M. le duc d'Orléans à [M. Chamillarty
* A Fenestrelle, le 1-4 de septembre 17062. « Vous mériteriez, Monsieur, plus de bonheur que nous n'en avons eu ; votre lettre du 6 en est une preuve évidente. Les ordres que j'ai donnés à Nancré et à Rolivaux, qui doit vous rendre ma lettre, vous feront assez connoitre que je ne cherche qu'à excuser M. le duc de la Feuillade, et, quoique j'aie besoin moi-même de consolation, j'ai tâché de le consoler depuis que j'ai reçu votre lettre, et je lui ai parlé avec amitié. Je souhaite que le parti de venir à Pignerol, qu'il m'a nécessité de prendre, tourne au bien de l'État et soit du goût du Roi. Il en aura tout le mérite; car, pour moi, j'aurois souhaité avec passion de pouvoir retourner dans le Milanois, et je m'estime malheureux de ne l'avoir pas pu faire. Du reste, je suis très sensible à la confiance que vous me témoignez dans votre lettre, et vous pouvez être assuré que je rendrai à M. le duc de la Feuillade la justice qu'il mérite, car il a mille bonnes qualités, dont personne ne peut disconvenir. Quoique je sois très affligé, je ne cours pas après les justifications : je laisse à l'armée ce soin ; mais, comme j'en ai besoin à l'égard du public et des étrangers, je serai très sensible aux marques de l'estime du Roi et à la confiance qu'il peut me témoigner en me donnant lieu de réparer ce malheur. »
14. Madame duchesse douairière d'Orléans h M. le duc d'Orléans*.
« A Versailles, ce mardi 14 de septembre 1706. « Voici, mon cher fils, bien un des plus cruels jours de ma vie. Ce que je souffre ne se peut exprimer. Cependant on m'assure fort que
des princes de la maison de Condé, le 15 septembre : « Il n'y a rien à ajouter au détail que M. de Saint-Frémond vous a envoyé de Pignerol, sinon qu'il ne loue pas encore Mgr le duc d'Orléans autant qu'il le mérite. Il a fait des miracles de sa personne, et je crois que, s'il n'avoit pas reçu sa seconde blessure, qui le mit absolument hors d'état de rester, il auroit encore repoussé les ennemis malgré le peu de troupes qu'il avoit à leur opposer en cet endroit. Il est ici depuis hier, où il souffre beaucoup de ses blessures, et plus encore de l'esprit. Il est, en effet, bien à plaindre, puisqu'en six occasions, s'il avoit fait ce qu'il vouloit, il auroit battu les ennemis. Il souffre des fautes d'autrui, heureux autant qu'il est à plaindre s'il avoit cru Votre Altesse Sérénissime, c'est-à-dire s'il n'avoit cru que lui-même. » L'opinion de Chamarande (ci-dessus, p. 8) fut aussi que le duc d'Orléans eût dû suivre sa propre inspiration (Guerre, vol. 1966, n° 489).
1. Minute sans nom de destinataire. Voy. ci-dessus, p. 59, note 4, la lettre au Roi.
2. La lettre fait partie de la correspondance éditée par l'abbé Esnault, tome II, p. 131-132; l'original recueilli par cet éditeur porte, en plus, ce post-scriptum autographe : « Je me suis chargé de vous recommander Albergotti. Je souhaite que vous puissiez le favoriser; il sert bien. »