quatre charges, qu'il destina à la décoration de ses ministres, et qui, pour l'amour d'eux, ne dévoient point faire de preuves. Ce fut une adresse des Guises pour se les attacher, et qui en récompensèrent MM. de Villeroy et de Verderonne; mais il arriva que M. de Rhodes, pour qui la charge de grand maitre des cérémonies de France venoit d'être érigée, craignant que celles-ci ne remportassent sur les anciennes par le goût de la nouveauté, préféra d'être prévôt et maître, des cérémonies de l'Ordre à être chevalier, comme sa naissance très distinguée lui en lit donner le choix, et que, comme les chevaliers, il voulut faire des preuves. Le chancelier de Cheverny, quoique si disproportionné de Rhodes, voulut par émulation, les faire aussi ; et de là est venu que ces deux charges font preuve comme les chevaliers. Soit que les deux autres les pussent faire ou non, il n'en fut pas question. En cinquième avec eux, passa Amyot, évêque d'Auxerre, homme de rien, mais de grande érudition, et qui, ayant été précepteur des enfants d'Henri II, avoit conservé leur amitié et leur confiance. Ils l'avoient récompensé d'un évèché,et l'avoient, de plus, élevé à la charge de grand aumônier de France. En sa faveur, le Roi attacha à cette charge celle d'aumônier du nouvel ordre, et sans preuves, pour le porter comme les quatres prélats qui y sont associés. On reviendra à ces officiers.
« La première atteinte que l'intérêt et l'autorité des Guises donna au fruit qu'Henri III avoit espéré de tirer de cet ordre fut d'en diminuer le nombre. Ce nombre, qui a toujours été de cent, étoit non compris le Roi, les ecclésiastiques, les étrangers non regnicoles et les officiers. Cela donnoit treize places fixes de plus à disposer dans l'Ordre, sans compter celles dont on pourroit disposer au dehors, et dont le Roi auroitété d'autant plus libéral qu'il auroit, par là, décoré son ordre et augmenté le nombre de ses créatures, sans diminuer aucune' des cent