Lucento
d'Ëstaing, à dix Meures du soir, do la part de S. A. R., qu'elle l'eu alloit avec la tète de l'année sous Pignerol, et que j'eusse à suivre en
continuant mon arrière-garde. Je restai jusques à minuit, pour attendre que MM. d'Albcrgotti et d'Arène eussent repassé le Pô de notre coté, et, quand nos premières troupes nous eurent rejoints, je leur laissai, pour faire leur arrière-garde, la brigade de Saint-Mieaud, et les carabiniers, et nous continuâmes notre marche, M. de Chamarande avec l'infanterie sur notre droite, et nous ne pûmes arriver ici que le X, à cinq heures du soir, MM. d'Albergotti et d'Arène, le 9, avec quarante bataillons et beaucoup de cavalerie qui s'étoit retirée de son côté, le jour du combat, sans que nous eussions su alors ce qu'elle étoit devenue. En revenant ici, je trouvai S. A. R. au lit, au désespoir du parti qu'on lui avoit fait prendre, sans pain pour ses troupes, sans mulets ni caissons pour les vivres, ni savoir où en prendre, que soixante sacs de farine qu'on avoit ramassés dans toute la ville, les troupes ne vivant qu'avec du blé bouilli, quelques légumes et des raisins. Nul approvisionnement en arrière. On a été trois jours à délibérer avec MM. les intendants et de Duchy, pour voir à trouver quelque subsistance. Ce dernier, avec le sieur de Beauvais, ont dit qu'il falloit un mois pour racheter des mulets dans le Dauphiné, faire faire des farines et les transporter à Embrun. S. A. R., songeant toujours à surmonter toutes ces difficultés, vouloit repasser le haut Pô et tâcher d'aller à Alexandrie; mais, comme il y a, pour y arriver d'ici, sept à huit jours de marche, sans vivres, avec une armée qui ne fait plus que dix-sept mille hommes de pied et trois à quatre mille chevaux, par la raison qu'il y en a trois mille, de dix régiments de dragons, de perdus, que M. de Châteaumorand étoit parti le matin au combat avec mille chevaux, par la raison qu'il y en a eu pour aller à Chivas escorter un convoi qui n'a pu rejoindre, non plus que quatre cents chevaux qui étoient demeurés à Modène et à la Mirandole; Du Pas, avec une escorte, aux bagages restés dans le Milanois; M. Capy, avec quatre escadrons, à Crescentin ; cent chevaux à Sesto et cent à Chivas. Toutes ces raisons, bien examinées, la difficulté de partir d'ici sans pain et avoir sept à huit jours de marche dans un pays ennemi où M. de Savoie a envoyé des ordres de brûler les villages où l'on trouveroit un boisseau de farine, et que les ennemis pouvoient venir dans la plaine d'Asti chercher à combattre, ou s'exposer en quelque endroit du côté d'Asti ou du Tanaro, pour nous empêcher de gagner Alexandrie ou Valence, tant de choses difficiles à surmonter et très hasardeuses ont enfin déterminé S. A. R. à se rapprocher de ses subsistances et à faire marcher son armée en Savoie, en se conservant les passages de la Pérouse et de Suse et de la Val-d'Aoste, pour être toujours en état de rentrer en Piémont et dans le Milanois.
« On a aujourd'hui envoyé un trompette, avec un mémoire, à Turin1. »
1. Dans une lettre de Longepierre qui a passé dans la vente Chambry, ce familier du Palais-Koyal, étant à Oulx avec son maître, écrivait à un