‹ Memoires de Saint-Simon (volume 5)Chapitre 46 sur 610 · Eut, à l'indicatif, dans le manuscrit · texte numérisé non relu

Eut, à l'indicatif, dans le manuscrit

n'avoit d'objet que le succès d'où dépendoit sa gloire, et, s'il eût été le maître, rien ne l'eût détourné de ce double objet. La Feuillade se tourna donc uniquement à se saisir du maréchal, et il prit sur lui un ascendant si fort, qu'à l'ordre près qu'il donnoit après l'avoir reçu du prince, tout le reste demeura visiblement à la Feuillade, au grand malheur de la France1. Le but commun étoit bien de prendre Turin ; mais la manière d'y parvenir et les moyens formèrent des contestations sans nombre8. M. le duc d'Orléans fut d'abord justement scandalisé que la Feuillade eût changé tout ce qu'il avoit réformé et ordonné à son passage au siège allant joindre M. de Vendôme3. Cela lui parut si essentiel pour le succès, qu'il le fit rétablir, quoique avec douceur et modestie. En effet, avec le chemin couvert4 pris, il se pouvoit dire qu'il ne trouva aucun progrès au siège. La Feuillade avoit perdu des contre-gardes5 et d'autres ouvrages qu'il avoit pris, et qui avoient coûté plusieurs ingénieurs et beaucoup de monde6. Rien n'avançoit,

1. Pour faire commander par la Feuillade une armée et trouver assez de cadets qui lui obéissent, « il en a coûté à l'Espagne ses États en Italie, et au Roi des sommes immenses, une grande partie de sa grosse artillerie, et plus de vingt-cinq mille hommes » (Mémoires de Feuquière, tome I, p. 125).

2. Sourches, 7 septembre, p. 167 : « Il couroit un bruit sourd que le duc d'Orléans avoit eu quelque dispute avec le duc de la Feuillade, et que, voyant combien le siège avoit peu avancé depuis qu'il y étoit passé, il lui avoit dit que, s'il avoit des ordres de la cour pour ne pas prendre Turin, il les montrât, mais que, s'il n'en avoit point, il falloit faire tout ce qui étoit nécessaire pour le prendre. » Les Mémoires militaires, p. 251, contiennent une lettre du 17 août où le duc d'Orléans exprima vivement, quoique avec une résignation voulue, son regret de n'avoir pu faire triompher ses opinions personnelles et d'avoir dû « préférer le bien général à sa satisfaction particulière. »

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