‹ Memoires de Saint-Simon (volume 5)Chapitre 507 sur 610 · Minute signée · texte numérisé non relu

Minute signée

pagines de grenadiers do. Piémont et deux do Louvignies, qui furent enlevées par des mines, et six autres qui furent presque toutes tuées avec les officiers ; et comme toutes nos troupes ne pouvoient pas contenir dans les lignes de M. de la Feuillade, on fut oblige de mettre de la cavalerie, et trop peu d'infanterie, entre la Doire susine et la Sture.

« Les ennemis passèrent le haut du Pô auprès de Carignan le 4 de ce mois. Le 5, ils campèrent à Rivole. M. de Bonnelles, on revenant de Suse avec un convoi, fut battu auprès de Pianez; les ennemis prirent neuf cents mulets, et il n'en put passer que cinq cents. La plus grande partie du régiment de dragons de Châtillon se jeta dans le château de Pianez, avec le lieutenant-colonel, qui se rendit le 6 au matin. Ce même jour, les ennemis passèrent la Doire susine, où ils appuyèrent leur droite, et la gauche à la Vénerie. Mgr le duc d'Orléans étoit d'avis de rassembler toutes ses forces et de marcher aux ennemis ; M. le maréchal de Marcin s'y opposa, en disant que S. A. R. n'avoit pas la permission de lever le siège de Turin et qu'elle n'étoit pas sûre de battre M. le duc de Savoie et M. le prince Eugène. On ordonna de faire un retranchement entre la Doire susine et la Sture, qui contenoit douze cents toises de terrain fort pierreux, et on n'eut pas le loisir de le perfectionner1.

« Le 7, à la pointe du jour, avec dix officiers, il fut reconnoître les ennemis jusques à la portée de mousquet de la Vénerie, où il reconnut qu'ils marchoient en bataille. J'en envoyai donner avis à M. le maréchal de Marcin, qui étoit au quartier général en tirant vers le haut Pô, et qu'il n'y avoit point de temps à perdre pour envoyer une grosse augmentation d'infanterie garnir notre nouveau retranchement. On y envoya dix régiments de dragons et trois brigades d'infanterie, et ordre à M. d'Albergotti, qui étoit aux lignes de dessus les Capucins, de faire promptement descendre des bataillons. Cela étoit fort éloigné, et il manda que les ennemis étoient devant lui par le côté de Quiers. Dans ces entrefaites, M. le duc d'Orléans arriva le premier, et ensuite M. le Maréchal. Un moment après, l'infanterie des ennemis, sur trois colonnes avec du canon, soutenue d'une ligne de cavalerie, firent trois attaques. Celle du centre, avec un gros feu, au bout d'une demi-heure, força notre retranchement. Mgr le duc d'Orléans et M. de Marcin, auprès desquels j'étois, rechassèrent les ennemis, avec les carabiniers et un escadron d'Anjou. S. A. R. y fut blessée de deux

1. Dans une importante lettre du 29 septembre (Guerre, vol. 1966, n°489), Chamarande dit que, si les lignes n'avaient pas été convenablement faites, c'était par la mauvaise volonté des troupes, quoique bien payées pour ce travail, et de leurs officiers; que la grande faute ensuite fut de garnir de troupes les hauteurs au delà du Pô et les lignes du Pô à la Doire, plutôt que la partie des lignes en face desquelles on vit l'ennemi campé pendant vingt-quatre heures; là, il n'y avait pas plus de seize ou dix-sept bataillons, et, pendant le combat, les troupes appelées au secours arrivèrent trop essoufflées et épuisées pour résister.

coups, l'un au poignet, l'autre à la hanche; M. le Maréchal, de deux coups au travers du corps. J'y eus mon cheval tué sous moi. S. A. R. et M. de Marcin s'en allèrent se faire panser. J'eus ordre de faire soutenir le poste, où les ennemis rafraîchirent leurs bataillons, sans toutefois nous forcer une seconde fois, et nous nous y soutînmes bien. On me vint avertir que la colonne d'infanterie des Brandebourgeois, le long de la Sture, par la gauche, avoit forcé notre droite, et que leur cavalerie passoit en foule. J'y courus, et je trouvai que notre cavalerie, après avoir soutenu un assez long temps, s'étoit retirée à un mille de là, vers le Vieux-Parc, en se rapprochant du pont du bas Pô. Je m'en revins à la brigade de Fitz-Gérald, qui s'étoit mise en plaine, où plusieurs bataillons s'étoient ralliés. On y combattit pendant un quart d'heure. Notre cavalerie de la gauche, qui étoit venue pour nous soutenir, s'ennuya de voir un si gros feu, et se retira avec assez de désordre, sans que cela ébranlât notre infanterie; mais, comme toutes les troupes des ennemis tomboient sur nous, il fallut céder à la force et nous retirer en combattant. S. A. R. m'envoya deux aides de camp, avec ordre de faire l'arrière-garde. Dix régiments de dragons se replièrent dans les retranchements du château de Lussainte1, la cavalerie par les gués de la Doire. M. le chevalier de Luxembourg ne me quitta point. Nous fimes marcher ce qui me restoit d'infanterie et de dragons autour du château de Lussainte, avec six pièces de canon que des soldats amenèrent avec des cordes, parce qu'il n'y avoit plus de chevaux. Nous repassâmes les deux ponts de la Doire : après quoi, nous les fimes rompre et retirer de notre côté. A une demi-portée de canon de là, je trouvai MM. de la Feuillade, de Chamarande, le chevalier de Forsat, Roissy, Broglio, le long d'un ravin, qui avoient reformé une ligne d'infanterie et une de cavalerie derrière, avec du canon. Mgr le duc d'Orléans m'envoya un aide de camp pour savoir en quel état étoient les affaires : je lui mandai que nous étions en bonne posture et que les ennemis avoient cessé de suivre. Nous fimes avancer les hôpitaux des blessés et des malades et le parc de l'artillerie, où il y avoit beaucoup de munitions de guerre et quarante-cinq pièces de canon, y compris celles qui étoient avec nous. S. A. R. m'envoya trois ordres l'un après l'autre : le premier, de me retirer dans les retranchements de M. de Gévaudan, où nous allâmes dans le plus bel ordre qu'on puisse s'imaginer, sur deux colonnes, une de cavalerie sur la gauche, du côté de la ville de Turin, et celle d'infanterie sur notre droite, et le canon dans le milieu. Mon second ordre fut un avis que S. A. R., à la tête de l'armée, passoit le pont du haut Pô pour aller camper dans la plaine de Villeneuve-d'Asti. C'étoit le bon parti à prendre; mais cela fut changé par un avis de M. d'Arène, qui manda que les ennemis occupoient le château de Moncalier, sous le feu duquel il falloit passer. Le troisième ordre fut apporté par M. le comte

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