‹ Memoires de Saint-Simon (volume 5)Chapitre 486 sur 610 · Anuel, dans le manuscrit · texte numérisé non relu

Anuel, dans le manuscrit

la reçut, comme la première fois, dans un petit salon de plain pied à un beau jardin, et, après les premières embrassades, elle proposa à la princesse de Berghes, veuve d'un grand d'Espagne, qui, en qualité de camarera-mayor, étoit allée attendre la reine veuve à Saint-Jean-de- Luz, qui ramenoit sa sœur avec elle, d'aller voir son jardin, et dit à la duchesse de Linarès, sa camarera-mayor, de l'y accompagner. Elles étoient averties, et ne se le tirent pas dire deux fois : après quoi, les deux reines et Mlle de Beaujolois s'assirent chacune dans un fauteuil, et la marquise de Conflans, gouvernante de Mlle de Beaujolois, qui rétoit allée attendre avec la princesse de Berghes, demeura auprès d'elle debout, avec les autres dames de la petite cour de la reine douairière. Elles se virent ainsi trois ou quatre fois, et toujours les deux veuves des grands absentes pendant la séance, à cause du fauteuil de Mlle de Beaujolois. Ce fauteuil fit ici grand bruit, et les princesses du sang ne voulurent pas voir la reine à son retour, parce qu'ayant consulté le roi d'Espagne sur cette difficulté que ce fauteuil de sa sœur paroissoit devoir faire naitre, et qui en naquit en effet, le roi d'Espagne lui défendit de le donner, même à Mme la duchesse d'Orléans sa mère, qui, à cause de cela, ne la vit jamais qu'en particulier, et les princes et princesses du sang point du tout, hors son frère et ses sœurs, en particulier aussi.

737. — Siège des cardinaux devant les fils de France. (Page 401.)

4 août 1706. — Il faut que Dangeau, ou plutôt le copiste, se soient lourdement trompés ici1. Jamais cardinal ni cardinal-nonce n'eut de siège à dos devant les fils et filles de France, mais un siège, ou ployant ou tabouret, tel que l'ont les duchesses, et même les princesses du sang et les petites-filles de France; et ce n'est que devant ces dernières que les cardinaux ont, comme les princes du sang, un siège à dos.

738. — Le duc d'Orléans reçoit le traitement d'infant en Espagne.

(Page 407.)

27 avril 1707. — Les mêmes raisons qui valurent à M. le duc d'Orléans le fauteuil de la reine douairière à Bayonne lui procurèrent tous les honneurs d'infant en Espagne, outre qu'y ayant obtenu une déclaration en supplément du testament de Charles II, qui l'avoit omis, par laquelle déclaration il étoit appelé à la succession de la monarchie suivant l'ordre de sa naissance par la reine femme de Louis XIII, sa grand mère, fille et sœur des rois Philippe III et IV, c'étoit une grande raison pour ce traitement.

1. Dangeau a dit que le Nonce, venant de recevoir la barrette de cardi nal, avait eu une chaise à dos chez Mme la duchesse d'Orléans.

739. — Le duc de Berwick récompensé pour sa victoire. (Page 434-435.)

24 septembre 1707. — La bataille d'Almanza et les autres services du duc de Berwick en Espagne lui valurent cette grâce complète et sans exemple de pouvoir faire passer de son vivant, à celui de ses fils qu'il voudroit, sa grandesse. On a déjà vu que le père et le fils ne sont jamais grands à la fois, à moins que le fils ne le devienne par une grandesse distincte de celle de son père, ou faite pour ce fils, ou héritée d'ailleurs que du côté de son père vivant, et le choix de la succession de la grandesse donnée au père ne le fut jamais qu'à celuici, et passe toujours de droit et de nécessité à l'ainé. Voilà les deux choses sans exemple. La troisième, qui n'en a guères, est le don des terres qui composent la grandesse. M. de Berwick n'avoit cpi'un fils unique du premier lit, il en avoit d'autres du second ; il se flattoit toujours de son rétablissement en Angleterre à la paix, et il destinoit ce fils du premier lit à y recueillir ses biens et sa dignité, et à l'y envoyer s'établir : c'est ce qui lui fit demander ce choix pour pouvoir donner sa grandesse à l'ainé du second lit. On verra dans la suite comment tout se passa dans sa famille.

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