‹ Memoires de Saint-Simon (volume 4)Chapitre 460 sur 556 · I. Aucun, au manuscrit · texte numérisé non relu

I. Aucun, au manuscrit

places destinées pour le dedans. Mais ce n'étoit ni l'intérêt de la Ligue, ni celui des ministres en particulier. La Ligue, qui savoit faire valoir toutes choses, et qui, de ruse ou de force, s'assuroit d'avoir le plus de part en toutes les promotions, trouvoit le nombre plus que suffisant, et craignoit surtout Rome et l'Italie, dont elle tiroit, après l'Espagne, ses intelligences et ses secours les plus utiles, et où elle ne vouloit pas que la facilité d'y obtenir l'Ordre ruinât ses mesures et acquit des serviteurs au Roi. Les ministres, qui ne. faisoient qu'éclore du bas état qui les avoit jusqu'alors tenus en disproportion si marquée en toutes choses des gens de qualité, fiers de la signature du Roi que l'Aubespine avoit obtenue le. premier des secrétaires d'État, sous la fin d'Henri II, plus orgueilleux encore par les deux premières alliances que ces mêmes secrétaires d'État avoient contractées par le crédit des Guises, et qu'ils ne purent néanmoins multiplier que du temps après, comblés enfin de porter les mêmes marques que le Roi et que l'élite de sa cour, quoique sur des habits alors, et si longtemps depuis, très différents de ceux de la noblesse, ces ministres voulurent faire un commencement de parité et de corps avec elle en se faisant comprendre dans le nombre fixé des chevaliers du Saint-Esprit. La Ligue, pour masquer son dessein, fit créer le cardinal de Rourbon, son fantôme et son jouet, le cardinal de Guise, le cardinal de Rirague, esclave des Guises et chancelier de leur façon, et l'évêque de Paris, frère de Monsieur de Metz, leur créature presque autant que [de] Catherine de Médicis. Le respect de ces prélats, l'idée de catholicité qui avoit fait mettre huit places dans l'Ordre affectées moitié à des cardinaux, moitié à des prélats, tout cela l'emporta sur Henri III, qui, malgré lui, consentit qu'en tout et partout l'Ordre seroit composé de cent, et que le grand maître seul seroit par-dessus ce nombre.

« C'est cette idée de catholicité qui, ayant fait donner Henri III dans tant de processions, de confréries et de pratiques monacales, y asservit aussi ses nouveaux chevaliers, et qui leur fit peut-être commettre d'étranges sacrilèges parles communions où les Statuts les obligent aux trois fêtes de l'Ordre tous les ans, outre la Pascale, et qu'Henri III leur fit faire exactement en commun avec lui. Sur cet exemple, Henri IV n'osa s'en dispenser, et Louis XIII, qui la trouva ainsi établie. C'est ce qui leur fit imposer l'obligation de ne communier jamais qu'avec le collier de l'Ordre, qui ne contribue guères au recueillement et à l'humilité qui doivent accompagner cette grande action, et celle de réciter tous les jours un petit office du Saint-Esprit et, à la fin de l'un ou de l'autre office, un chapelet d'un dixain ; et avant leur réception, une information juridique de leurs mœurs et religion catholique devant un des prélats de l'Ordre, et la profession de foi à genoux devant le grand aumônier, qui est, après, signée de l'admis. L'obligation de réciter tous les jours ce petit office se fait par un vœu très exprès et particulier entre les mains du Roi, après avoir reçu de lui le collier; les autres obligations se contractent par le serment d'observer les statuts où elles

sont contenues, l'instant avant que de recevoir le cordon bleu des mains du Roi. Quoi qu'on puisse dire, ce sont des serments et des vœux. On peut juger comment on s'en acquitte. La communion en commun a été constamment observée jusqu'en 1661, qui fut la première grande cérémonie de Louis XIV, qui n'en a fait aucune depuis qu'en habit court, et à Versailles, et sans communion. 11 ne s'en fallut rien qu'elle ne fut rétablie en 1724, à la première grande promotion du Roi d'aujourd'hui, qui la lit à Versailles, en grands habits de l'Ordre, et qui n'en a fait depuis qu'en habits courts ; mais l'obligation particulière ne laisse pas de demeurer à chacun, ainsi que de réciter l'office. Pour le collier en communiant, ils se délivrent de cette importunité avec une dispense du Roi.

« L'appui et le prétexte de ces pratiques religieuses fut les commandes que les cent de l'Ordre dévoient posséder chacun, à l'exemple des commanderies des ordres d'Espagne, parce que c'étoient des abbayes et des prieurés qu'Henri III avoit dessein de prendre pour cela, comme on avoit pris des bénéfices pour ces ordres de Saint-Jacques, d'Alcantara, de Calatrava et de Christ qui enrichissent la première noblesse d'Espagne et de Portugal, et font subsister la plupart de la petite. Mais le clergé n'eut garde de souffrir qu'on le dépouillât de rien. La Ligue avoit un double intérêt d'empêcher que le Roi n'eût ce moyen de répandre des bienfaits utiles qui ne lui coûteroient rien, et de s'acquérir sur le clergé, avec qui elle étoit unie et dont elle espéroit ce qu'elle en tira dans la suite de si capital pour elle, l'obligation de le protéger à Rome dans une affaire si intéressante ; et Rome, si fertile en difficultés, et si attachée à l'intérêt de son autorité et de son profit par les bulles, n'eut pas de peine à un refus obstiné en faveur de gens déjà si liés avec elle. C'est donc ce dessein avorté d'Henri III, et jamais repris depuis, qui a fait donner le nom de commandeurs aux cent membres de l'ordre du Saint-Esprit. On verra dans la suite tout l'usage que les officiers en ont su tirer. En attendant la formation des commandes, qu'on attend encore, et qu'on attendra toujours, on a fixé des gages aux officiers, et mille écus aux chevaliers, prélats et cardinaux de l'Ordre, qui, malgré ces privilèges que le Roi jure d'entretenir, ne laissent pas de payer la capitation, etc.

« L'audace des Guises croissant avec la puissance et la force de la Ligue, ils forcèrent Henri III de changer les statuts des rangs jusqu'à deux différentes fois, et d'y mettre le sceau par un troisième changement qui les égalât aux princes du sang. Ceux-ci avoient déjà, lors de l'institution de l'Ordre, cette déclaration d'Henri III qui leur donne le nom, titre, qualité, rang, séance, fonctions de pairs-nés, même sans posséder de pairie, à titre de leur naissance, en rang d'aînesse entre eux et avant tous autres pairs de France : chose qu'on est toujours surpris qui n'ait pas toujours été dans le seul des royaumes où la loi salique subsiste depuis sa fondation et en fait toute la force et la gloire. Par le statut des rangs, ces princes avoient le premier lieu, et, après

eux, les ducs et pairs en leur rang d'ancienneté entre eux, et, après eux, les princes issus de maison souveraine. Les Guises n'y firent aucune difficulté, et, en la première de toutes les promotions, les ducs de Nevers, Gonzague, de Mercœur, frère delà Reine, d'Uzès et d'Aumale Lorraine passèrent ainsi qu'ils sont ici écrits en leur rang d'ancienneté de pairie. Les Guises ne pouvant plus, à titre de plus anciens pairs ou de pairs, précéder nulle part les princes du sang comme ils avoient fait aux trois sacres des rois et partout ailleurs, et comme le duc d'Uzès avoit précédé le prince de Condé aux cérémonies de l'ordre de Saint- Michel, ils firent faire le premier changement, qui, entre ducs et pairs, donne la préséance aux princes sur les gentilshommes, sans égard à l'ancienneté; puis, le second, qui donne la préséance aux princes non ducs sur les ducs, chose sans exemple dans l'ordre de Saint-Michel, ni nulle part ailleurs. Cela fut exécuté de la sorte. Henri IV ne mit aucun prince de maison souveraine dans l'Ordre. On remet à la tin de chaque règne à faire les observations particulières, qui mèneraient trop loin sur chacune, parmi les générales.

« Ce grand pas fait donna lieu à un autre plus audacieux. L'âge pour être chevalier du Saint-Esprit n'avoit point été fixé, et on en trouve plusieurs non seulement au-dessous de trente-cinq ans, mais fort jeunes, dans les premières promotions, sans dispense. Les Guises le voulurent fixer, sous prétexte d'écarter beaucoup de jeunes gens et de rendre l'Ordre plus décent et plus choisi. Henri III, dont les affections ne tomboient pas sur les vieillards, eut grand peine à y condescendre; mais, vaincu partout pied à pied, il le fut encore ici. L'âge donc, pour les gentilshommes, fut fixé à trente-cinq ans, et, pour les princes, à vingt-cinq, sans autre expression : tellement que, fils de France, princes du sang, Lorrains, tout se trouva confondu, et est resté à ce môme niveau, et les bâtards qui depuis ont été admis dans l'Ordre sur le pied des princes.

« Ce n'est pas que, par un usage dont Henri IV est le premier auteur, les fils de France portent le cordon bleu à l'instant qu'ils sont nés. Le grand trésorier de l'Ordre le leur passe au col sitôt qu'ils sont arrivés dans leur appartement ; mais ils ne reçoivent le collier et ne sont faits chevaliers de l'Ordre qu'à âge compétent, comme il sera expliqué en son lieu.

« Henri III non seulement ne donna aucun rang dans l'Ordre aux officiers de la couronne, et encore moins aux gouverneurs de province, ni aux grands officiers de sa maison, mais il affecta de les mêler, en même promotion, parmi des seigneurs qui n'avoient point d'établissement, ou qui n'en avoient que de médiocres. 11 s'en falloit bien aussi que les maréchaux de France y fussent tous admis. L'Ordre étoit institué pour la première noblesse et pour la décoration de la cour et des provinces : il ne le fut point pour être une récompense militaire; mais, dès sa première enfance, le fondateur le laissa altérer en faveur de gens dont il croyoit avoir besoin pour ses goûts ou pour ses affaires, et se

laissa depuis forcer la main là-dessus par la Ligue, comme elle lui avoit forcé pour le nombre, pour le rang et pour l'âge. Henri IV, court de récompenses, et qui avoit tant de gens à récompenser, glissa dans ses promotions quelques gentilshommes purement militaires qui s'étoient signalés sous ses yeux en plusieurs actions, et qui lui avoient rendu de grands services. C'est ce qu'on remarquera légèrement ; mais, pour les maréchaux de France, dont le bâton est la récompense expresse de la vertu militaire, sans aucun autre égard, leur office ne leur donna jamais aucun droit à l'Ordre comme on se l'est imaginé dans ces derniers temps, avec beaucoup d'autres choses aussi peu fondées. C'est ce qui rendra exact, sur leurs promotions, à coter toutes celles où il y a eu des princes, des ducs, ou des maréchaux de France, et des chevaliers qui depuis le sont devenus, et on expliquera en son lieu ce qui a donné lieu à cette fausse idée que l'Ordre soit du au bâton. On verra, au contraire, qu'il l'a toujours été aux ducs jusqu'à la toute-puissance de Monsieur le Duc, qui nomma toute la première grande promotion du Roi d'aujourd'hui. A l'égard de la prétention des fils de France et des princes du sang de présenter, les premiers deux sujets, et les autres un, au Roi, aux promotions, pour y être compris, on n'en voit aucun vestige dans les Statuts, et il ne s'en trouve aucun exemple dans pas une des dix promotions qu'Henri III a faites. Henri IV fut plus complaisant. M. le comte de Soissons lui avoit fait beaucoup de peine; il n'avoit tenu ni à lui, ni à la sœur unique d'Henri IV, qu'ils ne s'épousassent malgré lui, et il s'étoit mis, avec le cardinal son frère, à la tête du tiers parti. Henri IV s'en vengea dans les suites ; mais il le ménagea dans les bagatelles, et fit Claude Gruel, sieur de la Frette, à sa prière, le pénultième de sa seconde ou première grande promotion, en 1595. M. le comte de Soissons n'étoit, et ne fut jamais premier prince du sang, quoiqu'il ait bien prétendu l'être, et c'est pourtant le seul exemple d'Henri IV. Ce qui s'est passé là-dessus depuis, on le remarquera en son temps. Il suffit ici de remarquer que cette prétention est sans le plus léger fondement, et que, si elle a eu lieu dans les suites, ce n'a été que dans des promotions très nombreuses, par conséquent très rares, où les Rois pouvoient bien accorder quelques colliers dans ces multitudes, et que jamais il n'en a été mention dans pas une autre. Outre que le droit manque pour celles-là mêmes, et l'exemple pour toutes les autres, l'impossibilité s'en reconnoit en ce que ces princes feroient, à la longue, presque autant de chevaliers que le Roi, si, à chaque fois qu'il leur plaît d'en faire, ils y avoient leurs nominations. Le duc d'Alençon ne put jamais être persuadé d'avoir la complaisance pour le Roi son frère de prendre l'ordre qu'il instituoit, et s'en tint jusqu'à la mort à porter celui de Saint-Michel seul : aussi ne songea-t-il jamais à procurer celui du Saint-Esprit à personne, encore moins à prétendre d'y pouvoir présenter de droit deux chevaliers.

« Henri III, qui aimoit les cérémonies, l'ordre et l'éclat dans celles

qu'il faisoit, régla les chapitres de l'Ordre, les festins de l'Ordre, et l'un et l'autre s'observent encore dans tous les grands ordres ; et ce même esprit de confrérie et de catholicité lui fit ajouter, tous les ans, un service pour les chevaliers défunts. Comme il ne reste plus de trace des deux premiers, et une très superficielle de la dernière, il n'est pas inutile d'en renouveler la mémoire et d'expliquer leur abolition.

« Le chapitre se tenoit pour toutes les affaires de l'Ordre, c'est-àdire les promotions, les nominations et les dégradations des chevaliers, car il y en a eu plusieurs, les privilèges et les choses pécuniaires de l'Ordre. Le Roi y étoit assis dans son fauteuil, au haut bout de la table du Conseil, les cardinaux et les prélats de l'Ordre assis derrière lui en demi-cercle, et les chevaliers des deux côtés de la table, dans leur rang de l'Ordre, sur une ou plusieurs lignes, tous assis sur des bancs et couverts. Au bas bout de la table, vis-à-vis du Roi, étoit le chancelier de l'Ordre, aussi assis et couvert. Derrière lui, debout et découverts], le prévôt et maître des cérémonies, le grand trésorier et le greffier, tous en manteau court. Les petits officiers, comme l'intendant, le généalogiste, les trésoriers, se tenoient derrière les grands officiers, lorsqu'on avoit besoin d'eux, sinon il n'entroient point ; le héraut de même, et l'huissier, comme il fait encore aujourd'hui, déplaçait celui du cabinet du Roi et en tenoit la porte. Là, chacun opinoit sur chaque affaire proposée par le Roi ou par celui des grands officiers qui la proposoit ou rapportoit, et le greffier, sans s'asseoir, faisoit sa fonction sur les registres qu'il avoit sur le bas bout de la table. Le festin se faisoit après chacune des trois cérémonie de l'année, au sortir de la grand messe. On trouvoit dans une des pièces de l'appartement du Roi trois tables disposées en réfectoire. Celle du haut bout, élevée d'une marche ou deux, étoit pour le Roi seul, et son buffet à côté, servi par ses officiers du gobelet. Le long de la muraille, des deux côtés, deux longues tables pour les cardinaux, prélats et chevaliers, dans leurs rangs de l'Ordre, tous le dos à la muraille, et personne vis-à-vis à la même table ; leur vin, eaux et verres, par deux à deux, sur la table, tous servis, et leurs plats de même pour deux. Il y en avoit plusieurs pour chaque service, et, de services, plusieurs aussi. Au bas du bout vis-à-vis du Roi, et en travers comme la sienne, une petite table pour le chanceier seul, servi comme les chevaliers. Le grand aumônier, placé en son rang parmi les cardinaux ou les prélats, disoit le Benedicite et les Grâces. Dans une autre pièce mangeoient ensemble, à table ronde ou ovale, et en même temps, les trois autres grands officiers, avec les petits officiers de l'Ordre. Le repas fini, on alloit tout de suite à vêpres dans le même ordre qu'on avoit été à la grand messe ; le même prélat de l'Ordre officioit, et on reconduisoit le Roi dans son cabinet dans l'ordre qu'on observe encore aujourd'hui, mais tous en grand habit de l'Ordre.

« Cet exposé explique tout seul la cause de l'abolition tacite des chapitres et des festins. La disproportion des grands officiers y étoit trop marquée. Tout le crédit pencha de leur côté à mesure que nos

GRANDS OFFICIERS DE L'ORDRE DU SAINT-ESPRIT. Ul

Rois s'affermirent. Henri IV, qui étoit tout militaire, ne supportoit les cérémonies qu'à regret. Il devint le maître par la chute de la Ligue, par la paix de Vervins, par la vieillesse, les mauvais succès, et enfin la mort de Philippe IL Ses ministres en devinrent plus considérables; ils laissèrent leurs emplois à des successeurs qui les firent encore moins valoir. Ces ministres étoient grands officiers de l'Ordre, et, quoique bien loin encore de ce qu'on a vu depuis, ils furent assez impatients de cette différence des chevaliers avec eux, et assez puissants pour la vouloir saper. Et en effet, ils parvinrent à s'asseoir au chapitre, et à manger au réfectoire du Roi. Les chevaliers s'en émurent à leur tour. Il y avoit encore alors des seigneurs qui l'étoient d'effet et de nom : c'est ce qui fit tomber ces deux cérémonies en désuétude, sans que les chanceliers de l'Ordre, qui avoient si grand intérêt à les maintenir dans la règle, osassent choquer pour cela des confrères ministres dont eux-mêmes avoient besoin tous les jours, et qui, d'ailleurs, n'étant chanceliers de l'Ordre que par accident et de la même sorte que les autres grands officiers par nature, le préférèrent, pour les leurs, au passager d'un intérêt personnel. Delà l'abolition du festin, dont on ne fit plus que rarement la cérémonie dans la fin du règne d'Henri IV, et dont le dernier s'est fait à la grande promotion de Louis XIII de 1633, sans qu'il en ait été question depuis. « De là encore, le néant des chapitres, et pour la cérémonie tombée à ce qu'on voit aujourd'hui, en confusion, debout, découverts, sans mention d'opiner sur quoi que ce soit. Et, si on rapporte quelque chose, c'est, en deux mots, ce que les grands officiers ont fait agréer au Roi, à quoi personne ne dit un seul mot, et pour le fonds, dont toute l'autorité et toute l'administration a été usurpée par les grands officiers. Ils ont même porté les choses à ce point que les trois chevaliers ou prélats commissaires de l'Ordre nommés et changés de temps en temps au chapitre ne sont que leurs assesseurs muets, qui ignorent ce que les grands officiers font, et qui, pour la forme, donnent leurs signatures. Personne ne veut entreprendre, pour un intérêt si général, de lutter avec des ministres puissants, personne n'a osé leur disputer la moindre chose, et l'usage établi par cette autorité s'est maintenu par la durée entre les mains des grands officiers, qui n'ont pas le même crédit. L'exemple continuel, qui dispense d'examiner et de juger, tourne en loi : aucun commissaire ne se veut charger d'un procès et d'une haine personnelle, dont l'Ordre profiteroit du succès, mais dont chaque chevalier est disposé à rire et à désavouer, si la chose ne réussit pas. Ainsi les grands officiers demeurent les maîtres de ce dont leurs prédécesseurs ont su s'emparer, et disposent en propriétaires des deniers de l'Ordre et de tout ce qui en dépend, jusqu'à s'en faire rembourser leurs brevets de retenue, comme il est arrivé en 1732, et à donner des pensions à qui ils veulent, et à faire d'autres dépenses à leur gré, aux dépens de l'Ordre. Monsieur le Duc s'en émut, et en dit son avis au duc de Rrancas, lors un des commissaires. Des chevaliers en nombre ne le trouvèrent pas meilleur; mais pas un n'osa dire un

mot, ni au premier ministre, ni au chapitre, où cela fut rapporté en deux mots, et les grands officiers sont demeurés de plus en plus 1rs maîtres absolus. Ou reviendra à eux; mais il faut parler du service pour les chevaliers défunts.

« Il se faisoit une fois Tannée, la veille ou le lendemain du premier jour de l'an; il y avoit des premières vêpres, des vigiles, une grand messe. Le Roi, en violet, ainsi que les cardinaux, les prélats, et les chevaliers en noir, avec le collier, y assistoient, et un prélat de l'Ordre officioit. Au milieu du chœur étoit un catafalque fort éclairé; les armes des chevaliers morts depuis le dernier service étoient aux cierges de l'autel et du catafalque, et, sur la représentation, leurs colliers, chacun sur un carreau. Le prélat faisoit l'absoute autour, avec les aspersions et les encensements, et la cérémonie finissoit par l'eau bénite jetée par le Roi et tous les chevaliers. Cette cérémonie a paru trop lugubre. Louis XIV ne l'a faite qu'une seule fois, en 1661 ; on parla de la rétablir en 1724, mais sans succès. Enfin M. l'abbé de Pomponne, chancelier de l'Ordre, fit tant de représentations au premier ministre, que, moyennant un peu d'accommodement, on la rétablit, estropiée, eu 1733, c'est-à-dire uniquement une grand messe célébrée par un prélat de l'Ordre en présence du Roi et des cardinaux en violet et en colliers, et des prélats et chevaliers de l'Ordre en noir, collier et manteau court, sans vêpres, vigiles, catafalque, ni armes ou marque aucune des chevaliers défunts.

« Revenons aux grands officiers. M. de Cheverny, qui avoit été chancelier particulier d'Henri III étant duc d'Anjou, et fort dans sa confiance, fut chancelier de l'Ordre à son institution. Il y avoit trois mois alors qu'il avoit été fait garde des sceaux de France, lorsqu'on les ôta au chancelier de Birague à sa promotion au cardinalat, et chancelier de France à la mort de ce cardinal, cinq ans après. Lui-même ne mourut qu'en 1599. Il fut toujours en crédit auprès d'Henri III, jusqu'en 1588, que, moins par dégoût que par concomitance, il fut congédié avec les autres ministres, très suspects d'attachement à la Ligue, et les sceaux de France donnés à Montholou. Henri IV les lui rendit en 1590, et il demeura jusqu'à sa mort en principale considération, et toujours chancelier de l'Ordre. Cette charge passa, à sa mort, au frère bâtard d'Henri IV, archevêque de Rouen, fort aimé de ce prince, et pour lequel le Pape, qui ne put se résoudre à le faire cardinal à cause de sa bâtardise, et ce n'auroit pourtant pas été peut-être le vingtième, fit une chose sans exemple ni devant ni depuis : ce fut de lui donner eu ferme tous les honneurs, rang, privilèges et marques extérieures de cardinal, sans l'être, et dont il jouit toute sa vie. De tels chanceliers agrandirent leurs charges de tout ce qu'ils voulurent. Les chevaliers commissaires de l'Ordre allèrent sans difficulté chez eux, quand il s'agissoit d'affaires de l'Ordre, et ne leur disputèrent rien. M. de Châteauneuf succéda à l'archevêque de Rouen, qui se démit de sa charge pour devenir un des quatre prélats de l'Ordre : ce qui n'avoit pas été hasardé d'abord. Chàteauneuf étoit ministre d'État, fils de l'Aubespine,

ministre et secrétaire d'État, le premier qui les avoit mis hors de page, qui avoit signé : Pour le Roi, et s'étoit appelé secrétaire d'État au lieu de secrétaire des finances et de commandements, qui étoit leur nom auparavant. 11 étoit, de plus, beau-frère de Villeroy secrétaire d'État et ministre très considéré, et dans l'union avec lui la plus étroite. Il conserva aisément ce titre d'usage que ses prédécesseurs avoient conquis par autorité. Ceux-là, à titre, l'un d'officier de la couronne, l'autre de jouissant de tous les honneurs du cardinalat, étoient peu à peu entrés en carrosse dans la cour intérieure des palais du Roi. On dit peu à peu, parce que cette entrée n'étoit pas ancienne, même pour les princes du sang, ni pour les ducs. Châteauneuf prétendit le même honneur. La réponse fut aisée. On n'assurera pas positivement ce qui en arriva ; mais, au bout de cinq ans, il se démit de sa charge en faveur de son fils, qui fut depuis garde des sceaux de France, et qui s'en alloit alors en ambassade auprès des Archiducs des Pays-Bas.

« Le père fut réservé à faire les fonctions de sa charge de l'Ordre en l'absence de son fils, et, en cas de mort, à y rentrer : tellement qu'il garda les marques de l'Ordre pendant vingt-trois ans qu'il vécut encore. Le fils fut en de continuelles ambassades jusqu'à la fameuse journée des Dupes, qui, avec tant d'autres, perdit MM. de Marillac, dont Châteauneuf eut les sceaux de France, le 14 novembre 1630 ; mais, en février 1633, ayant été arrêté et dépouillé des sceaux de France, il le fut aussi de ceux du Saint-Esprit, qui furent donnés à Bullion surintendant des finances, avec le titre de surintendant de l'Ordre et l'expectative de la charge de chancelier de l'Ordre, si Châteauneuf venoit à mourir.

« Bullion obtint deux grandes choses dans cette charge de l'Ordre. Ce fut lui qui, certainement par une cote mal taillée sur la prétention ci-dessus, entra en carrosse dans toutes les cours réservées des maisons royales lorsque la personne du Roi en étoit absente, même lorsque celle de la Reine s'y trouvoit : distinction qui n'a été devant ni depuis qu'au chancelier ou garde des sceaux de l'Ordre, et qui lui en donne une grande sur les chevaliers. Elle subsiste encore aujourd'hui, et n'a jamais été contestée : aussi la charge n'a presque jamais passé qu'à des ministres fort accrédités, ou à des gens qui, par leurs évêchés-pairies ou leurs offices de chanceliers de France, effaçoient ce privilège par les honneurs du Louvre qu'ils avoient d'ailleurs.

« L'autre chose qu'obtint le surintendant fut l'introduction d'un abus qui a bien été multiplié depuis. Trois ans après la disgrâce du garde des sceaux de Châteauneuf, il vendit au premier président le Jay la dépouille qu'il en avoit eue, et qui ne lui avoit rien coûté, et obtint en même temps de conserver les marques extérieures de l'Ordre.

« M. de Rhodes, fils et frère cadet des deux premiers prévôts et maîtres des cérémonies de l'Ordre, avoit mieux fait dès 1619, qu'il vendit cette charge à M. de Loménie, secrétaire d'État. Rhodes, en faveur de sa naissance, obtint une de ces nominations vaines et caduques à

l'ordre du Saint-Esprit à la première promotion qui s'en feroit, par des lettres expresses du mois de mars 1619, sans toutefois qu'il fût question de le faire à celle du dernier décembre de cette année, quoique de cinquante-neuf chevaliers. Loménie, moins de trois ans après, vendit cette même charge à un autre Loménie son cousin, secrétaire du cabinet, et, bien que si disproportionné de M. de Rhodes, eut le même traitement : tellement qu'il tourna ainsi peu à peu en coutume, et qu'on se fit passer l'Ordre sur le corps à des personnes incapables, par leur état, d'être chevaliers, en leur donnant des charges de grands officiers pour peu de temps, puis des lettres de promesse d'être faits chevaliers à la première promotion, lorsqu'ils se défaisoient de ces charges, avec certitude pourtant qu'ils ne le seroient jamais, et dont pas un ne l'a jamais été, mais avec la permission, en attendant, de continuer à porter l'Ordre. L'abus, dans les suites, en fut porté bien plus loin, par ce qu'on n'appelle pas mal à propos du nom de râpé. C'est que, pour donner la décoration de l'Ordre à quelqu'un de faveur, mais qui ne pourroit être chevalier, lorsqu'un grand officier vendoit sa charge à un autre qui en avoit l'agrément, il simuloit cette même vente auparavant à celui qu'on vouloit gratifier, qui, en conséquence, reçoit le cordon bleu des mains du Roi en prêtant le serment de la charge ; puis, au bout de huit ou quinze jours, simuloit la vente de cette même charge au véritable acquéreur, qui la payoit au premier qui en avoit traité véritablement avec lui, et celui qui l'avoit gardée une quinzaine entre-deux avoit des lettres de promesse d'être fait chevalier à la première promotion, et de permission, en attendant, de continuer à porter l'Ordre ainsi que le véritable vendeur. C'est de cette sorte qu'à peine, dans les quatre charges, s'en trouvera-t-il deux ou trois qui soient demeurées vingt ans sur une seule et même tête; qu'on a vu trois, quatre, et quelquefois jusqu'à six ou sept, de ces sortes de vétérans parés de l'Ordre sans charge, et deux ou trois par la même, et qu'il y a très peu d'exemples, même des disgrâces, qui aient fait perdre les marques de l'Ordre à ceux qui ont vendu leurs charges, même par force. Monsieur d'Agde, chancelier de l'Ordre, à la disgrâce de M. Foucquet, son frère, en 1661, et l'abbé son frère, dont il avoit eu cette charge, M. de Villeneuve, prévôt et maître des cérémonies, quand il vendit à la Bazinière, trésorier de l'Épargne, aussi en 1661, et ce dernier quelques années après, dans sa déroute, et M. de Montjeu dans la sienne, en 1683, qui étoit greffier, sont les seuls qui aient perdu leurs marques de l'Ordre. Lorsque, au commencement de 1724, MM. Crozat et de Montargis eurent ordre de vendre leurs charges de trésorier et greffier à MM. Dodun, contrôleur général des finances, et de Maurepas, secrétaire d'État, on fut sur le point de leur ôter les marques de l'Ordre; mais, à la fin, ils les conservèrent comme tous les autres, et à même titre de promesse ou nomination anticipée pour la première promotion.

« Les petits officiers de l'Ordre en portoient la marque à la boutonnière par une petite croix et un petit ruban bleu étroit. L'intendant

de l'Ordre est le premier de ces petits officiers, et cette charge a souvent été remplie par des ministres et d'autres gens de considération. M. Bouthillier, étant surintendant des finances et secrétaire d'État, l'eut de M. de Beaumarchais, trésorier de l'Épargne, en 163°2, et ne fut grand trésorier de l'Ordre qu'un an après. On ne parle point de son fils, parce qu'il eut eu même temps les deux survivances, ni de M. de Bullion fils du surintendant, parce qu'il étoit greffier de l'Ordre avant d'en être intendant; mais, après lui, M. de Saint-Pouenge, dont les gens d'âge ont vu l'autorité avec laquelle il travailloit à tout ce qui étoit du département de la guerre tant qu'il a vécu, la distinction du feu Roi pour lui et la considération où il a toujours été à la cour et dans le monde, a eu, trente ans durant, cette charge d'intendant de l'Ordre, dont il portoit la marque à la boutonnière, et, après trente ans, il eut la charge de grand trésorier de l'Ordre, quand M. de Torcy, ministre et secrétaire d'État des affaires étrangères, qui l'étoit, devint chancelier de l'Ordre par la mort de M. de Barbezieux. Saint-Pouenge étoit frère de Villacerf, très bien avec le Roi, qui étoit surintendant des bâtiments et premier maître d'hôtel de la Reine, parent assez proche de M. Colbert et de son même nom, et fils de la sœur du chancelier le Tellier, et lui et son frère dans toute la confiance de M. de Louvois et de toute sa famille. Il vendit, depuis qu'il fut grand trésorier, sa charge d'intendant à un partisan nommé la Cour, qui en accommoda ensuite un de ses neveux, maître des requêtes et intendant en diverses provinces, appelé la Neuville. Celui-ci, pendant la minorité dernière, obtint de M. le duc d'Orléans régent la permission de porter une croix d'or de la grandeur de celle des chevaliers et grands officiers, pendue au col à un large cordon bleu, comme le portent les grands officiers, quand ils sont de robe. 11 n'osa demander la croix en broderie cousue sur les habits, pour ne pas tant faire crier les grands officiers, qui ne laissèrent pas de se plaindre beaucoup, et les chevaliers même de trouver cette nouveauté étrange. 11 se licencia, en Franche-Comté, où il étoit intendant pour lors, de passer son cordon bleu en écharpe, mais par-dessus son habit. Pour à Paris, il ne l'a pas encore hasardé. Depuis ce tempslà, les autres petits officiers ont d'eux-mêmes mis leur croix à leur col, mais avec un ruban étroit.

« Pas un d'eux ne le porte plus à ses armes ; car il est remarquable qu'ils l'y portoient avec un cordon noir, quoique, en effet, il fût bleu à leur boutonnière. C'étoit à la distinction des grands officiers, qui la portoient à leurs armes comme le font encore aujourd'hui les prélats de l'Ordre; mais cela n'a pas duré. 11 ne laisse pas d'être encore ainsi aux Jacobins de la rue Saint-Jacques, à la chapelle de MM. de l'Aubespine, au château de Verderonne, et en bien d'autres lieux. Mais le chancelier prétendit bientôt pouvoir mettre le collier à ses armes, parce qu'il est brodé autour de son manteau comme à ceux des chevaliers. Il ne laisse pas néanmoins d'en être formellement exclu par le Statut, qui en fait une sorte d'excuse parce que le collier ne convient pas à

un homme de robe longue, tel qu'est réputé le chancelier. Le prévôt et maître des cérémonies, qui, comme lui, fait les mêmes preuves que les chevaliers, l'imita bientôt en prenant le collier à ses armes, quoiqu'il ne l'ait pas brodé à son manteau, et, aussitôt après, les deux autres grands officiers suivirent ce même exemple.

« Il fut trouvé plaisant qu'ils parassent leurs armes d'un collier qu'ils n'avoient point; mais ce fut tout. C'étoit des ministres : ils l'ont osé, on l'a souffert, et ils l'ont continué jusqu'à présent. Mais, dans la suite, ils ont plus fait : plusieurs, entre autres M. Colbert à Saint-Eustache à Paris, M. de la Vrillière le bonhomme à Châteauneuf-sur-Loire, sont représentés en marbre, sur leurs tombeaux, avec le grand manteau des chevaliers de l'Ordre, quoique le leur de prévôt et maître des cérémonies et de grand trésorier en soient totalement différents, et avec le collier de l'Ordre par-dessus, comme de véritables chevaliers de l'Ordre. On le voit, on en murmure ; mais on le souffre paisiblement.

« Jusqu'à la dernière grande promotion de 1724, les grands officiers n'avoient jamais porté de bouquet de plumes à leur chapeau, bien que la différence des chevaliers à eux soit bien plus marquée par le collier, qu'ils n'ont pas, et que les chevaliers portent à toutes les cérémonies de l'Ordre par-dessus le grand manteau ou par-dessus le manteau court. Celle du bouquet de plumes, que les chevaliers portent aussi, parut aux grands officiers devoir être abolie. Il n'y avoit pas moyen de prendre des colliers; mais ils osèrent porter pour la première fois des bouquets de plumes. L'abbé de Pomponne, chancelier, n'y prit point de part. Les chevaliers s'en tinrent à la surprise, et cet usage s'est ainsi introduit, et est demeuré depuis.

« L'Ordre, dans son institution, se portoit au col comme tous les grands ordres y ont été portés d'abord, et comme la Toison s'y porte encore. M. d'Épernon, sous Henri IV, se cassa une dent en galopant, par une choc de sa croix. Cela lui donna lieu d'allonger son cordon et de le passer en écharpe lorsqu'il montoit à cheval. Cela parut commode à plusieurs chevaliers, qui l'imitèrent, et peu à peu, dans les commencements de Louis XIII, on s'accoutuma à porter l'Ordre en écharpe en tout temps; mais, comme cela n'étoit point de l'institution, il n'y avoit point de règle de le porter d'un côté plutôt que de l'autre : de là vient qu'il reste encore plusieurs portraits où l'Ordre est mis tantôt de droite à gauche, tantôt de gauche à droite, parce que cela étoit alors indifférent. A la fin, on ôtala bigarrure, et, pour n'imiter pas la Jarretière et l'Éléphant, il fut réglé que tous le porteroient de droite à gauche.

« Les justaucorps ayant enfin aboli les pourpoints, on continua de porter l'Ordre par-dessus ce nouvel habit, comme on faisoit par-dessus l'autre. Le feu Roi est peut-être un des premiers qui ait commencé à le porter entre le justaucorps et la veste. Son exemple fut imité, et ne fut pas trouvé bon par lui-même : de sorte qu'il le défendit, sans néanmoins changer sa coutume. Il fut encore imité malgré les défenses réitérées, et, à la fin, chacun a fait ce qu'il a voulu. Monseigneur, Mes-

seigneurs ses fils, Monsieur, Monsieur son fils, tous les princes du sang l'ont toujours porté par-dessus, et la plupart de tous les chevaliers de l'Ordre et le peu de ceux qui restent du Roi le portent encore ainsi ; mais, depuis la grande promotion de 1724, il n'y a presque aucun des chevaliers faits par le Roi d'aujourd'hui qui ne le porte1 par-dessous. Est-ce honte dans quelques-uns, fausse modestie dans d'autres, vanité dans certains? Quoi que ce soit, l'usage s'en confirme tous les jours, contraire à celui de tous les grands ordres de l'Europe et de celui-ci.

« Après ces remarques générales, il faut descendre aux particulières. Elles se donneront à la fin de chaque règne, et, pour celui du feu Roi, après chacune de ses deux grandes promotions de 1661 et de 1688 2. A l'égard du règne présent, on les placera à la fin de 1735, qui est après la dernière promotion que, jusqu'à présent, le Roi a faite.

« Pour bien voir le tableau de l'Ordre et ses diverses couleurs et ombres jusqu'à présent, on cotera toutes les promotions. On y détaillera celles où il y aura eu des ecclésiastiques, des princes, des ducs et des maréchaux de France, ou des seigneurs qui, ensuite de leur promotion dans l'Ordre, le seront devenus, pour en faire un total exactement divisé à la fin de chaque règne. Les autres chevaliers et les grands officiers, on se contentera de les coter en gros, et on mettra l'âge auquel le sang royal aura été admis dans l'Ordre. L'âge des premières promotions avant qu'il fût fixé, et celui auquel on a donné depuis des dispenses, seroit curieux ici; mais il demanderoit trop de recherches dans les papiers des maisons où cela s'est accordé. On se contentera donc du peu qu'on en peut savoir avec certitude.

« On aura soin de marquer les ducs et les maréchaux de France qui, dans chaque règne, n'auront point été chevaliers du Saint-Esprit, et, dans les promotions, le rang où chaque officier de la couronne et chaque grand officier de la maison du Roi y aura été reçu, et pareillement les ducs à brevet, qui le disputent aux officiers de la couronne.

« Comme, à la fin, l'usage a prévalu, dans l'Ordre, en faveur des princes issus de maison souveraine ou des bâtards de nos Rois sur les ducs, ce qui sera expliqué à mesure outre ce qui a été dit du double changement des Statuts, on met ces princes avant les ducs, et on les distingue d'eux, excepté la première promotion, où le statut original eut son exécution dans la préséance par l'ancienneté des ducs sur les princes, même ducs aussi. On en use de même, et par la même raison, en mettant ici les ducs en rang de duché, non de pairie.

« On remarquera aussi le rang qu'ont eu dans les promotions ceux dont les descendants de même maison sont parvenus depuis au rang de prince, ou à se former des prétentions.

« Tous les ecclésiastiques y seront exprimés, par la curiosité et leur petit nombre; puis, le sang royal, les princes, les ducs, les seigneurs qui le sont devenus depuis, les maréchaux de France, ceux qui le sont

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