‹ Memoires de Saint-Simon (volume 5)Chapitre 527 sur 610 · M. de Nancré à M. Chamillart · texte numérisé non relu

M. de Nancré à M. Chamillart

« A Grenoble, ce 24e octobre 1706.

« Monseigneur,

« J'ai vu la lettre que vous écrivez à S. A. R. au sujet de Mlle de Ceri (sic). Comme il y est question de moi, vous me permettrez, s'il vous plait, de vous dire la vérité sur cela, comme je vous ai promis de vous la dire en tout, d'autant plus que, si S. A. R. m'avoit ordonné de contribuer au voyage, j'aurois exécuté ses ordres. Dès que Mlle de Ceri sut la blessure de Mgr le duc d'Orléans, elle voulut partir, et n'en fut détournée que par ses oppositions qu'il y mit et l'impraticabilité des chemins. Elle apprit depuis qu'il venoit à Grenoble, et rien n'a pu la retenir. C'étoit, si vous vous en souvenez, Monseigneur, dans le temps qu'il quittoit Oulx et qu'il étoit arrivé des accidents fâcheux à sa blessure. Mgr le duc d'Orléans est sensible comme il doit aux marques d'amitié qu'on lui donne; mais le Roi lui feroit grand tort de pouvoir croire un moment que rien fût capable de le déranger de l'attention qu'il a au bien de son service et lui faire oublier l'intérêt de sa propre gloire et celui de sa santé. Il sait qu'il doit tout au Roi, non seulement comme ayant l'honneur d'être à la tête de ses armées, mais, si on peut se servir de ce terme-là, comme particulier. Le Roi verra dans la suite qu'il est pénétré de ses devoirs et en disposition de tout faire pour lui bien persuader cette vérité-là. Quant à moi, Monseigneur, s'il y avoit quelque chose sur mon compte, que je ne mérite certainement pas, j'attends de votre bonté ordinaire qu'il ne m'en sera rien imputé, et que vous détournerez loin de moi les mauvais offices. Je suis, etc.

« Nancré. »

1. Le 11, le Roi lui avait écrit encore de se hâter et de bien prendre toutes ses mesures, mais en ajoutant: « Si, par malheur, vous étiez obligé de vous retirer, choisissez quelques officiers de confiance pour vous aider à faire l'arrière-garde, et que la retraite puissevous faire honneur. » Le 18, connaissant alors les progrès faits par le prince Eugène, il laisse son neveu seul juge en dernier ressort des possibilités de réussir, surtout en considérant que, d'attendre au printemps, ce serait perdre en toute certitude le Milanais. Le 23, le Roi et le ministre ayant appris qu'on ne peut compter que sur dix mille hommes d'infanterie, au lieu de vingt mille, et cinq mille chevaux, contre les vingt-cinq mille hommes <ln prince Eugène, leur avis est qu'il ne reste plus qu'à s'entendre au mieux avec M. de Vaudémont, très secrètement, pour lui laisser le temps d'agir, ainsi qu'au duc de Mantoue.

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