‹ Memoires de Saint-Simon (volume 5)Chapitre 356 sur 610 · Eut, dans le manuscrit · texte numérisé non relu

Eut, dans le manuscrit

prit part à ce retour, et le Premier eut tout lieu, par l'accneil public, de se consoler de sa fatigue1. Il avoit envoyé Guethem et ses officiers chez lui à Paris, attendre les ordres du Roi, où ils furent traités fort au-dessus de ce qu'ils étoient. Reringhen obtint pour Guethem la permission de voir le Roi, et de le mener à la revue ordinaire que le Roi faisoit toujours de sa maison, à Marly, avant la campagne*. Le Premier fit plus, car il l'y présenta au Roi, qui le loua d'avoir si bien traité le Premier3 et ajouta qu'il falloit toujours faire la guerre honnêtement4. Guethem, qui avoit de l'esprit, répondit qu'il étoit si étonné de se trouver devant le plus grand roi du monde, et qui lui faisoit l'honneur de lui parler, qu'il n'avoit pas la force de lui répondre5. Il demeura dix ou douze jours chez le Premier, pour voir Paris, l'Opéra et la Comédie, dont il devint lui-même le spectacle. Partout on le couroit6, et les gens les plus distingués n'en avoient pas honte, dont il reçut les applaudissements d'un trait de témérité qui pouvoit passer pour insolent. Le Pre-

1. Ces huit ou neuf lignes ne sont empruntées en rien à Dangeau.

2. Cette revue eut lieu le jeudi 34, au Trou-d'Enfer : Dangeau, p. 332-333. Les Mémoires de Sourches, p. 292, ne parlent pas de la présence, de Guethem. Ce jour-là, il n'y avait que les quatre compagnies des gardes du corps et celle des grenadiers à cheval ; le vendredi, elles furent encore inspectées plus en détail, et, quinze jours plus tard, ce fut le tour des gendarmes, chevau-légers et mousquetaires. Louis XIV aimait beaucoup manifester ainsi sa sollicitude et ses connaissances militaires, et notre auteur, à ses débuts comme mousquetaire, a noté (tome I, p. 33) que le Roi passa de pareilles revues à Compiègne les 5 et 6 mars 4692.

3. Dangeau met ce petit discours en style direct, comme la réponse du partisan.

4. On fit savoir en Flandre que, n'eût été cette honnêteté, la troupe de Guethem, qui s'était introduite par groupes de quatre ou cinq contrairement aux ordonnances militaires, aurait été traitée en conséquence, comme un « parti bleu », sans commission ni aveu.

5. A noter que le prétendant d'Angleterre, Monseigneur et ses deux fils suivaient le Roi.

6. Nous avons déjà eu ci-dessus, p. 304, comme dans notre tome XIII, p. 290, le verbe mûrir ainsi employé, et on le trouve dans Corneille.

mier le régala toujours chez lui, lui fournit des voitures et des gens pour l'accompagner partout, et, en partant, d'argent et de présents considérables1. Il s'en alla sur sa parole à Reims, rejoindre ses camarades en attendant qu'ils fussent échangés, ayant la ville pour prison2; presque tous les autres s'étoient sauvés. Leur projet n'étoit rien moins que d'enlever Monseigneur ou un des princes ses fils3.

1. Ces neuf dernières lignes ne sont point prises à Dangeau. — On s'étonna de cet excès de courtoisie pour des gens de rang inférieur, de simples partisans (Lettres de Mme des Ursins à Mme de Maintenon, éd. Bossange, tome III, p. 477-478); dans Y Histoire de l'Académie des inscriptions, tome V, p. 429-430, de Boze dit, au cours de l'éloge de Beringhen : « Monsieur le Premier employa tout son crédit. On ne les punit point : ils ne furent retenus que par des fêtes et des spectacles, où l'on couroit en foule pour les voir eux-mêmes, et comme pour s'assurer davantage du retour de Monsieur le Premier. Enfin ils repartirent avec de bons passeports, et chargés de présents qui excédoient une simple rançon. »

2. On l'interna à Troyes,et non àBeims. Voici comment toute cette terminaison de l'affaire fut racontée par le correspondant de la Gazette d'Amsterdam, n° xxix : « Le colonel de Guethem, chef du parti qui a enlevé le marquis de Beringhen, premier écuyer, reçoit toutes sortes de bons traitements à la cour, en reconnoissance des grands égards qu'il a eus pour sa santé sur la route. Il a été présent aux revues des gardes du corps et des grenadiers à cheval que le Roi a faites durant le dernier voyage de Marly, où il a eu l'honneur de saluer S. M., qui lui a parlé en termes fort obligeants. Le duc de Vendôme, qui s'est souvenu de l'avoir vu en Italie dans une pareille expédition, lui a fait aussi un très bon accueil. Monsieur le Premier l'a toujours fait loger et traiter à Versailles, aussi bien qu'à Paris. On lui a donné le choix de la ville qu'il voudroit pour prison, et il a demandé d'aller à Troyes, s'étant engagé de n'en sortir que du consentement du Roi. On lui a donné deux cents louis d'or pour son voyage. On croit que les deux autres qui sont aussi venus sur leur parole iront avec lui. »

3. Les Parisiens pouvaient se souvenir encore de la pointe hardie faite un demi-siècle auparavant, jusque dans le bois de Vincennes, par le marquis de la Frette et les Condéens de la garnison de Rocroy, ainsi que de l'enlèvement du financier Girardin par Barbezières. Du temps de la conspiration du chevalier de Rohan et de Latréaumont, on leur avait prêté un projet d'enlever Monseigneur pour le conduire en Angleterre, et, en 1705, il y avait eu une embuscade préparée dans

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Cette ridicule aventure1 donna lieu à des précautions qui Purent d'abord excessives, et qui rendirent le commerce fatiguant aux ponts et aux passages. Elle fut cause aussi qu'assez de gens furent arrêtés*. Les parties de chasse des princes devinrent pendant quelque temps plus contraintes , jusqu'à ce que, peu à peu, toutes ces choses reprirent leur cours ordinaire; mais il ne fut pas mal plaisant de voir pendant ce temps la frayeur des dames*, et même de quelques hommes de la cour qui n'osoient plus marcher qu'entre

la forêt de Fontainebleau à l'occasion du séjour de ce prince : Arch. nat., 0l 367, fol. 247 v°, 258 et 313 v°. En 4719, un autre partisan entreprendra de se saisir du Régent lui-même dans la traversée du bois de Boulogne.

4. En dehors de la relation de Dangeau suivie par notre auteur, de celle des Mémoires de Sourches et de celle de Clairambault, écrite aussi sur le moment même (ms. 4151, fol. 4-2), nous avons celles de la Gazette cV Amsterdam, n°* xxvii-xxxi, du Mercure du mois de mars, p. 397-408, de Y Histoire militaire de Quincy, tome V, p. 274-276, de la Vie du duc de Bourgogne, par l'abbé Proyart, tome I, p. 477-481 (rectification du Siècle de Louis XIV); puis, les chansons: ms. Fr. 42694, p. 59-60, et Nouveau siècle de Louis XIV, tome III, p. 251, les lettres de Mme de Maintenon à Mme des Ursins (éd. Bossange, tome I, p. 103- 404 et 448, et recueil Genroy, tome II, p. 448), les pièces du Dépôt de la guerre indiquées ci-dessus, etc.

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