‹ Memoires de Saint-Simon (volume 5)Chapitre 302 sur 610 · Auroit surcharge voudroit · texte numérisé non relu

Auroit surcharge voudroit

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elle se retira à Longchamp1, et elle y étoit lorsqu'elle fut nommée2. Pour y parvenir après Mme de Ghaulnes sans rumeur et sans dispute, le Roi profita d'un accident qui étoit. arrivé à ce beau monastère quelque temps avant la mort de Mme de Chaulnes : le tonnerre avoit enfoncé la voûte du chœur et mis le feu à l'église3; la fonte du plomb qui la couvroit empêcha tout secours, en sorte que ce dommage fut extrêmement grand, et à l'église, qui est magnifique, et aux lieux du monastère qui en étoient voisins4. Dans l'impossibilité où la maison se trouva de le réparer même en partie5, le Roi s'en chargea à condition qu'elle lui céderoit pour toujours ses prétentions d'élire, que le Pape en feroit une abbaye, et qu'il en donneroit la collation au Roi. Gela fut fait ainsi au grand regret des religieuses, qui n'osèrent pas résister, et le Pape accorda tout0. Cepen-

1. Abbaye de religieuses clarisses fondée en 1260, dans le bois de Rouvray ou de Boulogne, par Isabelle, sœur de saint Louis. L'abbé Lebeuf a donné une notice sur ce couvent dans son Histoire du diocèse de Paris, et les titres de la maison sont aux Archives nationales.

2. Selon les Mémoires de Sourches (tome X, p. 275, note), c'est à l'Abbaye-aux-Bois qu'elle s'était retirée depuis quelque temps.

3 11 s'agit de l'église du couvent, longue de quarante-trois toises et large de vingt et demie, et non de l'église paroissiale Notre-Dame, très peu éloignée de là. Celle-ci subsiste encore et est un monument remarquable.

4. Ce fut dans la nuit du 20 au 21 juillet 1695 que la foudre incendia la charpente en bois de châtaignier, qui datait du treizième siècle (Dangeau, tome V, p. 244; Sourches, tome V, p. 13; Mercure d'août, p. 167-17S; relation imprimée du temps ; Oct. Noël, Histoire de Poissa , p. 331 et suivantes; le P. Chapotin, op. cit., p. 144 et suivantes).

5. Sur le premier moment, les dégâts avaient été évalués à cinq cent mille livres. En 1700, on établit un devis de réparation (pie Mansart arrêta à cent quatre-vingt mille livres : Dépôt des affaires étrangères, vol. France 340, fol. 16. Le réfectoire où s'était tenu le fameux colloque de septembre 1561 u'av;iit pas été atteint par le \\>u.

(>. L'induit du pape Clément XI ne fut accordé que le S juin 170o, et enregistré au Parlement que le 28 ;ioùt. Aussi, dans l'intervalle, les religieuses avaient-elles proposé, en guise de compromis, que le Roi nommât la prieure pour trois ans sur une liste de trois noms présentée par la communauté (Papiers du P. Léonard : Arch. nat.,M7^7)

m MÉMOIRES 1 1707 J

daiil on ne se pressoil pus, de la part du Roi, de réparer les désordres du feu; on ne s'y mit que lorsque la santé de Mme de Chaulnes fit craindre des difficultés sur cette noneiécution : alors on l'entreprit, et elle a coûté près d'un million1. Néanmoins, Mme de Mailly trouva beaucoup d'opposition* : toutes l'aimoient et l'estimoient, protestoient qu'elles l'auroient préférée dans l'élection, mais ne pouvoient souffrir la nomination. La vertu, la patience, la douceur, l'esprit, l'art du gouvernement parurent avec éclat et succès dans la nouvelle abbesse. Elle laissa sortir les plus opiniâtres, et gagna les autres par ses talents, son grand exemple et sa bonté ; mais, pour n'y pas revenir, dès que le Roi fut mort, les protestations, jusque-là cachées, parurent, et il se forma un véritable procès entre Mme de

p. 185-186). L'induit, dont nous avons une impression de 4716, suivie dé la liste des prieures depuis 1364, est muet sur la question de transformation en abbaye.

1. Antérieurement à l'induit, le Roi avait autorisé les religieuses, selon un expédient très usité dès lors, à émettre une loterie pour subvenir aux réparations ; mais les profits en furent médiocres. Suivant l'arrêt du Conseil cité ci-après, p. 293, on exécuta de 1705 à 1716 la reprise des piliers, des bas-côtés et de la voûte, la réfection complète des deux pignons, de la couverture en ardoise, et du grand et du petit clocher, avec leur revêtement en plomb. Le Mercure de janvier 1724. p. 145-146, dit que la dépense pour le Roi fut de quatre cent mille livres. Les cloches nouvelles ne furent installées que le 23 décembre 1723.

2. Ce fut seulement le 3 septembre 1707 que Mme de Maillv, escortée de sa parenté et du secrétaire d'État la Vrillière, son beaufrère, qui l'avait présentée au Roi la veille, se transporta à Poissy pour y être reçue comme prieure. Les religieuses se décidèrent avec peine à lui ouvrir leur portes, mais refusèrent toutes, sauf trois, de signer l'acte de prise de possession, malgré les représentations du provincial des dominicains. Le Roi exila par lettre de cachet les deux plus entêtées, mais leur pardonna deux jours après, quoique Pontchartrain, envoyé à Poissy le 5 septembre comme commissaire du Roi, n'eût pas réussi mieux que la Vrillière à leur faire signer le procèsverbal de prise de possession. Ces faits sont longuement racontés, non pas dans le Journal de Dangeau, mais dans les Mémoires de Sourches, p. 392-393; le Mercure du mois (p. 202-212) dissimula ce qui avait été inconvenant.

Mailly et les prétendantes au droit d'élire, opprimées, disoient-elles, par l'autorité du feu Roi. La plupart de celles qui étoient à Poissy, et qui avoient le plus goûté le gouvernement de leur abbesse, s'y joignirent; elle demeura la même à leur égard. Nous jugeâmes ce procès au conseil de régence; Mme de Mailly le gagna : il n'étoit pas possible qu'elle le pût perdre avec toutes les précautions qui avoient été prises ici et à Rome pour assurer cette nomination pour toujours1. A la fin, les religieuses, vaincues par la douceur, le mérite et la conduite de Mme de Mailly envers toutes, l'ont aimée comme la meilleure mère, et vivent là plus heureuses, à ce qu'il en revient même de toutes parts par elles-mêmes, qu'aucunes religieuses du Royaume2.

11 mourut alors3 un vieux évêque qui, toute sa vie, n'a- Mort

voit rien oublié pour faire fortune et être un personnage : ^év^ue"6 c'étoit Roquette*, homme de fort peu5, qui avoit attrapé d'Autun; l'évêché d'Autun, et qui, à la fin, ne pouvant mieux, gou- ^T/j^^/m vernoit les états de Rourgogne6 à force de souplesses et de

!.. On trouvera dans le. Catalogue des facturas de la Bibliothèque nationale dressé par M. Corda, tome IV, p. 484-485, l'indication de toute une série de pièces de procédure relatives à cette affaire. L'arrêt du conseil d'État dont parle Saint-Simon est du 6 février 1719 (Arch. nat., E 2004; Mercure de septembre 1719, p. 111-117). A la tète des opposantes, dont les plus opiniâtres furent dispersées dans différents monastères, se trouvait une parente du président de Maisons.

2. Mme de Mailly ne mourut que le 18 février 1742. La présente rédaction est donc antérieure à cette date.

3. Le 23 février, à Autun : Gazette, p. 108; Danf/eau, p. 312.

4. Gabriel de Roquette : tome VI, p. 131. Démissionnaire depuis le 22 juillet 1702, il avait quatre-vingt-quatre ans.

5. Il appartenait à une famille parlementaire de Toulouse dont plusieurs membres furent capitouls. Voyez ci-après, Additions et corrections.

6. Voyez l'incident de 1699 raconté dans notre tome VI, p. 131- 134. Même démissionnaire, Hoquette prétendit encore présider ces états; mais le conseil d'État le débouta par un arrêt du 30 mai 1703 (Arch. nat., E 1922, n° 84; Sourches, tome VIII, p. 97-98), et le droit de son successeur fut maintenu par un autre arrêt (E 1938, fol. 88-90).

manège autour de Monsieur le Prince1. 11 avoit été de toutes les couleurs : à Mme de Longueville, à M. le prince de Coati son frère1, au cardinal Mazarin; surtoul abandonné aux jésuites; tout sucre et tout miel:{, lié aux femmes, importantes de ces temps-là4, et entrant dans toutes les Intrigues; toutefois grand béat5. C'est sur lui que Molière prit son Tartuffe6, et personne ne s'y méprit7. L'archevêque de

1. Il aurait voulu être tout-puissant dans celte maison : Mémoires de Gourville, tome II, p. 49. C'est lui qui, en 1686, conduisit le corps du Grand ('onde à Vallery et son cœur à réalise des Jésuites : Dan- (/eau, tome I, p. 431-436.

2. Étant alors grand vicaire des abbayes du prince de Conti, il avait reçu de sa main deux gros prieurés, et, en 1651, s'était chargé d'aller postuler pour lui à Rome le chapeau qui fut donné au frère de Mazarin. A cette même date, il était devenu prédicateur ordinaire du Roi.

3. « On dit qu'un homme est tout sucre et miel, pour dire qu'il csl fort doucereux » (Académie, 1718). Cette expression a déjà passé dans notre tome XI, p. 429, et nous la retrouverons. — Lenet (p. 220) peint Roquette avec une mine douce et dévote, mais reconnaît qu'il ne manquait pas d'esprit. C'était le rival de Daniel de Cosnac.

4. Dans sa jeunesse, disent les mêmes Mémoires de Lenet, il avait eu pour quelques dames de la cour une tendresse « qu'on a vue depuis éclater avec scandale. » Comparez les Souvenirs du président Bouhier, p. 23, et les Amours de M. l'abbé Roquette, par l'abbé le Camus (1667).

5. Nous avons déjà eu l'expression de béate dans notre tome VIII, p. 79. Béat se trouve dans Peiresc (Lettres, tome II, p. 195), dans la Fontaine (Œuvres, tomes IV, p. 200, et V, p. 293), dans l'abbé Arnauld (Mémoires, p. 542), etc. Saint-Simon s'en servira plus d'une fois.

6. C'est le 12 mai 1664 que les trois premiers actes de cette comédie furent joués à Versailles ; la pièce entière ne passa que le 5 février 1669. Chacun sait quelles difficultés Molière eut à surmonter.

7. A propos de 1' « original » de Tartuffe, on peut voir, outre la notice de l'édition des Grands Écrivains, tome IV, p. 299 et suivantes, un article de M. Brunetière, dans la Revue des Deux Mondes du 1er août 1890, p. 664-675. C'est sur les dires de Daniel de Cosnac que l'abbé de Choisy, puis Saint-Simon y ont vu le portrait de M. de Roquette. Une pièce du dossier bleu 15275, vol. 581 du Cabinet des titres, le qualifie « chef de ces faux dévots connus sous le nom de Tartuffes, » etd'Hozier (note dans le dossier 8138 du fonds Chérin) prétend qu'on l'appelait ainsi « à cause de ses liaisons avec Mlle de Guise, dont il gouvernoit les affaires. » M. H. Pignot, dans son livre déjà cité de 1876, tome II,

Reims ' passant à Autun avec la cour2, et admirant son magnifique buffet3 : « Vous voyez là, lui dit l'évêque, le bien des pauvres. — Il me semble, lui répondit brutalement l'archevêque, que vous auriez pu leur en épargner la façon4. » 11 remboursoit5 accortement6 ces sortes de bourrades ; il n'en sourcilloit pas, il n'en étoit que plus obséquieux envers ceux qui les lui a voient données, mais alloit toujours à ses fins sans se détourner d'un pas. Malgré tout ce qu'il put faire, il demeura7 à Autun, et ne put faire une plus grande fortune8. Sur la fin il se mit à courtiser le roi et la reine d'Angleterre9 : tout lui étoit bon à espérer, à se

p. 539-570, 628-630, a discuté et finalement repoussé cette assimilation.

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