‹ Memoires de Saint-Simon (volume 4)Chapitre 486 sur 556 · Par surcharge da[«s · texte numérisé non relu

Par surcharge da[«s

5. Saint-Simon avait d'abord écrit deded[ans], qu'il a corrigé par mégarde en dedeans, Va surchargeant le troisième d.

tous les chapitres jusqu'à Louis XIII inclusivement. Lorsqu'il y avoit promotion, le Roi avoit une liste de moitié plus que de places à remplir, et c'est ce qui commença l'altération des chapitres, parce que, peu à peu, cette moitié fut diminuée, et réduite enfin à quelques noms plus que de vacances. Ceux de la liste qui avoient le plus de voix s'écrivoient à mesure par le greffier de l'Ordre, et, quand elle étoit complète, il la portoit signer au Roi, la contresignoit à l'instant, puis la donnoit à l'huissier et au héraut de l'Ordre, qui l'alloit lire tout haut, contre la porte en dehors, aux courtisans qui attendoient. Quand je dis le double des places, j'entends de celles que le Roi vouloit remplir, parce que rarement il les remplissoit toutes, pour laisser lieu à l'espérance et aux grâces; mais il disoit que, ayant résolu de faire dix chevaliers, par exemple, quoiqu'il y eût beaucoup plus de places vacantes, ou quatre ou trois, selon qu'il le vouloit, la liste étoit du double, et, peu à peu, de quelques personnes de plus. Ceux qui, pour avoir moins de voix, demeuroient proposés sans être de la promotion, recevoient une consolation, qui étoit une patente qui s'expédioit pour chacun après le chapitre, signée, scellée du sceau de l'Ordre, visée et contresignée, par laquelle celui à qui on la donnoit étoit déclaré admis dans l'Ordre avec promesse d'y être reçu à la première promotion ; et quelquefois on alloit jusqu'à leur donner deux chevaliers commissaires pour examiner leurs preuves comme s'il s'étoit agi de les recevoir, devant qui, en effet, ils les produisoient. C'est ce qui a fait tant de ces titres pris de « chevaliers « du Saint-Esprit nommés, » et puis, de « chevaliers du Saint-Esprit morts « avant d'avoir reçu le collier; » et la vérité est qu'aucun de ceux-là n'a jamais été chevalier de l'Ordre, quoique plusieurs d'entre eux aient survécu à plusieurs promotions. Ceux qui sont effectivement compris dans les promotions, dont l'absence ou la maladie empêche la réception, ont tous, peu de jours après, une patente portant permission de porter l'Ordre jusqu'à ce qu'ils puissent être reçus ; et c'est de ceux-là seulement, lorsqu'ils meurent auparavant, qu'il est vrai de les dire « chevaliers de « l'Ordre morts avant d'avoir reçu le collier, » comme, depuis peu, il est arrivé au prince de Monaco, et, en dernier lieu, à M. de Rottenbourg*. « C'étoit un abus que ces patentes consolatoires de promesse à des gens qu'on ne vouloit jamais faire chevaliers de l'Ordre, et un titre au moins d'en avoir été jugés dignes et d'avoir été effectivement proposés pour l'être; mais cet abus en a enfanté un autre, qui a encore fait des petits. Les grands officiers de l'Ordre, profitant de leurs places de ministres, de chanceliers ou de gardes des sceaux de France, de surintendants des finances et de secrétaires d'État, trouvèrent commode de vendre leurs charges de l'Ordre, et fort agréable d'en conserver l'ornement; et, sur l'exemple de ces promesses qu'on vient d'expliquer, ils

1 . Conrad-Alexandre, comte de Rothenbourg, ancien ambassadeur et maréchal de camp, fut nommé dans le chapitre du 1er janvier 1731, et ses preuves admises le 13 mai suivant, avec permission de porter le cordon bleu; mais il mourut le 4 avril 1735, sans avoir été reçu.

ne se contentèrent plus de la permission verbale du Roi de continuer à porter l'Ordre vendant leurs charges, se firent expédier, sans passer par le chapitre, de semblables promesses, avec permission de continuer à porter l'Ordre en attendant qu'ils fussent reçus chevaliers. Pas un d'eux n'a jamais songé ni espéré de l'être ; mais ce titre les a flattés, et a si bien passé en usage, que cela va tout seul, et qu'il ne se vend plus de charge de l'Ordre autrement. De là l'abus de cette multiplication de grands officiers sans charge, de ces râpés, qu'on a depuis introduit : c'est-à-dire que Pierre vend sa charge à Jean ; mais Paul fait semblant de l'acheter, en prête serment, et reçoit le cordon bleu du Roi, et, quatre jours après, la rend à Jean, qui prête serment de même : ce qui fait un cas de ce qu'on appelle vétérans, qui sont des gens qui, à titre d'avoir été grands officiers de l'Ordre, sont parés pour toujours du cordon bleu et de la croix brodée. Cela commença sous Henri IV, et n'a fait que croître de plus en plus depuis, en sorte que j'en ai vu dix-sept vivants à la fois f .

« Ce n'est pas tout. Les grands officiers n'ont point le collier2. Le chancelier, seul, l'a brodé autour de son manteau comme les chevaliers de l'Ordre ; les autres trois ne l'ont point, et celui du prévôt ne l'a point non plus, quoique avec quelque distinction sur les deux autres, de flammes semées plus près à près sur le sien. Ils ne portoient tous que le cordon bleu autour de leurs armes, comme3 font encore les cardinaux et prélats commandeurs de l'Ordre, et cela se voit encore aux maisons et aux sépultures des anciens, comme au château de Verderonne et à la chapelle de la sépulture de MM. de l'Aubespine aux Jacobins de la rue Saint-Jacques à Paris ; et, aux autres, on n'a pas songé encore à les ôter ou changer. Sous Henri IV, contents de s'être fait donner ces patentes de promesse et de permission, en attendant, de porter l'Ordre, ils ont doucement sous-entendu que c'étoit comme les chevaliers; et comme, pour l'extérieur ordinaire des personnes, les grands officiers portent l'Ordre comme les chevaliers tous les jours qu'on ne met pas le collier, aussi se sont-ils prétendu autorisés à mettre le collier à leurs armes, puisque, avec la promesse en* patente d'être faits chevaliers de l'Ordre à la première promotion, ils avoient la permission de le porter. On sent le faux et le gauche d'un abus si absurde; mais ils étoient en place et en crédit : cela a passé. Puis, à leur exemple, les grands officiers en charge en ont fait autant, et depuis il n'y a plus d'autre usage.

« Du moins pouvoient-ils bien en demeurer là. Mais ils ont voulu davantage, et se sont fait peindre et sculpter, eux-mêmes ou leurs pères, en vrais chevaliers de l'Ordre, avec tout l'habit, le grand manteau ayant le collier autour, et le collier de l'Ordre autour de leurs

1. Comparez la rédaction des Mémoires, ci-dessus, p. 209, et l'Appendice,

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