‹ Memoires de Saint-Simon (volume 5)Chapitre 362 sur 610 · On surcharge il · texte numérisé non relu

On surcharge il

commença à se dire à l'oreille que ce cynique1 ne demeureroit pas longtemps en place. Il dura pourtant encore quatre mois; mais, à la fin, il fallut céder pour sortir par la belle porte, en faisant semblant de vouloir se retirer*. II convenoit3 à un hypocrite par excellence de sortir de place comme il y avoit toujours vécu : il fut donc à Versailles demander miséricorde comme font les généraux des chartreux4 à tous leurs chapitres généraux5, mais qui seroient enragés d'être pris au mot, et qui ne manquent pas de prendre les plus justes mesures pour que leur déposition ne soit pas reçue; mais, ici, la chose étoit décidée sans retour. Il vint donc à Versailles un dimanche, 10 avril6, débarquer dès le matin chez le Chancelier, avec la rage qu'on peut imaginer dans un homme de cette humeur et

1. Qualification que notre auteur aime spécialement (tome II, p. 54) à appliquer au premier président.

2. C'est le 9 avril 1707 que Dangeau (p. 339) a enregistré la grande nouvelle : « M. le premier président s'est enfin déterminé à quitter sa charge, sentant que ses incommodités augmentent tous les jours, quoique son esprit ne s'en ressente point encore. » Il y avait donc des raisons de santé, dont notre auteur a tenu compte dans l'Addition, mais non ici : dès 1695, M. de Harlay a eu une attaque d'apoplexie, qui nécessita plusieurs voyages à Vichy et à Bourbon, comme en 1705, après de nouvelles atteintes du mal, qui l'ont beaucoup changé et abattu (Sourches, tomes IV, p. 485, et IX, p. 306; Lettres de Mine deSévigné, tome X, p. 301-302; Correspondance de Fénelon, tome III, p. 123-125; Papiers du P. Léonard, Arch. nat., MM 825, fol. 81 v°, etc.)

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