‹ Memoires de Saint-Simon (volume 5)Chapitre 280 sur 610 · Tomes V, p. 89, et VI, p · texte numérisé non relu

Tomes V, p. 89, et VI, p

7. Mlle d'Outrelaize n'était allée loger à l'Arsenal que depuis la mort de la comtesse de Fiesque, qui complétait avec les deux amies un tribunal « dont il falloit avoir l'approbation. » Mme de Luynes, qui connut encore Mme de Frontenac, racontait à son mari, en 4748 (Luynes, tome IX, p. 254-252), que cette dame et Mlle d'Outrelaize avaient été très intimement liées avec Mme Scarron, et que c'est même chez Mme de Frontenac que la future marquise de Maintenon aurait reçu la prédiction « qu'elle serait un jour une grande dame, » de la bouche d'un chiromancien nommé Masson. Il n'en reste pas moins acquis que les lettres de Mme de Frontenac comprises dans le recueil de la Beaumelle sur Mme de Maintenon sont falsifiées.

8. Comme nous l'avons vu dans la première rédaction (tome Y, p. 90), ce surnom avait d'abord appartenu à Mlle d'Outrelaize, et c'est en souvenir de celle-ci que le mari de Mme de Frontenac, étant gouverneur du Canada, appela Divine la rivière des Illinois (Lettres de Mme de Sévigné, Additions et corrections, tome XII, p. 52 .

comme déesses, et ce fut toute leur vie à qui leur en prodigueroit. Mlle d'Outrelaize étoit morte il y avoit longtemps1. G'étoit une demoiselle de Poitou de parents pauvres et peu connus2, qui avoit été assez aimable, et qui perça par son esprit, beaucoup plus doux que celui de son amie, qui étoit impérieux3. Celle-ci étoit fille d'un maître des comptes qui s'appeloit la Grange-Trianon4. Son mari5, qui, comme elle, avoit peu de bien, et, comme elle aussi, beaucoup d'esprit et de bonne compagnie, portoit avec peine le poids de son autorité6. Pour l'en dépêtrer et lui donner de quoi vivre, ils7 lui procurèrent

1. Six mois auparavant, le 16 août 1706 : ms. Nouv. acq. fr. 3620. n° 6957. La marquise d'Huxelles écrivait, le 5 avril 1704 : « La pauvre Mlle d'Outrelaize, ayant été poussée aux Célestins, est tombée, s'est démis le poignet, et fait un trou à la tête. Vous pouvez juger de l'état de Mme de Frontenac. »

2. Non pas de Poitou, mais de Normandie : tome V, p. 89, note 5. Elle était fille de Jacques Blondel, chevalier, seigneur châtelain de Tilly, Hotot, Outrelaize, etc., lieutenant particulier au bailliage de Caen, et de Marie du Moulin (Arch. nat., Y 238, fol. 103), et, d'après les commentateurs de Tallemant des Réaux (tome IX, p. 510), un grand-père avait été président à la Chambre des comptes de Rouen.

3. Sur les agréments et l'esprit de Mlle d'Outrelaize, et sur ses relations avec les gens de lettres de son temps, on peut ajouter aux références données dans notre tome V un couplet publié dans le commentaire de Tallemant des Réaux (tome IX, p. 473) et les vers qu'elle adressa au poète Lambert (Dictionnaire des Précieuses, tome II, p. 262- 263; ms. Arsenal 4129, p. 403). Plusieurs lettres d'elle, de M. et de Mme de Frontenac, de la maréchale de Schonberg, etc., ont été imprimées dans un factum de leur homme d'affaires (ms. Clairambault 1163, fol. 100-105).

4. Charles de la Grange, seigneur de Trianon : tome VI, p. 169.

5. Louis de Ruade, comte de Frontenac : tome VI, p. 166 et 609. Leur contrat de mariage, du 27 juin 1648, est dans le registre des Insinuations du Châtelet coté Y 193, fol. 146 v°.

6. Il a déjà dit, en 1699, à propos de la mort du comte, qu' « un si aimable homme et une femme si merveilleuse ne duroiont pas aisémont ensemble. » D'après le Segraisiana, p. 197, Mme de Frontenac serait la marchande mariée à un soldat dont il est question dans la Princesse de Paphlagonie.

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