‹ Memoires de Saint-Simon (volume 5)Chapitre 338 sur 610 · Pontchartrain père. — 5. Eust surcharge quitt [ast · texte numérisé non relu

Pontchartrain père. — 5. Eust surcharge quitt [ast

6. Pontchartrain les dirigea de septembre 1689 à septembre 1699.

7. « On ait d'un homme bilieux qui s'échauffe, qui se met en colère aisément, que ce nest que salpestre, que du salpestre. On dit aussi, figurément et dans le même sens : // est loul salpestre, tout pétri de salpestre. » (Académie, 1718.)

quement qu'il s'en tenoit au premier, et lui tourna le dos1. Boisguilbert, revenu à Rouen, ne se rebuta point du mauvais succès de son voyage; il n'en travailla que plus infatigablement à son projet, qui étoit à peu près le même que celui de Vauban2 sans se connoitre l'un l'autre3. De ce

1. On trouvera dans l'appendice XII la confirmation de ce récit, que nous ne connaissons que par Saint-Simon. Il est vrai que, lors de rétablissement du dixième de 1710, que Ton considéra comme une « dîme royale, <> Dangeau a écrit ceci (tome XIII du Journal, p. 248) : « M. le duc de Sully en parle dans ses Mémoires. Boisguilbert avoit travaillé sur cela et en avoit parlé à M. le Chancelier pendant qu'il étoit contrôleur général ; depuis ce temps-là, feu M. le maréchal de Vauban avoit fait imprimer un livre dans cet esprit-là, et où il étoit entré dans de plus grands détails; » et que le duc de Luynes a ajouté en forme de note, sur son exemplaire de Dampierre : « Ce Boisguilbert vint trouver M. de Pontchartrain, alors contrôleur général, et, en lui présentant son livre intitulé : Détail de la France, il lui dit : « Vous me prendrez d'abord « pour un fou; ensuite vous m'écouterez, et vous finirez par m'approu- « ver. » M. de Pontchartrain lui répondit : « Je m'en tiens au premier. » C'est bien la même anecdote que nous avons ici ; mais notre auteur, l'ayant sue d'original, l'avait-il racontée au duc de Luynes, ou bien l'a* t-il prise à celui-ci lorsque l'exemplaire du Journal fut mis entre ses mains en 1729? La première supposition est plus vraisemblable.

2. Une première formule d'imposition unique fut émise par Vauban dans le projet de capitation qu'il présenta en 1694, et que j'ai publié dans le tome I de la Correspondance des Contrôleurs généraux avec les intendants des provinces, Appendice, p. 561-565, puis une seconde dans la Description de V élection de Vézelay, qui est de 1696, comme je l'ai dit plus haut. Dans la première de ces deux pièces, antérieure à l'adoption du système de Bâville, le maréchal demandait un impôt personnel par tête, « judicieux et légalement répandu sur tous les sujets en état de le payer, » et il disait : « Bonne partie de ce que je mets en avant roule sur la connoissance que j'ai des gages et appointements du grand nombre d'hommes et d'officiers de toutes espèces qui servent le Roi, et les autres sur des proportions tirées de quantité d'expériences que j'ai faites de différentes façons. » Dans la Description de 1696, il fixait l'imposition proportionnelle « sur tout ce qui porte revenu et fait profit, sans exception de bien ni de personne, » au vingtième des revenus de toute espèce, et demandait à en faire l'essai sur une petite élection. On verra (appendice XII) que le projet de Boisguilbert était bien loin d'être « à peu près le même que celui de Vauban. »

3. Les deux patriotes se connaissaient. Par la correspondance de

travail naquit un livre savant et profond ^ir la matière1, dont le système alloit à une répartition exacte, à soulager le peuple <l<* Ions les Irais qu'il supportoît et de beaucoup

d'impôts, qui t'ai soit entrer les levées directement dans la bourse du Roi, et conséquemment ruineux à l'existence d<*s

traitants, à la puissance des intendants, au souverain domaine des ministres des finances". Aussi déplut-il à tous ceux-là autant qu'il fut applaudi de tous ceux qui n'avoient pas les mêmes intérêts. Chamillart, qui avoit succédé à Pontchar-

Boisguilbcrt lui-même, on voit que Vauban eut occasion de se rencontrer avec lui, une première fois, en 169$, c'est-à-dire au temps où il proposa sa capitation, et il est très vraisemblable que les questions économiques qui faisaient le principal souci de l'un et de l'autre furent traitées dès lors entre eux, à Rouen, avec l'assistance de certains amis, tels que le banquier Thomas le Gendre, qui aidait Boisguilbert à faire ses calculs. C'est peu de temps après cette rencontre de 4694, et après l'établissement de la première capitation (45 janvier 4695), que Vauban écrivit à l'un des frères le Peletier : « Je ne vois qu'une seule chose qui puisse être meilleure que cela; ce seroit une dune royale sur toutes les natures de revenus, quels qu'ils puissent être. Elle seroit incomparablement plus égale et d'un plus grand revenu ; mais, pour cela, il faudroit reculer la dîme ecclésiastique au delà du vingtième. 11 faut que je vous montre un jour ce que j'ai pensé sur cela. » Ceci est tiré d'une très longue lettre dont Fourcroy publia des fragments, en 1786, dans le Journal général de France, p. 275 et 399, avec la date du 28 janvier 1698, qu'il faut corriger en 1695, puisque le texte roule sur la nouveauté de la capitation, que cet impôt fut supprimé aussitôt après la paix faite, par une déclaration du 17 septembre 1697, et que d'ailleurs Vauban n'était pas, en 1698, sur la frontière du Nord d'où la lettre est datée. C'est entre 1697 et 1700 qu'il termina la rédaction de son Projet de d'une royale, tel qu'il le présenta alors au Roi et à ses ministres, et tel que nous l'avons, en brouillon et en mise au net, dans les mss. Fr. 7 758 et 16629, tandis que le livre de Boisguilbert avait été imprimé cinq ans auparavant.

1. Le Détail de la France, publié en 1695 : ci-après, appendice XII. x^otre auteur semble l'avoir lu, ou du moins feuilleté, aussi bien que le Projet du maréchal de Vauban

2. Boisguilbert, dans sa correspondance avec les ministres comme dans son Détail, ne se lassait pas de revenir sur les traitants, ce « feu qui ne s'attache à un sujet que pour le dévorer, » et de la suppression desquels dépendaient uniquement, selon lui. « et le salut présent de

train, examina ce livre1 ; il en conçut de l'estime : il manda Boisguilbert deux ou trois fois à l'Etang, et y travailla avec lui à plusieurs reprises, en ministre dont la probité ne cherche que le bien. En même temps, Vauban, toujours appliqué à son ouvrage, vit celui-ci avec attention, et quelques autres du même auteur qui le suivirent; de là il voulut entretenir Boisguilbert2. Peu attaché aux siens3, mais ardent pour le soulagement des peuples et pour le bien de l'État4, il les retoucha et les perfectionna sur ceux-ci, et y mit la dernière main. Ils convenoient sur les choses principales, mais non en tout5. Boisguilbert vouloit laisser quelques impôts sur le commerce étranger et sur les denrées, à la manière de Hollande, et s'attachoit principalement à ôter les plus odieux, et surtout les frais immenses, qui, sans entrer dans les coffres du Roi, ruinoient les peuples à la discrétion des traitants et de leurs employés, qui s'y enrichissoient sans mesure, comme cela est encore aujourd'hui, et n'a fait qu'augmenter sans avoir jamais cessé depuis0. Vauban,

la France et son rétablissement. » Vauban, de même, demandait que les peuples ne fussent plus exposés « aux mangeries des traitants, non plus qu'à la taille arbitraire, aux aides et aux douanes, aux friponneries des gabelles, etc., etc. »

1. Chamillart, ayant été intendant à Rouen pendant quatorze mois, de 4689 à 1690, avait eu souvent l'occasion de s'entretenir avec Boisguilbert, qui, tout de suite après sa nomination au Contrôle général, engagea un nouveau commerce avec le ministre. Voyez ci-après l'appendice XII.

2. Avant de présenter son projet en 1700, Vauban alla de nouveau cbercher à Rouen des observations importantes ; mais c'est seulement en 1707 que Boisguilbert produisit une autre publication : le Factum de la France, puis divers petits traités. Voyez ci-après le même appendice XII.

3. Il a écrit, par mégarde : au, quoique siens soit au pluriel.

4. Voltaire a dit (Siècle de Louis XIV, p. 366) que c'était « le seul peut-être qui aimât mieux l'État que soi-même. »

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