‹ Memoires de Saint-Simon (volume 5)Chapitre 301 sur 610 · La est en interligne · texte numérisé non relu

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de Chaulnes l'ambassadeur1. Le Pape ne s'y étoit pas opposé2; mais les religieuses fermèrent les portes à la Reine, qui l'y avoit conduite elle-même : tellement que les gardes les enfoncèrent. Ce fut un vacarme horrible que cette installation, des cris, des protestations, des insultes à l'abbesse, beaucoup de grands manques de respect à la Reine, force religieuses chassées et mises en d'autres cou-» vents3. Malgré tout cela Mme de Chaulnes fut bien des années sans être paisible. C'étoit aussi une grosse créature qui faisoit peur, et qui ressembloit de taille et de visage à son frère comme deux gouttes d'eau \ plus abbesse, plus glorieuse, plus impertinente que toutes les abbesses ensemble3, et qui, à force d'avoir été tourmentée en arrivant, s'étoit mise à faire enrager ses religieuses. Pour s'en faire plus respecter, elle s'étoit avisée6 de se faire annoncer par quelque tourière7 affectionnée tantôt M, Col-

1. Charlotte d'Albert, fille du premier duc de Chaulnes, avait d'abord été religieuse et maîtresse des pensionnaires à l'Abbayc-aux-Bois; elle. fut pourvue du prieuré de Poissy en janvier 1669 (Arch. nat., 0l 43, fol. 309), à la place de Marguerite de Cossé-Brissac, qui, après sept ans de procès contre ses religieuses, n'avait pu s'installer. Elle mourut le 1er mars 1707, à quatre-vingt-deux ans. C'est elle qui avait élevé à I Abbaye la célèbre abbesse de Fontevrault.

L2. Grâce au duc de Chaulnes, le Pape avait confirmé la nomination par le Roi presque aussitôt, et il renouvela cette confirmation en 1673 : Écrits inédits, tome VI, p. 43-44; Mémoires de Luijncs, tome IV, p. 1 li.

3. C'est seulement le 21 décembre 1669 que la Reine, accompagnée de Madame, conduisit à Poissy la nouvelle prieure et réussit à faire procéder à son installation (Gazelle, p. 1234-1235). Le R. P. Cbapotin a raconte la lutte soutenue par Mmes de Brissac et de Chaulnes dans ses Études historiques sur la province dominicaine de France, sous le titre de Guerre de la Succession de Poissy, 1660-1707-

\. !\1. de Chaulnes l'ambassadeur avait « la corpulence, l'épaisseur, la pesanteur et la physionomie d'un bœuf » (notre tome 11, p. 1 1 \ ; comparez son portrait dans les Écrits inédits, tome VI, p. 46).

5. Dans une Addition au Journal de Dangeau, tome XII, p. 331, il la représente « folle d'orgueil. »

6. Les mots elle s'estoit avisée ont été ajoutés en interligne.

7. Nous avons déjà vu ce terme dans notre tome VIII, p. 363, et Saint-Simon le répétera encore à propos des tilles de Sainte-Marie,

■ÉMOIBK8 m SAINT-SIMON. XIV I!»

bert, tantôt ML de Louvois ou M. le Tcllier, dans un temps où elle étoil avec toute la communauté, où la portière la \cnoi! avertir. Elle faisoit la surprise, après l'importunée, car l<s visites étoient fréquentes : elle alloit s'enfermer dans sou parloir, d'où pas une religieuse n'osoit approcher pendant ces importants entretiens, qui duroienl le temps qu'elle jugeoit à propos ; puis, toute fatiguée de consultations et d'affaires de la cour et du monde, qu'elle n'a voit pas quitté, disoit-elle, pour y perdre son temps dans l'état qu'elle avoit embrassé, elle revenoit se reposer avec ses religieuses de tant de soins dont elle auroit1 voulu n'ouïr jamais parler, et n'être point distraite des devoirs d'abbesse. A la fin ces ministres revenoient si souvent, et occupoient si longtemps Madame l'abbesse, que quelque religieuse, plus avisée que les autres, commença à se2 douter du jeu. A la première visite de ces Messieurs, trois ou quatre montèrent en lieu de voir dans les cours et les dehors, où elles n'aperçurent point de carrosse. Après cette épreuve, le doute se fortifia, et se communiqua de plus en plus par le redoublement de la même épreuve, et il demeura constant parmi toutes que jamais aucun de ces ministres n'avoit mis3 le pied à Poissy. A la fin l'abbesse, qui se vit découverte, également honteuse et furieuse, n'osa plus continuer la tromperie; mais elle en fit payer chèrement la découverte. Son règne fut également dur et long. Sur la fin elle prit en aversion, et bientôt en persécution, celles qu'elle crut lui pouvoir succéder, Mme de Mailly sur toutes, qui, par son mérite et sa parenté, sembloit y avoir plus de part, et la réduisit à chercher ailleurs un repos qu'elle ne pouvoit plus goûter à Poissy :

dans le tome IX de 1873, p. 199. « Si j'étois hors de la cour, écrivait Mme de Maintenon à l'abbé Gobelin le 8 janvier 1680, je serois en tourière » (recueil Geffroy, tome I, p. 111). Ces « tourières du dehors, » dit. le Dictionnaire de Trévoux, non seulement recevaient les visiteurs, mais faisaient toutes les affaires du couvent à l'extérieur.

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