‹ Memoires de Saint-Simon (volume 4)Chapitre 74 sur 556 · Comme parent proche par les Lorge · texte numérisé non relu

Comme parent proche par les Lorge

8. C'est-à-dire que les solliciteurs, après être allés en grand train, suivant l'usage, chez chacun des juges (voyez notre tome II, p. 72-75), vinrent encore les saluer à l'entrée de la salle d'audience. Brancas le Distrait alla une fois à une autre chambre que celle où se jugeait

l'abbé d'Auvergne gagna en plein tout d'une voix1. Ils me surent un gré infini d'avoir toujours été avec eux partout, dont plusieurs s'étoient très souvent dispensés. Je les retrouvai après bien à point dans une autre affaire, où ils me servirent très utilement et avec la dernière chaleur2. On est fort quand on se soutient dans les familles et les parentés, et on est toujours la dupe et la proie de s'abandonner : c'est ce qui se voit et se sent tous les jours avec un dommage irréparable. L'arrêt signé, l'abbé d'Auvergne fut bien étonné de ne le pas trouver tel que tous les juges l'avoient dit en les allant remercier. Il s'en plaignit à Verthamon, premier président. La dispute fut forte. Les Bouillons crièrent, menacèrent de se plaindre au Roi et au Grand Conseil; les juges s'émurent : il fallut leur porter l'arrêt; ils le réformèrent, aux hauts cris de Verthamon, à qui, pour l'honneur de la présidence, on laissa dans l'arrêt quelque chose de ce qui n'y avoit pas été prononcé3.

Verthamon plus que mortifié.

son affaire. Mme d'Aulnoy (Mémoires, tome I, p. 321) prétend qu'en Espagne, pour éviter cet abus, on n'annonçait pas quel tribunal serait chargé du procès.

1. Dangeau, tome IX, p. 157 : « M. l'abbé d'Auvergne gagna tout d'une voix, au Grand Conseil, un procès que lui faisoient quelques moines de Cluny sur la coadjutorerie. Ainsi voilà une affaire finie sans retour. » L'original du jugement se trouve dans le registre du Grand Conseil V3 967, à la date, signé par M. de Verthamon et par le conseiller Marsollier. La Cour déclarait qu'il n'y avait pas abus et condamnait les moines à cent cinquante livres d'amende, plus neuf cents livres d'épices et six écus pour les petits commissaires, mais leur réservait le droit de former telles demandes qu'ils aviseraient quant à la juridiction.

Page 1