‹ Memoires de Saint-Simon (volume 4)Chapitre 521 sur 556 · Ci-dessus, p. 245-246 et 248, note · texte numérisé non relu

Ci-dessus, p. 245-246 et 248, note

tions au Roi. C'est de concert avec Mme des Ursins que les deux Français se mirent en route après la iin de mai : Orry avait pour mission d'achever l'écrasement du cardinal d'Estrées, dont la princesse ne voulait plus à aucun prix, et Louvillc devait empêcher l'envoi du maréchal d'Harcourt, Mme des Ursins estimant qu'on pourrait s'accommoder aisément avec l'abbé d'Kstrécs, pourvu qu'il restât seul1. Les deux envoyés devaient également rendre compte de bien des symptômes inquiétants qui se produisaient soit dans l'Espagne même, soit à l'extérieur, du côté du Portugal, et on les avait associés l'un à l'autre comme ayant des vues contraires sur chaque point. Louville accepta de partir, mais en stipulant expressément qu'il reviendrait encore une fois à Madrid avant de prendre cette retraite détinitive dont il avait lui-même lait pressentir l'imminence à son prince. Arrivé à Paris au milieu de juin2, avec un très long et capital mémoire de Philippe V, Louville eut une dernière audience du Roi le 23, devant repartir quarante-huit heures après3. Il avait trouvé Torcy très découragé, tout prêt à lâcher pied. On discuta cependant, et il fut résolu de laisser le cardinal d'Estrées à Madrid jusqu'à ce qu'il demandât lui-même son rappel, mais de donner à son neveu une part directe dans les affaires, d'avouer les délibérations prises par les conseillers espagnols dans le despacho, et de n'envoyer qu'en 1704 une armée et un maréchal de France, lorsque la réorganisation financière, militaire et administrative aurait été préparée par Orry, à qui Chamillart recommanda plus de souplesse4.

Cette absence produit nécessairement une lacune dans notre correspondance; mais, de Madrid, Mme des Ursins, de moitié avec son fidèle d'Aubigny, eut soin de tenir les deux envoyés au courant de tout ce qui se passait à la cour et dans le despacho, réduit au roi seul avec Rivas, après quelques sorties violentes du cardinal d'Estrées. Ces comptes rendus ont été retrouvés par M. Geffroy au Dépôt de la guerre et publiés dans son recueil de Lettres inédites, p. 147-156. La correspondance recommence, dans le recueil communiqué par Mgr d'Hulst, par une lettre de la duchesse de Bcauvillier à Louville, 4 juillet.

1. Lettre de Mme des Ursins à la maréchale de Noailles, 3 juin, dans le recueil de M. Geffroy, p. 14-4-146.

2. Dangeau dit, le 15 juin (p. 214) : « Louville et Orry sont arrivés de Madrid, et ne sont pas fort contents de gouvernement de ce pays-là, où les affaires vont très lentement. » Et l'auteur des Mémoires de Sourches (p. 106) : « Le soir, on vit le comte (sic) de Louville arriver d'Espagne, ayant été précédé de quelques jours par Orry, et on disoit qu'ils dévoient bientôt s'en retourner l'un et l'autre. » L'annotateur de ces Mémoires dit que Louville venait « plaider la cause du cardinal d'Estrées, » et Orry celle de la princesse contre le cardinal.

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