LETTRE DE LA REINE D'ESPAGNE A M. AMELOT
« A Burgos, ce 11 juillet 170G2.
« Vous connoissez ma paresse (je meurs de peur que vous disiez que non); il est pourtant vrai que je la suis beaucoup, et je vous assure que c'est ce qui m'a empêchée de vous remercier plus tôt de la part que vous prenez à ma joie sur ce que mon père a abandonné Turin. Je me flatte que nous en tirerons au moins l'avantage que cette place ne se défendra pas si longtemps, et que, voyant sa capitale perdue, il prendra enfin le parti qu'il auroit dû prendre il y a longtemps. Si j'avois le bonheur que cela pût être, je n'attend rois pas que vous m'en tissiez votre compliment; je [le] préviendrais, en m'en réjouissant avec vous, persuadée, comme je la suis, du véritable intérêt que vous prenez à tout ce qui nous peut être avantageux, au roi et à moi. Ne dites-vous point pour me flatter que S. M. Catholique parle aux officiers? Je crains toujours qu'il ne les gracieuse pas assez, non plus que ceux qui lui ont donné des marques de leur véritable attachement dans un temps où tant d'autres manquent à leur devoir. Je vous demande comme une marque d'amitié, et pour lui et pour moi, de lui parler hardiment là-dessus, où il ne fait d'ordinaire rien qui vaille. Je peux bien avouer les petits défauts d'un mari qui a tant d'autres grandes et estimables qualités, et auquel il ne manque qu'un peu plus de hardiesse qu'il n'en a dans la conversation pour le rendre parfait, au moins à mes yeux. Excusez, Monsieur, si je parle peut-être comme une femme trop pénétrée de la tendresse qu'il me témoigne; il faut bien que vous me passiez d'autre chose. Mais, pour vous en récompenser en quelque façon, vous devez compter sur la parfaite estime que j'ai pour vous, et me regarder comme une amie très solide.
« Marie-Loiisk.