‹ Memoires de Saint-Simon (volume 4)Chapitre 58 sur 556 · au singulier, dans le manuscrit · texte numérisé non relu

au singulier, dans le manuscrit

effacèrent1 ou affaiblirent dans son esprit la défense et l'imprécation que son père lui avoit prononcée à la mort, ils lui montrèrent un régiment, la charge de son père, les cieux ouverts à la cour en épousant une de leurs filles. Le jeune homme ne connoissoit qu'eux : il se laissa aller, et le mariage se conclut et s'exécuta moyennant la charge2. On fut surpris, avec raison, de la mollesse du cardinal de Noailles. Ceux qui, comme moi, savoient avec quelle résistance il avoit soutenu toutes les attaques qui3 lui avoient été portées lors de l'affaire de Monsieur de Cambray\ et que lui seul avoit empêché le Roi de chasser le duc de Beauvillier, et de donner ses places du Conseil au duc de Noailles son frère5, ne purent comprendre sa complaisance pour sa famille en une occasion qui demandoit toute sa fermeté. Mais les saints ne font pas toujours des actions vertueuses : ils sont hommes, et ils le montrent quelquefois. Le cardinal de Noailles put dire, sur cette occasion, et sur quelque autre qui se retrouvera en son temps, mais qui furent épurées par de longues souffrances, ce que

1. Le commencement d' effacèrent surcharge une / et des jambages.

2. Le 19-20 février 1703, dans la chapelle de Versailles (Dangeau, tome IX, p. 103-104 et 122-123; Sourches, tome VIII, p. 13 et 30; Gazette d'Amsterdam, n°xi; Mercure de mars, p. 29-48). Marie-Françoise de Noailles, née le 13 mars 1687, passait pour bien faite, spirituelle et sage. Elle avait deux cent mille livres de dot. Le duc de Chevreuse n'avait pas voulu la demander pour son fils, en 1701, à cause de l'inimitié du cardinal (Correspondance de Fénelon, tome I, p. 114), et c'est d'elle aussi, sans doute, qu'il avait été question alors pour le comte d'Ursel (notre tome IX, p. 349). En enregistrant la première nouvelle du projet de mariage, le 24 janvier 1703, Dangeau dit ceci : « Le Roi donne au marquis de Lavardin, qui n'a que dix-huit ans, la lieutenance générale de Bretagne qu'avoit son père, qui vaut plus de quarante mille livres de rente, et sur laquelle il n'avoit qu'un brevet de retenue de cinquante mille écus. 11 épouse Mlle de Noailles, fille du duc, et c'est en partie en faveur de ce mariage que le Roi donne la charge. Voilà cinq filles de M. de Noailles mariées à de grands seigneurs ; il en a encore trois ou quatre à marier. » Celle-ci ne mourut que le 28 novembre 1761, à Puteaux.

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