La duchesse de Beauvillier à Louville
[3 juin 1703.]
« .... Pour votre raccommodement, vous ne devez y compter que comme vous le faites; car il ne peut être sincère. Ce qui se peut passer en ce pays-là ne peut rien faire pour vous y faire demeurer. L'on ne se veut point servir de vous; le parti est pris, car c'est M. d'Harcourt qui décide de toutes les affaires d'Espagne, secondé par Mme de Maintenon et M. Chamillart. Je vous avouerai, par cette voie, qui est sûre, que cela afflige fort M. de Beauvillier et M. de Torcy, qui ne sont point comptés dans tout ce qui regarde ce chapitre : ce qui est très affligeant pour la chose, car elle ira toujours de pis en pis, les idées d'ici étant absolument celles de M. d'Harcourt, qui sont tout le contraire de ce qu'il faudroit'....
« Nous ne savons point si Mme des Ursins sait quelque chose de votre retour; mais je n'en doute guère, car la confiance de Mme de Maintenon pour M. d'Harcourt lui aura fait dire, et apparemment il l'aura mandé; mais tout cela n'est que par conjecture : il est aux eaux depuis trois semaines ou un mois.
« Nous croyons que M. d'Harcourt veut gouverver d'ici l'Espagne, et qu'il a su que le Roi ne veut pas que jamais ses ambassadeurs aient la prétention de la grandesse. Cela étant, qu'y feroit-il? Il vous y feroit sans doute moins de mal.... »
11 est tout à fait étonnant que notre auteur ne parle pas, à la suite de la reconciliation temporaire2, du voyage que Louville fit alors à la cour de France en compagnie d'Orry. Ce dernier avait été désigné, dès la première retraite du cardinal Portocarrero, en janvier, pour aller porter des cxplica-
1. On avait espéré avoir M. de Villeroy; mais, dès le 3 décembre 1702, la duchesse écrivait à Louville : « Vous ne devez point compter sur les bons offices du maréchal de Villeroy. Je vois qu'il a parlé contre votre charge de chef de la maison françoise, disant que cela choque tous les Kspagnols, et l'on m'a assuré que le duc de Villeroy s'étoit déchaîné contre vous.... »